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La lutte contre le VIH n’est pas finie, assure Réjean Thomas

Le Dr Réjean Thomas

Le Dr Réjean Thomas

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Alors que s'ouvre lundi à Amsterdam, aux Pays-Bas, la 22e Conférence internationale sur le sida, le médecin québécois Réjean Thomas souhaite rappeler le manque de financement de la part de nombreux pays occidentaux.

Selon le fondateur de la clinique L'Actuel, les cibles mondiales seront difficiles à atteindre s'il n'y a pas une intensification des campagnes de prévention. Réjean Thomas s'est entretenu dimanche avec Michel Bherer sur les ondes d'ICI RDI. Voici un condensé de ses propos.

Dans quel état d’esprit vous rendez-vous à cette conférence? Êtes-vous optimiste?

Évidemment, on est encouragé par toutes les avancées scientifiques que l’on a faites. Depuis la création de la clinique L’Actuel en 1984, on a fait des avancées. Nos patients ne meurent plus. On a des trithérapies qui sont extrêmement accessibles, avec un comprimé par jour et peu d’effets secondaires.

Mais, car il y a un mais, la prévention stagne. Si on veut réussir à atteindre les objectifs d’ONUSIDA, il faudra se pencher sur le financement. Les États-Unis semblent vouloir couper de façon importante leur apport. S’il y a des coupures, la prévention est toujours la dernière chose dans laquelle on investit. Et s’il n’y a pas de prévention, les cas continuent d’augmenter.

Il y aurait 2 millions de nouveaux cas chaque année. Est-ce exact?

Oui, dont 950 000 enfants qui naissent avec le VIH, alors qu’il n’y a aucune raison qu’un enfant naisse avec le VIH aujourd’hui. On a tous les moyens pour empêcher ça.

Il y a de plus en plus de gens qui ont accès à la trithérapie dans le monde, et c'est tant mieux. Mais il y a encore des gens qui n’y ont pas accès. On a fait de grands gains dans certains pays, notamment en Afrique australe, mais en même temps, en Asie du Sud-Est et en Russie, il y a une augmentation extrêmement préoccupante. Ce n’est pas gagné. La lutte n’est pas finie.

Comment expliquez-vous le désengagement de certains pays?

On parle de moins en moins de cette maladie. Comme le problème du traitement a été réglé dans les pays riches, ce n'y est plus une maladie vraiment mortelle, ce qui fait qu’il y a peu de campagnes de prévention dans le monde.

On n’en parle plus, ce n’est plus une maladie mortelle, ça fait moins peur. On parle plus de la maladie de Lyme aujourd’hui que l’on parle du SIDA.

Dr Réjean Thomas

Il y a des objectifs importants fixés par ONUSIDA d’ici 2030. On parle d’un objectif 90-90-90. Qu’est-ce que ça signifie?

Ça veut dire que 90 % des gens séropositifs auraient leur diagnostic. Dans certains pays, aujourd’hui, c’est 50 %. Au Québec, on parle de 80 %.

Neuf séropositifs sur 10 seraient mis sous traitement et 90 % des personnes sous traitement auraient une charge virale indétectable. Ces personnes, avec les bons médicaments, ne peuvent plus transmettre le VIH.

On pense qu’avec ces trois objectifs, on serait capable d’éradiquer le VIH d’ici 2030. Mais ça semble de plus en plus difficile à atteindre en raison du manque de financement.

Quelles sont les solutions pour atteindre ces objectifs?

Il faut continuer d’insister sur le dépistage. Mais la réponse, c’est la volonté politique. Dans les pays où l’on investit dans la prévention, on réussit. Dans les pays où l’on n’investit pas, on ne réussit pas. C’est aussi simple que ça.

Est-ce que le Canada en fait suffisamment?

Depuis l’arrivée du gouvernement Trudeau, il y a eu des encouragements. Le gouvernement du Canada a la pire réputation, parmi les pays occidentaux, au niveau de la criminalisation du VIH. Si on criminalise, on n’encourage pas le dépistage et on éloigne les gens des traitements.

Qu’allez-vous dire à la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, qui représentera le Canada durant cette conférence, si vous réussissez à lui parler?

Je ne suis pas d’accord avec son message [pour dire que] tout va bien au Canada, qu'on a fait des gains et que c’est incroyable. Les gains qu’on a faits, c’est grâce à la recherche dans le monde. Ça ne vient pas du Canada. C’est la trithérapie, les médicaments. On a de la chance d’être un pays riche, les patients ont accès aux médicaments. Mais en Saskatchewan, le VIH chez la population autochtone, c’est dramatique. Même dans notre pays, il y a encore des zones qui ressemblent à des pays africains.

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