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Il y a 50 ans, la cathédrale de Saint-Boniface était réduite en cendres

La cathédrale de Saint-Boniface en 1961. En arrière-plan, l'Université de Saint-Boniface.

Photo : Archives Université du Maitoba

Radio-Canada

Voilà 50 ans, les flammes dévoraient la cathédrale de Saint-Boniface. Dans un fracas infernal, les deux clochers se sont effondrés, changeant ainsi le visage de la communauté à tout jamais.

Un texte de Gavin Boutroy

Lorsque Raymond Bisson a vu les flammes, il a filé chez sa fiancée, une infirmière, qui dormait après un quart de travail de nuit. Ils devaient se marier quatre jours plus tard, dans la cathédrale de Saint-Boniface.

« [Je lui ai] annoncé que la cathédrale avait brûlé et qu’on n'avait plus d’endroit pour se marier », raconte-t-il. Après ce réveil en sursaut, Lorraine Bisson devait voir par elle-même la catastrophe.

Lorsque je suis arrivée, j’ai vu le toit s’écrouler [...] Je me suis dit, ce n’est pas juste un petit feu. On ne se marie pas à la cathédrale.

Lorraine Bisson

Tout Saint-Boniface était sur place, selon M. Bisson, et cela a valu quelques remarques malicieuses à l’endroit des fiancés.

Un tourbillon infernal de flammes dévore le toit d'une cathédrale, une foule fuit le feu.

L'incendie de la cathédrale de Saint-Boniface

Photo : Maurice Desloges

« Les commentaires étaient quand même un peu surprenants, il y en avait qui disaient : "C’est une indication d’en haut, de Dieu qui vous dit de ne pas vous marier! », dit-il. « Mais il n’était pas question de ne pas se marier! »

Avant l’ère d’Internet

Heureusement, les sœurs oblates ont obtenu la permission de l'archevêché d’ouvrir leur chapelle privée au public pour le mariage. Mais on était en 1968, bien avant Facebook et les courriels. Et bien des membres des deux familles habitaient la campagne.

« Il y avait une grève des postes, et Internet n’existait pas. Donc, comment avertir les gens? », explique M. Bisson, « Sans [qu’on le sache], Radio-Canada a tout ramassé les informations, et pendant trois jours, a annoncé tous les changements aux noces. »

Le mariage a été splendide. Mais, au 25e anniversaire de mariage des Bisson, il y a eu de graves inondations. « Pour le 50e [anniversaire, dans quatre jours] on espère qu’il n’y aura pas de tremblement de terre », lance Raymond Bisson.

Un homme avec une moustache et une femme avec des lunettes de soleil sourient.

Malgré l'incendie et les avertissements de bonifaciens les plus croyants, Raymond et Lorraine Bisson se sont mariés. Ils célèbrent leur 50e anniversaire de marriage en 2018.

Photo : Raymond Bisson

Le 150e anniversaire de l’arrivée de Provencher vire au drame

L’histoire du mariage des Bisson s’ajoute à celles de tous les Bonifaciens qui ont vécu l’incendie de la cathédrale. Personne n’y était indifférent, le cœur de la communauté était réduit en cendres. Quelques volutes de fumée s'élevaient à la place des clochers et de la rosace.

Longtemps, on a appelé Saint-Boniface la ville-cathédrale, rappelle l’agent de service au Musée de Saint-Boniface Aidan Prenovault, « C’était un désastre pour la communauté; pour elle, la cathédrale était une vraie source de fierté. »

L'intérieur d'une grande cathédrale de début du 20e siècle.

Une rare image de l'intérieur de la cathédrale de Saint-Boniface avant l'incendie.

Photo : Collection de cartes postales de Rob McInnes/Bibliothèque publique de Winnipeg

L’incendie est survenu alors que la communauté francophone célébrait le 150e anniversaire de l’arrivée du père Joseph-Norbert Provencher, en 1818. Des ouvriers étaient en train de faire des travaux d’embellissement dans les deux clochers en ce 22 juillet 1968.

L’un d’entre eux a écrasé son mégot dans la sciure qui servait d’isolant à l’édifice. Cette cigarette allait mener à la destruction de l’une des cathédrales les plus imposantes de l’Ouest canadien.

« Une boule de flammes qui rongeait le toit »

Au retour de leur pause du midi, des flammes jaillissaient du toit de la cathédrale. Philippe Mailhot, 13 ans, s’en allait se baigner avec son cousin à la piscine Norwood lorsqu’il a eu vent de l’incendie.

« En arrivant, ce qu’on voyait, c’est une sorte de boule de flammes qui rongeait le toit en direction du clocher. On s’est placés plus ou moins juste devant la cathédrale avec une foule qui devenait de plus en plus immense », raconte-t-il.

Une chose qui m’a toujours frappée [...] Quand l’un des clochers est tombé, il y avait une sorte de hurlement de la foule. J’avais l’impression que les gens croyaient que, si on peut préserver les clochers, on va sauver l’édifice.

Philippe Mailhot

Les pompiers de Saint-Boniface n’étaient pas équipés pour combattre un tel brasier, raconte Aidan Prenovault. Ils ont fait venir des renforts de Winnipeg, mais les deux ponts avoisinant la cathédrale étaient engorgés de voitures. Ils ont dû contourner Saint-Boniface et passer par le quartier de Elmwood, plus au nord.

Lorsqu’ils sont arrivés, il était trop tard. La charpente en bois sec de l’église et son isolation en sciure étaient embrasées. La chaleur infernale pouvait être ressentie à deux pâtés de maison de l’église.

Un homme à lunettes et en chemise couleur bordeaux lève le bras devant la cathédrale de Saint-Boniface.

Philippe Mailhot, 13 ans, s’en allait se baigner avec son cousin à la piscine Norwood lorsqu’il eut vent de l’incendie.

Photo : Radio-Canada

« Je parlais avec un pompier, se souvient Philippe Mailhot, il est monté dans le clocher, rentré dans le grenier où il y avait l’incendie. Il pensait, si on peut monter avec des tuyaux, et cetera, peut-être qu’on aurait une chance. » Le pompier est redescendu s'équiper.

« Juste avant de rentrer dans le clocher, ils ont entendu un gros crash, c’est les cloches qui tombaient qui ont détruit les escaliers. D’après lui, et il a fait 30-40 ans de service, c’est le plus proche qu’il a été d’être tué en combattant un l’incendie », affirme M. Mailhot.

Quelques restes des décombres ont été préservés par le Musée de Saint-Boniface, où ils sont exposés pour les visiteurs.

Avec des informations de Denis-Michel Thibeault et Darren Bernhardt

Manitoba

Francophonie