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L’Assemblée des Premières Nations doit être réformée, selon un ancien chef

Un homme âgé est assis dans une salle avec beaucoup de fenêtres.

Noel Starblanket, qui a été chef à deux reprises de la Fraternité des Indiens du Canada, croit qu'il est temps pour l'APN de changer.

Photo : CBC / (GoFundMe)

CBC

L’Assemblée des Premières Nations (APN) a perdu de vue la réalité des membres des Premières Nations, croit l’un de ses anciens chefs, Noel Starblanket, à la veille de la 39e assemblée générale annuelle.

Noel Starblanket se souvient encore de la rencontre à Ottawa en 1980, qui a mené à la création de l’APN.

À ce moment-là, la Fraternité des Indiens du Canada se préparait à devenir l’Assemblée des Premières Nations, pour passer d’une organisation qui représente des groupes régionaux à une organisation formée de chefs des Premières Nations.

« C’était très difficile, se rappelle Noel Starblanket. Les plus vieux craignaient le changement et les plus jeunes voulaient un nouveau mode de représentation pour refléter les désirs et les besoins de nos peuples. »

Le mouvement qui a donné naissance à l’APN a débuté lors de la première rencontre nationale des chefs à Montréal, en 1978. En 1982, le premier chef de l’APN, David Ahenakew, a été élu.

Alors que l’élection du chef national est prévue mercredi à Vancouver, l’APN est à la croisée des chemins, selon Noel Starblanket. Presque 40 ans plus tard, il croit que l’organisation est déconnectée des gens qu’elle est censée représenter.

M. Starblanket soutient que le chef national et les chefs régionaux passent plus de temps avec le gouvernement fédéral qu’avec les communautés mêmes.

« Les chefs pensent seulement à eux-mêmes et à leur programme politique, dit Noel Starblanket. Ils ne pensent pas aux besoins des membres des Premières Nations. Il faut que ça change. »

Changer le mode de scrutin

Patrick Madahbee, un ancien grand chef anichinabé, a pris sa retraite cette année après plus de 40 ans à œuvrer en politique.

Un chef autochtone portant la coiffe traditionnelle se trouve derrière un lutrin.

Patrick Madahbee, ancien grand chef du conseil de la Nation Anishinabek, a déclaré que les dirigeants de l'APN devraient être élus par le peuple.

Photo : CBC

Celui qui était l’un des grands chefs présents à la rencontre de 1980 croit qu’il est temps pour l’APN de moderniser la manière dont ses leaders sont sélectionnés.

« Tous nos citoyens devraient pouvoir choisir leurs représentants, peu importe le palier, dit-il. Les gens doivent pouvoir se sentir impliqués. Je ne pense pas toutefois que ce changement va se faire rapidement. »

Ancien haut fonctionnaire à l’APN, Rolland Pangowish y a travaillé pendant une quinzaine d’années sous quatre différents chefs nationaux. Il s’était joint à l’organisation parce qu’il souhaitait « faire une différence ». Au fil du temps, il dit cependant avoir réalisé que l’organisation est devenue prisonnière du financement du fédéral.

« L’organisation est partiale en faveur du gouvernement canadien, soutient M. Pangowish. Ce sont eux qui gèrent les négociations et qui établissent les règles. »

Joe Clark marche avec Noel Starblanket qui est souriant.

Le premier ministre Joe Clark, à droite, s'entretient avec Noel Starblanket, à gauche, alors président de la Fraternité des Indiens du Canada, dans le jardin au 24, promenade Sussex, en 1979.

Photo : La Presse canadienne

Il affirme également que, pendant qu’il était à l’APN, les travaux internes qui visaient à proposer des changements ont souvent été victimes d'ententes secrètes entre le chef national et Ottawa, qui reflétaient les priorités de tous ceux qui occupaient le 24 Sussex à l'époque.

L’APN n’est plus une organisation de revendications. Elle stagne et est utilisée par Ottawa comme un mécanisme de consultation sur les politiques

Rolland Pangowish, ancien haut fonctionnaire de l'Assemblée des Premières Nations

M. Pangowish a quitté l’APN en 2003 alors qu’il était directeur du département sur les traités et les terres. Lorsqu’il est rentré chez lui, à Wikwemikong en Ontario, il a été surpris de constater que les gens ne voyaient plus l’APN comme une « combattante ».

« Les gens avaient peur de ce que l’APN allait faire, ils ne se sentaient plus représentés, dit-il. L’organisation devrait être mise à terre et réorganisée, repensée. »


Déconnectée de ses racines, selon des activistes

Un Autochtone sourit à la caméra.

Rolland Pangowish a travaillé à l'APN de 1988 à 2003 et croit que l'APN doit repartir de rien.

Photo : CBC / courtoisie / Rolland Pangowish

Pendant sa campagne de réélection, l’actuel chef de l’APN, Perry Bellegarde, a présenté une image différente de l’organisation, la montrant comme toujours en évolution.

Perry Bellegarde affirme que, sous sa direction, l’APN a pu amasser 17 milliards de dollars en financement sur sept ans, a poussé Ottawa à rédiger conjointement un projet de loi sur les langues autochtones et a appuyé un projet de loi d'initiative parlementaire du NPD visant à harmoniser les lois du Canada avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Perry Bellegarde dit également qu’il soutient tous les efforts pour moderniser l’APN.

Shawn Brant, un Mohawk de Tyendinaga près de Belleville, en Ontario, dit que trop souvent les dirigeants de l'APN abandonnent les activistes locaux des Premières Nations s'ils mettent Ottawa mal à l'aise.

En décembre 2006, l'APN a adopté une résolution réclamant une journée nationale d'action le 29 juin. Les Mohawks de Tyendinaga ont répondu à l'appel et ont préparé le lancement d'un blocus à trois voies de deux autoroutes, dont l'autoroute 401 et une voie ferrée du CN.

Un mohawk en habit militaire est assis près d'une demeure.

Shawn Brant, un Mohawk de Tyendinaga, a participé à une manifestation en 2007 qui a mené à la fermeture de l'autoroute 401 dans le cadre d'une journée d'action près de Deseronto, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Tom Hanson

Alors que la tension montait, le chef national de l'APN de l'époque, Phil Fontaine, a conclu un accord avec le gouvernement de Stephen Harper en vue de créer un tribunal pour statuer sur les revendications historiques.

Terry Nelson, alors chef de Roseau River au Manitoba et auteur de la motion sur la journée d’action, a également conclu un accord avec Ottawa sur le retour des terres visées par un traité.

Lorsque le 29 juin est arrivé, seuls les Mohawks de Tyendinaga ont mené une action directe, fermant les voies ferrées et les autoroutes pendant environ 11 heures.

« Nous avons perdu une occasion, parce que l'APN n'a pas avancé et utilisé son rôle de chef de file : nous aurions pu défendre des gens partout au pays dans des domaines d'importance économique et paralyser l'économie, a déclaré M. Brant. Nous aurions pu négocier notre place dans la société. »

Divisons à propos d’Idle No More

Shawn Brant croit que les activistes doivent arrêter de critiquer l'organisation et devrait plutôt la forcer à prendre ses responsabilités parce qu’elle pourrait être une « force puissante ».

Il a déclaré qu'en 2010, les tactiques de négociation directe entre les chefs et les activistes ont mené les Premières Nations de l'Ontario à maintenir leur exemption d'impôt sur la partie provinciale de la taxe de vente harmonisée (TVH) au point de vente.

L’une des plus grandes divisions à avoir frappé l'APN est survenue en plein mouvement Idle No More en janvier 2013, lors d'une rencontre avec le premier ministre Harper.

À Ottawa, à la veille de cette réunion du 11 janvier, un important contingent de chefs, appuyés par des militants locaux, a demandé à l'APN de rejeter la rencontre prévue avec Stephen Harper au Bureau du Conseil privé.

Le chef national de l'APN, Shawn Atleo, a rejeté l'appel et a assisté à la réunion avec une poignée de chefs, y compris Jody Wilson-Raybould, qui était chef régional pour la Colombie-Britannique à l'époque, et qui est maintenant ministre de la Justice.

Les divisions se sont élargies après qu'Atleo a négocié avec le gouvernement Harper sur un projet de loi sur l'éducation des Premières Nations. Le débat interne sur le projet de loi devint tellement controversé qu'il conduisit à la démission d'Atleo, une première pour un chef national.

Sylvia McAdam, l'une des fondatrices d'Idle No More, a déclaré que les activistes seraient prêts à travailler avec l'APN, mais que les conditions ne sont pas bonnes pour l’instant.

Une Autochtone avec de longues tresses et des lunettes pose dans un bureau.

La fondatrice d'Idle No More, Sylvia McAdam, dit que l'APN est déconnectée de la population.

Photo : CBC / Craig Norris

« Je pense qu'il y a une énorme déconnexion, déclare Mme McAdam. Je pense que l'APN a complètement perdu de vue la réalité des Premières Nations. »

L'assemblée générale annuelle de l'APN débute mardi au Vancouver Convention Centre. Le lendemain, le prochain chef national sera choisi par une majorité de 60 % des électeurs inscrits. L'APN compte 634 communautés des Premières Nations au Canada.

Avec les informations de Chantelle Bellrichard

Nations métisses et autochtones

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