•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ces infirmières qui quittent le système de santé public

Le Centre de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT)
Le Centre de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) Photo: Radio-Canada / Félix B. Desfossés
Radio-Canada

La surcharge de travail et les heures supplémentaires obligatoires épuisent encore plusieurs infirmières de l'Abitibi-Témiscamingue qui décident d'abandonner le métier.

Un texte de Jean-Marc Belzile

C'est le cas de Marie-Ève Quesnel, une ancienne infirmière auxiliaire qui est maintenant superviseuse pour la chaîne de restaurant Subway.

La surcharge de travail a eu raison de sa passion pour le métier.

« Tu fais un emploi comme ça parce que tu aimes ça, tu t'imagines que ça pourrait être ton père, tu le traites d'une façon que tu aurais aimé que ton père soit traité, mais quand tu n'y arrives pas, tu repars avec un fardeau chez vous », raconte Marie-Ève Quesnel.

« Les gens sont très gentils dans le domaine de la santé, je ne pense pas que ce sont les cadres qu'on doit blâmer, ils font leur possible. C'est vraiment un tout qui fait que c'est un problème, les gens sont fatigués, ils sont brûlés, ils veulent donner leur meilleur », ajoute-t-elle.

Marie-Eve Quesnel Marie-Eve Quesnel a quitté, à contre-cœur son métier d'infirmière. Photo : Gracieuseté

Prendre la décision d'arrêter le métier a été très difficile pour Marie-Ève Quesnel qui elle abandonnait une véritable passion.

« J'ai fait un deuil de ce métier-là, j'ai renouvelé mon permis pendant un an, j'ai pas eu la tâche facile de dire j'arrête, j'ai encore cette vocation, mentionne Marie-Ève Quesnel. J'ai appliqué pour faire du bénévolat en soins palliatifs parce que ça me manque, mais malheureusement je suis trop à l'écoute de mon corps et de ma tête pour dire que je ferais ça à temps plein pour gagner ma vie. »

Des soins infirmiers à la danse

Édith Fluet, une ex-étudiante en soins infirmiers, donne maintenant des cours de danse.Édith Fluet, une ex-étudiante en soins infirmiers, donne maintenant des cours de danse. Photo : Édith Fluet

Édith Fluet, une ex-étudiante en soins infirmiers, donne maintenant des cours de danse.

Elle travaillait comme auxiliaire aux soins à domicile en plus de poursuivre ses études au cégep en soins infirmiers.

Mère monoparentale de deux enfants, elle a dû abandonner son rêve de devenir infirmière.

« Il faut être sur les lieux de travail avant même que les garderies soient ouvertes, donc j'ai dû apporter mes enfants souvent. On travaille souvent de soir aussi quand on n’a pas de poste, ce qui est le cas pour la moitié de l'équipe. On a des horaires de soir et de jours, je me suis retrouvée à travailler trois semaines de suite en finissant à minuit, alors je ne savais pas quoi faire avec mes enfants, c'était super compliqué », se rappelle Édith Fluet.

Quitter le métier a été un choc, mais elle ne regrette pas sa décision.

« J'ai réalisé que ça ne pouvait pas fonctionner avec la vie que je voulais avoir, je me suis rendu compte que j'avais le choix d'appartenir à mon métier et de ne faire que ça de ma vie ou m'occuper des gens que j'aime, de mes enfants et avoir une vie qui m'appartient un peu plus », explique-t-elle.

Le secteur privé : une alternative pour les infirmières?

Les infirmières qui ne souhaitent plus travailler pour le secteur public ont aussi une autre possibilité : le secteur privé.

C'est le choix qu'a fait l'infirmière clinicienne, Véronique Gagnon, se disant insatisfaite de son travail dans les hôpitaux publics.

En Abitibi-Témiscamingue, elles sont environ 300 comme Véronique qui travaillent dans le secteur privé.

Une situation qui offre le meilleur des deux mondes selon elle.

« Je pourrais travailler 24 heures sur 24, 7 jours semaine, le travail à l'extérieur du système de santé, c'est pas du tout ça qui manque. Les conditions sont excellentes, le salaire est bien meilleur, la formation continue aussi » constate Véronique Gagnon.

Selon elle, « dans le système de la santé, ça roule tellement vite, que tout ce qui est qualité des soins, formation continue professionnelle, il n'y a pas de place pour ça. C'est vraiment moi qui décide de mes conditions, de mon salaire, mon horaire, les endroits que je veux ou ne veux pas travailler, donc c'est clair que j'arrive plus heureuse et disposée à mon travail. »

Veronique Gagnon a choisi de travailler dans le secteur privéVeronique Gagnon a choisi de travailler dans le secteur privé Photo : Gracieuseté

Par le biais d'agences de placement, Véronique Gagnon travaille à l'occasion dans les hôpitaux de la région.

Comme elle n'est pas à l'emploi du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), elle ne se sent pas obligée de faire de temps supplémentaire obligatoire.

Heureuse de son travail, elle souhaiterait quand même en faire davantage pour la population.

Des quarts de travail où on ne mange pas, on ne va pas à la toilette, c'est tout le temps!

Véronique Gagnon

« Lorsque tu n'as pas les conditions pour donner à l'être humain devant toi, qui est encore bien plus vulnérable que toi, ça t'uses à la corde de te dire que tu es incapable d'offrir le professionnalisme et les soins que cette personne mérite » dit-elle.

Malgré tout, elle croit « tellement profondément à l'accès universel aux soins de la santé. C'est soit que j'offre à la personne devant moi tout ce que j'ai et les meilleurs soins, mais à côté du système santé malheureusement ou soit que je sois à l'intérieur, mais je peux lui offrir rien du tout. Il n'y avait pas de meilleure solution pour moi, je préférerais de loin travailler dans le système public. »

Un défi pour le CISSS-AT

La pénurie d'infirmières représente toute une problématique pour le CISSS-AT.

Le défi est double pour l'établissement puisqu'il faut non seulement attirer des infirmiers et infirmières, mais aussi trouver des moyens pour les maintenir à l'emploi.

La directrice des ressources, Isabelle Benoit, assure que l'organisation travaille en ce moment avec les différents syndicats afin d'améliorer leurs conditions de travail.

Le défi est à la grandeur du Québec, on doit s'assurer que les gens qu'on trouve, on les garde.

Isabelle Benoit

« On veut faire beaucoup de travail sur notre façon d'accueillir les gens pour les retenir. Une fois que les gens visitent l'Abitibi-Témiscamingue, ils ont envie de rester, c'est ce qu'on veut et qu'on souhaite », explique-t-elle.

Les stages en milieu de travail tant au cégep que la formation professionnelle ont lieu très tôt durant la formation.

Les femmes que nous avons rencontrées croient que c'est une bonne chose.

Les candidates francophones connaissent un taux d'échec important à l'examen NCLEX. Les candidates francophones connaissent un taux d'échec important à l'examen NCLEX. Photo : Shutterstock / ohn Panella

Isabelle Benoît assure d'ailleurs que du travail est fait afin de bien encadrer, dès le départ, les futures infirmières.

« On travaille beaucoup pour s'assurer que nos stages soient pertinents, en lien avec les domaines pour lesquels nos étudiants ont de l'intérêt, que ce soit bien jumelé avec des gens qui les supportent aussi, pour moi c'est très important la qualité des stages », fait-elle savoir.

Malgré certains départs, d'autres demeurent en poste afin d'assurer ce travail essentiel. Le nombre d'infirmiers et infirmières œuvrant dans la région est demeuré assez stable au cours des dernières années passant de 1361 en 2011-2012 à 1340 en 2017-2018.

Elles sont 1052 à travailler dans le secteur public.

Abitibi–Témiscamingue

Santé