•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Quand le Canada nourrit les demandeurs d’asile

Des demandeurs d'asile aux Services frontaliers du Canada à Lacolle
Plus de 10 000 demandeurs d'asile ont été appréhendés par la Gendarmerie royale du Canada dans les six premiers mois de 2018. Photo: Reuters / Christinne Muschi
Radio-Canada

Quand un demandeur d'asile a franchi la frontière canado-américaine à Emerson, au Manitoba, au plus froid de l'hiver, le garde-frontière lui a offert un bol de macaroni au fromage. Des demandeurs d'asile comparent le traitement qu'ils ont reçu au Canada à celui des États-Unis.

Ce demandeur d’asile a été fouillé et photographié. On lui a donné une couverture et de la nourriture pendant qu’il attendait dans une cellule à Emerson, au Manitoba.

Nourrir les demandeurs d’asile en 2017-2018 a coûté 770 500 $ à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Un porte-parole de l’ASFC explique que l’agence fournit des sandwiches, des jus en boîte, des barres de granola et des mets congelés aux demandeurs d’asile quand le temps de traitement de leur cas est « considérable ».

L’ASFC dispose d’une variété d’options, dont une sélection de plats végétariens. Elle s’assure aussi de respecter les exigences alimentaires de différentes confessions religieuses, et de maintenir une quantité suffisante de mets congelés, révèlent des documents obtenus par CBC en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Selon les chiffres les plus récents du gouvernement fédéral, 10 744 demandeurs d’asile ont été appréhendés par les agents de la Gendarmerie royale du Canada après avoir franchi des points d’entrée au pays, au cours des six premiers mois de 2018.

On mange mieux au Canada

La nourriture qu’on leur fournit au Canada est bien meilleure que celle qu’ils ont eue quand ils ont été détenus aux États-Unis, ont confié des demandeurs d’asile à CBC.

« Je ne m’attendais pas à ça. Je me disais que j’allais avoir le même genre de problèmes qu’aux États-Unis », confie Jalalideen Halid, un demandeur d’asile qui s’est rendu au Manitoba à pied, en 2016.

Aux États-Unis, on leur offrait de la nourriture dont la date de péremption était dépassée et qui les rendait malades, dit-il. « Je vous assure que la nourriture là-bas est vraiment répugnante », affirme Razak Iyal, qui a dû subir l'amputation de presque tous les doigts en raison de graves engelures subies au cours de l’hiver de 2016, quand il a marché durant les grands froids pour atteindre la frontière canado-américaine.

Razak Iyal.Razak Iyal, un demandeur d'asile ghanéen qui a perdu des doigts en traversant à pied la frontière canado-américaine en décembre 2017, est photographié alors qu'il se rendait à une audience pour obtenir un statut de réfugié, en juin 2017. Photo : La Presse canadienne / John Woods

Razak Iyal a passé presque deux ans en détention aux États-Unis, attendant que sa demande d’asile soit entendue par un juge. Il se rappelle qu’on donnait aux détenus du lait dont la date d'expiration était dépassée et de la bouillie qui les rendaient malades.

« Parfois, le plus difficile, quand ils vous donnent à manger, c’est que la nourriture sent mauvais. Je me disais : "Pourquoi devrait-on manger cela? Cette nourriture sent mauvais!" », raconte Razak Iyal.

« Quand je compare comment ça se passait aux États-Unis et ce qui se passe au Canada, c’est tellement différent. Là-bas, nous nous plaignions tous. Il y a eu un gars qui a été ramené là et, chaque jour, il se disputait avec les agents du centre de détention, juste à cause de la nourriture. »

Je peux dire qu’ici on nous a traités avec respect, honneur, attention. Nous sommes venus ici pour être protégés, et les agents voulaient nous protéger.

Razak Iyal

La porte-parole du Service de l'immigration et de l'application des règles douanières des États-Unis, Jennyfer Issah Adam, indique que les centres de détention américains doivent se conformer à des normes en ce qui concerne la nourriture qu’ils servent aux détenus. La politique indique que les repas doivent être équilibrés sur le plan de la valeur nutritive et que les employés doivent suivre une formation adéquate en matière de service des repas, dans le but de limiter les maladies.

Zurekaneni Issah Adam a été détenu en Arizona pendant 15 mois. Il dit qu’on lui donnait de petites portions de pommes de terre en purée ou de riz et, une fois par mois, du poulet. Il a rapidement constaté que le traitement était différent à Emerson. Les agents des services frontaliers du Canada lui ont donné du pain et du jus, et ne l’ont pas gardé longtemps.

Garder son calme

Les documents obtenus par CBC mettent aussi en lumière les instructions données aux agents frontaliers qui reçoivent les appels du public. On apprend que des habitants se sont mis à appeler les points de services dans le sud du Manitoba pour faire part de leurs frustrations au sujet des politiques canadiennes d’accueil des demandeurs d’asile.

Les gardes ont reçu comme instruction de rester courtois et de résister à l’envie de rétablir la vérité, même dans les cas où leur interlocuteur avait des informations fausses ou trompeuses.

« Commencez par remercier l’appelant de prendre le temps de poser ses questions. Dites-lui que son opinion compte et que vous comprenez ses inquiétudes. La courtoisie donne le ton et détermine le reste de la discussion, et même si ce n’est pas réciproque, rester professionnel montre à l’interlocuteur que vous le prenez au sérieux* », mentionne une fiche d’instruction de l’Agence des services frontaliers du Canada destinée à ses employés.

* traduction libre de l’anglais au français par Radio-Canada

Avec des informations d’Austin Grabish, CBC.

Manitoba

Société