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À Toronto, les jeunes s'arment pour se « protéger » selon un rapport

Un panneau «pas d'armes à feu» est posé sur une clôture de sécurité placée en préparation de l'investiture du président élu Donald Trump.
À Toronto, les jeunes qui s'arment le font en majorité pour se protéger, selon un rapport de la Ville. Photo: Getty Images / BRENDAN SMIALOWSKI

« Si nous voulons des rues plus sûres, nous devons protéger les jeunes qui estiment avoir besoin d'armes », indique le rapport de la Ville de Toronto. Celui-ci montre que les jeunes qui se tournent vers les armes à feu pour se protéger ont souvent peu de soutien pour les orienter vers une autre direction.

Le rapport, intitulé Look at My Life : « Sparks » for Firearm Possession among Young People in Toronto, se base sur 10 entrevues avec des jeunes âgés entre 15 et 30 ans qui ont été inculpés et incarcérés plus d'une fois pour possession d'arme à feu.

Le but du rapport était d'identifier les facteurs de la vie qui les ont amenés à s'en procurer.

Le cycle de la violence armée sera brisé si les bonnes personnes sont ciblées au bon moment avec une intervention adéquate, précise le rapport.

Toronto est actuellement aux prises avec une flambée de la violence armée qui a causé au moins 27 morts en date du 14 juillet. Ces fusillades se sont déroulées dans des secteurs achalandés de la ville. Depuis vendredi 20 juillet, la police de Toronto déploie d'ailleurs 200 agents de plus pour lutter contre la violence armée dans les quartiers à risque.

Les armes à feu pour se protéger

Les jeunes impliqués dans cette violence sont souvent confrontés à plusieurs obstacles socioéconomiques, comme la pauvreté, des traumatismes, vivent dans des quartiers difficiles, ont vécu du racisme ou de la discrimination, selon le rapport.

Après avoir été libérés de prison, les jeunes interrogés disent avoir vécu d'autres épisodes de vie difficiles. À l'unanimité, selon le rapport, ils disent s'être procuré une arme à feu pour se protéger. Ils racontent avoir grandi dans des quartiers où ils ont vu leurs amis, leur famille et leurs voisins se faire tirer dessus ou être impliqués dans des incidents violents.

Cela les a mis dans l'état d'esprit que se munir d'une arme à feu était la seule façon pour eux de se sentir en sécurité.

Rapport de la Ville de Toronto

Même une fois sortis de prison, les participants à l'enquête disent avoir continué à garder une arme à feu, en ayant l'impression d'avoir toujours ce besoin de protection.

Méthodologie : 

  • Les entrevues ont eu lieu de juin à décembre 2016;
  • 90 % des participants se sont identifiés comme des Noirs;
  • 10 % comme des Latino-Américains;
  • La majorité des participants étaient des hommes (90 %), avec un âge moyen d'environ 24 ans;
  • L'étude a été réalisée par la Villede Toronto, le Collège Humber, en Recherche appliquée et innovation, la Fondation Laidlaw et Amadeusz.

Pauvreté, racisme : quand la violence appelle la violence

L'auteure du rapport, Fiona Smith, explique qu'il est important d'aider ces jeunes à accéder à des ressources et des occasions pour s'en sortir.

Le racisme fait aussi partie des difficultés auxquelles ont été confrontés tous les jeunes qui figurent dans ce rapport. Ils ont évoqué des images parues dans les médias, la façon dont la police les perçoit ainsi que le comportement d'autres personnes vivant dans leurs quartiers à leur égard.

Le manque de soutien parental figure également parmi les facteurs aggravants. Plusieurs participants n'avaient pas l'un ou l'autre parent pour les guider vers le bon chemin, ont expérimenté de mauvaises influences dans leur entourage et manquaient de programmes et d'activités communautaires, souligne le rapport.

Un participant explique par exemple que, même si un travailleur de jeunesse peut être présent quelques semaines, le reste du temps tes amis se font tirer dessus, les policiers te harcèlent, tu as besoin d'argent pour faire ceci ou cela... On n'a pas grandi avec beaucoup de programmes.

L'emploi, l'entourage et des programmes

Les étincelles, comme les appellent ces jeunes, qui permettent de retrouver un semblant d'espoir pour un avenir différent et sans violence, ce sont en général des enseignants, des travailleurs sociaux et le travail qui les apportent.

Le fait de ne rien faire, sans ressource matérielle et sans occupation extrascolaire en amène certains à s'impliquer dans des gangs, ont expliqué des participants.

Pendant leur incarcération, ils ont dit que le fait d'avoir accès à une éducation, du soutien et des mentors a eu un impact positif dans leur vie.

Une fois sortis toutefois, la réadaptation demeure difficile et certains estiment que le soutien de la part des professionnels du système judiciaire reste faible.

Un participant a dit qu'il considérait que c'était une erreur de dépenser autant d'argent et de faire confiance à un avocat, car celui-ci ne se souciait pas de gagner l'affaire, indique le rapport.

Photo d'une banderole de police jaune au bout d'une rueUne fusillade qui a eu lieu en juillet près de l'intersection des artères Madison et Bernard dans le quartier The Annex. Photo : CBC

L'étiquette de criminel colle aussi à la peau une fois sortis de prison, selon le rapport. Il est d'autant plus difficile de décrocher un emploi, une fois qu'un casier judiciaire est créé.

Fournir aux jeunes qui sortent de prison une gamme de services pour répondre à leurs besoins pourrait permettre de trouver des expériences plus positives, selon le rapport, mais aussi éviter que ces jeunes ne retournent dans le même cercle de violence où ils vont se procurer une arme.

Une fois sortis de prison, les jeunes retournaient souvent dans le même environnement avec peu de soutien.

Et bien que des services existent dans la Ville Reine, le rapport indique qu'ils demeurent bien souvent méconnus ou peu accessibles.

Toronto

Crimes et délits