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Un terroir en territoire palestinien occupé

Vue sur des vignes à travers les montagnes

Un vignoble en Cisjordanie

Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

Radio-Canada

Israël souhaite faire prospérer son industrie du vin, tout en devant composer avec un boycottage, surtout en Europe. Une campagne est en cours pour que la production en territoire palestinien occupé depuis 1967 ne porte pas l'étiquette « produit d'Israël ».

Un texte de Manon Globensky

Israël n’est pas un grand joueur mondial du vin, mais il veut développer cette industrie qui compte plus de 350 vignobles, dont 90 % ont de petites productions de 100 000 bouteilles et moins.

Selon les plus récentes statistiques disponibles, le pays produit quelque 30 000 hectolitres de vin en 2014, soit environ 40 millions de bouteilles. Il en exporte entre 5 et 7 millions, le vin israélien faisant l’objet, à l’exportation, d’une campagne de boycottage respectée surtout en Europe, parce qu’une partie de la production se fait en Cisjordanie (la Judée et la Samarie pour les Israéliens), un territoire occupé par Israël depuis 1967.

Les principaux marchés d’exportation sont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Canada et la Pologne. Une campagne de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) est en cours pour que les étiquettes des vins produits en Cisjordanie spécifient leur origine afin de les distinguer de ceux produits en Israël. Une solution beaucoup moins simple qu’il n’y paraît à mettre en place.

Vignes à travers les montagnesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des vignes

Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

À première vue, c’est un vignoble semblable à beaucoup d’autres dont le terroir fait bien des jaloux : terre rocailleuse, climat sec, ensoleillement constant à 850 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Sauf qu’il se situe sur les flancs du mont Garizim – de notoriété biblique – en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. En contrebas, on distingue les oliveraies et les maisons de blocs gris d’un village palestinien sur la route de Naplouse.

Un produit d'exportation

Ce sont les vignes de Vered ben Sa’adon et de son mari Erez, propriétaires du vignoble Tura, un vignoble-boutique comme elle dit, qui a ouvert en 2003 avec une production annuelle de 1200 bouteilles et qui en produit maintenant 100 000 par année. Les activités de production sont installées à quelques kilomètres des vignes, à Réhélim, un ancien avant-poste illégal, mais aujourd’hui une colonie reconnue.

Une femme dans une cave à vinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans son vignoble, Vered ben Sa’adon

Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

Les vins Tura ont remporté une cinquantaine de prix lors de différents concours et Vered ben Sa’adon explique que ses marchés d’exportation sont en pleine croissance, mais que les principaux acheteurs de sa douzaine de vins rouges, blancs et rosés sont les États-Unis, le Canada (la LCBO en Ontario, entre autres), l’Uruguay et Hong Kong. Elle exporte aussi en Europe, mais en moindre quantité en raison de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions).

Changer l'étiquette

Sur les étiquettes de vin Tura il est écrit « vin de la terre d’Israël ». L’ONG israélienne La paix maintenant (Peace Now), et elle n’est pas la seule, fait campagne pour que les étiquettes changent et indiquent bien que les vins proviennent des territoires occupés ou de Cisjordanie occupée.

Deux bouteilles de vimAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vins avec l'étiquette « vin de la terre d’Israël »

Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

Selon des statistiques de 2011 de l’organisation propalestinienne Who profits, il y aurait 29 vignobles en territoire occupé. La paix maintenant milite pour la solution des deux États, un israélien et l’autre palestinien, vivant côte à côte et dont les frontières seraient proches de 1967, et sa directrice du développement et des relations extérieures, Anat ben Nun, explique que, du point de vue de son organisme, le seul but des colonies en Cisjordanie, c’est d’empêcher un État palestinien viable.

Elle mentionne que « les consommateurs devraient être capables de prendre leurs propres décisions sur ce qu’ils appuient et que les indications d’origine font partie de ces décisions ». Sa crainte, ajoute-t-elle, c’est que si les produits des colonies n’ont pas d’étiquettes distinctes, les gens qui s’opposent à l’occupation cesseront d’acheter tous les produits faits en Israël.

Derrière une clôture, des vignesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des vignes

Photo : Radio-Canada / Manon Globensky

Vered ben Sa’adon rejette catégoriquement l’idée. Récemment, un pays européen qu’elle ne veut pas nommer lui a demandé une étiquette distincte, et elle a répondu que c’était l’étiquette actuelle ou rien. « C’est le nouvel antisémitisme, dit-elle, ce mouvement n’est pas contre la Samarie (nom que donnent les Israéliens à la Cisjordanie, ni contre Tura, il est contre Israël ». Tura a obtenu la commande.

Et au Canada

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) avait, en juillet 2017, demandé qu’on retire de la vente les vins portant l’étiquette « produit d’Israël » mais qui étaient en réalité produits en Cisjordanie, parce que ça contrevenait à la politique du Canada à propos des territoires occupés. Mais après une seule journée et la réaction de B’nai Brith Canada qui dénonçait « une décision inquiétante et discriminatoire », l’ACIA s’est ravisée en affirmant qu’elle n’avait pas tenu pleinement compte de l’accord de libre-échange Canada-Israël.

Un Manitobain dont les parents ont survécu à l’Holocauste, David Kattenburg, conteste cette volte-face en Cour fédérale, et deux jours d’audiences sont prévus début 2019. Mais il pourrait être plus difficile que l’on croit de décider de l’étiquette à apposer sur les bouteilles en provenance d’Israël; la vigneronne Vered ben Sa’adon explique bien que Tura n’est pas seulement un vignoble, c’est aussi une exploitation agricole qui vend ses raisins gorgés du soleil de Cisjordanie à une trentaine de producteurs de vins partout en Israël.

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