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Les deux visages de Détroit cinq ans après la faillite

Détroit vue de Windsor.
Détroit vue de Windsor. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La faillite de Détroit a tristement rendu célèbre cette ville américaine qui tente encore aujourd'hui, tant bien que mal, de se remettre. Certains quartiers s'en tirent toutefois mieux que d'autres.

À Détroit, deux visions s'entrechoquent. Ces dernières années, des investissements ont été réalisés au centre-ville et dans certains quartiers adjacents. Le nombre de nouvelles entreprises a même augmenté de 50 % au cours des quatre ans qui ont suivi la faillite, selon l'attaché de presse du gouverneur du Michigan, Anna Heaton.

Centre-ville de Détroit.Le nombre de nouvelles entreprises a augmenté de 50 % au cours des quatre ans qui ont suivi la faillite. Photo : Radio-Canada

Pourtant, à quelques pas de ces quartiers en plein renouveau, il y a ceux qui ont peu changé et où près de 40 % de la population, dont une majorité d'enfants, vit sous le seuil de pauvreté.

Chase Cantrell, dirigeant de l'organisme Building Community Value.Chase Cantrell, dirigeant de l'organisme Building Community Value Photo : Radio-Canada

Chase Cantrell dirige l'organisme Building Community Value, qui aide les résidents à comprendre le marché immobilier et à accéder à la propriété. Selon lui, les investissements ne prennent pas en compte les vrais besoins de ses résidents.

On voit qu'il y a des choses qui s'améliorent, mais les défis restent et ils sont énormes.

Chase Cantrell, dirigeant de l'organisme Building Community Value

Détroit compte 670 000 habitants. Parmi eux, 80 % sont afro-américains et 8 % latino-américains. Plusieurs membres de la communauté afro-américaine disent ne pas bénéficier des retombées économiques de ces investissements.

Un homme marche avec un parapluie noir devant un mur de graffitis.Dans certains quartiers, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Photo : Radio-Canada

M. Cantrell ajoute que les habitants de la ville souffrent de cette situation et ont peu d'espoir de connaître une amélioration prochainement. Beaucoup viennent de quartiers défavorisés et ils ne vont pas voir d'investissements [chez eux] avant 10, 15 ou 20 ans, regrette-t-il.

Selon lui, il y a des dizaines de quartiers laissés pour compte.

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Le principal problème, selon M. Cantrell, est l'expropriation de plusieurs résidents. Il indique qu'il est très difficile de trouver les moyens de permettre aux gens de garder leur maison.

Une maison abandonnée à Détroit.Une maison abandonnée à Détroit. Photo : Radio-Canada

Cela [l'embourgeoisement] pourrait se passer dans l'avenir, mais pour l'instant [le problème majeur] ce sont les saisies de maisons. Il y a beaucoup de personnes qui ont perdu leur maison. Il y a tellement de parcelles vides, car on a des maisons qui ont été saisies par la Ville et le comté de Wayne, souligne-t-il.

La frustration est donc palpable, explique Abayomi Azikiwe, un organisateur de la coalition Moratorium NOW!, qui défend les quartiers défavorisés de Détroit et qui demande un moratoire pour faire cesser les saisies, les expulsions ainsi que les compressions budgétaires dans les services publics.

Il faut investir davantage pour les personnes pauvres et les travailleurs, qui sont en fait l'épine dorsale de la ville, considère-t-il.

Abayomi Azikiwe, un organisateur de la coalition Moratorium NOW!.Abayomi Azikiwe, un organisateur de la coalition Moratorium NOW! Photo : Radio-Canada

La Ville de Détroit n'a pas répondu aux multiples demandes d'entrevues de Radio-Canada à ce sujet.

L'État du Michigan, qui a géré la Ville lors de sa mise sous tutelle, soutient que les investissements ont été faits aux bons endroits.

Il faudra du temps, et le centre-ville est l'endroit où [les investissements] ont commencé. Vous savez que c'est l'endroit crucial pour qu'une ville se redresse, mais il n'y a plus d'espace au centre-ville, assure Anna Heaton.

Usine désaffectée à Détroit avec des graffitis.De nombreuses usines ont fermé à Détroit après la crise économique. Photo : Radio-Canada

L'administration de la Ville n'est plus sous la tutelle du Michigan. Dans les faits en tout cas. Un comité d'État révise cependant encore certaines décisions et pourrait toujours reprendre les rênes si nécessaire.

Si les finances publiques de Détroit sont désormais plus saines, il n'en reste pas moins que ce sont principalement des gens d'affaires qui investissent.

La population a également peu augmenté depuis 2013, et les revenus de la Ville demeurent donc peu élevés.

Orlando Bailey, un animateur de Urban Consulate, lors d'une réunion avec des résidents.Orlando Bailey, un animateur de Urban Consulate, lors d'une réunion avec des résidents Photo : Radio-Canada

Dans certains quartiers, des réunions sont organisées une fois par semaine avec les résidents pour aborder les défis et les tensions que provoque la répartition inégale des investissements.

Pour Orlando Bailey, un animateur de Urban Consulate, il s'agit de discussions cruciales. Nous avons des conversations tout le temps, à propos de l'embourgeoisement, de la construction de la ville, ou encore de l'urbanisme, dit-il.

Le second visage

À l'opposé de ces quartiers délaissés, certains lieux sont ressortis plus forts de la faillite. C'est le cas du Detroit Institute of the Arts (Institut des arts de Détroit).

Plusieurs oeuvres, dont le premier Van Gogh, appartenaient toujours à la Ville en 2013. Et après avoir évoqué l'idée de liquider les oeuvres pour rembourser une partie de la dette de la Ville, une campagne de sociofinancement avait finalement permis au musée de racheter les oeuvres.

L'Institut des arts de Détroit.Le musée accueille 700 000 visiteurs chaque année. Photo : Radio-Canada

Le directeur de l'Institut des arts de Détroit, Salvador Salort-Pons, juge que le résultat a été très positif.

Le musée accueille désormais 700 000 visiteurs chaque année et sa réputation dans le monde n'est plus à faire, notamment à la suite des divers reportages sur la faillite.

Centre-ville de Détroit.Le centre-ville de Détroit en plein renouveau Photo : Radio-Canada

Malgré tout, si plusieurs croient au potentiel de Détroit, d'autres s'interrogent encore sur la manière de rebâtir une ville inclusive. La majorité afro-américaine craint d'être exclue de cet avenir.

D'après le reportage de Colin Côté-Paulette

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