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  • Exclusif
  • Jonathan Bettez arrêté illégalement?

    Jonathan Bettez et son avocat dans un couloir.

    Jonathan Bettez en compagnie de son avocat, Me Marc-Antoine Carette, lors de son passage au palais de justice de Trois-Rivières, le 9 juillet 2018.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Les policiers de la Sûreté du Québec n'avaient pas de motifs suffisants pour procéder à l'arrestation et à l'interrogatoire de Jonathan Bettez en lien avec de la pornographie juvénile. Son avocat juge même qu'ils l'auraient fait pour lui soutirer des révélations sur le meurtre de Cédrika Provencher. C'est ce que pourrait plaider Me Marc-Antoine Carette pour réclamer la fin des procédures contre son client.

    Un texte de Maude Montembeault

    « La vision tunnel » des enquêteurs, leur « acharnement », « la faiblesse de leur théorie voulant que le requérant est l’unique personne ayant pu commettre les infractions reprochées », des démarches d’enquête non concluantes, une détention arbitraire et une arrestation sans mandat. Voilà quelques-uns des nombreux arguments de l’avocat de Jonathan Bettez, qui prétend que les droits de ce dernier ont été violés lors de son arrestation et de son interrogatoire en 2016.

    Radio-Canada a obtenu copie de cette requête en suspens que Me Marc-Antoine Carette n’a pas encore plaidée. Il qualifie d’illégales l’arrestation et la détention de son client et pourrait demander l’arrêt des procédures contre Jonathan Bettez.

    Un interrogatoire de 13 heures

    Après son arrestation le matin du 29 août 2016, l’enquêteur et la polygraphiste de la Sûreté du Québec ont questionné Jonathan Bettez au quartier général de Montréal jusqu’à 4 h 40 le matin suivant, soit pendant 13 heures. D’entrée de jeu, l’enquêteur le prévient qu’il sera question du dossier Cédrika Provencher, même s’il a été arrêté pour possession, distribution et accès à de la pornographie juvénile.

    « On m’a demandé aussi de vous donner vos droits dans le dossier Cédrika Provencher, pour enlèvement d’enfant de moins de 14 ans et meurtre », précise l’enquêteur.

    L’avocat de Jonathan Bettez soutient aujourd'hui que les policiers n’avaient pourtant pas de soupçons raisonnables le liant à Cédrika Provencher et qu’ils ne se sont intéressés à lui que sur la base du véhicule qu’il possédait en 2007 et sur son refus d’effectuer un test polygraphique.

    Le droit à l’assistance d’un avocat

    La polygraphiste de la Sûreté du Québec « l'invite fortement et de façon répétée » à se soumettre au test polygraphique, sans succès. À plusieurs reprises, Jonathan Bettez insiste pour avoir un avis juridique et une période de repos, ce qui lui est refusé.

    Je viens de te dire non [...]. Parce que tu fais pas ce que tu veux présentement. C’est ça qu’il faut que tu comprennes, parce que t’es arrêté.

    Polygraphiste citée dans la requête

    Or, le droit à l’assistance d’un avocat oblige les policiers à non seulement donner à la personne la possibilité de recourir sans délai aux services d’un avocat, mais aussi à cesser d’interroger ou de tenter autrement de soutirer des éléments de preuve, peut-on lire dans la requête.

    Jonathan Bettez n’a pu consulter qu’un seul avocat, Me Jacques Larochelle, et ce, avant le début de son interrogatoire.

    Parmi les faits énumérés dans la requête, on apprend qu’une vidéo enregistrée par un proche ami de Jonathan Bettez lui a été présentée dans le but de le persuader de passer le test polygraphique. L’interrogatoire s'est finalement terminé plus de 18 heures après son arrestation.

    Arrestation et détention pour les besoins de l’enquête

    « Les enquêteurs en charge du dossier [de la disparition de Cédrika Provencher] ont planifié une opération d’envergure afin de provoquer un coup d’éclat et de procéder sans mandat à l’arrestation de Jonathan Bettez alors que celle-ci était planifiée depuis trois jours », lit-on dans la requête.

    Me Carette expose longuement le fait que la loi prévoit qu’une arrestation ne peut servir ni pour une enquête ni pour recueillir des éléments de preuve.

    À ce jour, Jonathan Bettez ne fait face à aucune accusation relativement à l’enlèvement ou au meurtre de Cédrika Provencher, et les allégations contenues dans les documents rendus publics la semaine dernière et cette requête n'ont pas été prouvées devant un tribunal.

    L’avocat de Jonathan Bettez allègue aussi qu’aucun motif raisonnable ne justifiait cette arrestation. Elle reposait entre autres sur le fait qu’une adresse IP liée au téléchargement de fichiers de pornographie juvénile provenait de l’entreprise Emballages Bettez.

    Or, des dizaines d’employés y travaillaient et ce n’est qu’en avril 2018 que les policiers ont interrogé une trentaine d’entre eux, soit quatre mois après l’enquête préliminaire. Toutes les autres techniques d’enquête, utilisées avant son arrestation, dont certaines sont frappées d’une ordonnance de non-publication, n’ont pas démontré, selon l’avocat, que des infractions en matière de pornographie juvénile avaient été commises.

    Le fil des événements du 29 août 2016

    • 10 h 13 - Arrestation de Jonathan Bettez sur son lieu de travail. Les motifs de l’arrestation lui sont expliqués de même que son droit de garder le silence et de recourir aux services d’un avocat. Jonathan Bettez est fouillé par un enquêteur.
    • 10 h 19 - Jonathan Bettez est amené près d’un véhicule policier. Il est menotté. Un enquêteur lui lit ses droits et le met en garde au sujet du dossier de la disparition et de la mort suspecte de Cédrika Provencher.
    • 10 h 33 - Jonathan Bettez est conduit au quartier général de la Sûreté du Québec à Trois-Rivières, dans le secteur de Cap-de-la-Madeleine.
    • 10 h 58 - Pendant 11 minutes, Jonathan Bettez discute avec l’avocat Jacques Larochelle.
    • 12 h 40 - Deux enquêteurs transportent le suspect du quartier général de Trois-Rivières à celui de Montréal, rue Parthenais.
    • 15 h 12 - Début de l’interrogatoire par le premier enquêteur.
    • 22 h 26 - Fin de l’interrogatoire par le premier enquêteur. Il prévient Jonathan Bettez qu’une experte en polygraphie veut lui parler.
    • 22 h 27 - Début de l’interrogatoire par la polygraphiste de la Sûreté du Québec. Elle l’invite fortement et de façon répétée à se soumettre au polygraphe pour élucider la disparition et la mort de Cédrika Provencher. À plusieurs reprises, Jonathan Bettez insiste pour obtenir un avis juridique et une période de repos, ce qui lui est refusé.
    • 4 h 41 - Fin de l’interrogatoire avec la polygraphiste, 18 heures après son arrestation.
    • 7 h 5 - Départ de la rue Parthenais vers le palais de justice de Trois-Rivières.
    • 9 h - Arrivée au palais de justice de Trois-Rivières.
    • 9 h 52 - Comparution de Jonathan Bettez.

    Pour joindre la journaliste Maude Montembeault :

    maude.montembeault@radio-canada.ca

    819 269-0529

    Mauricie et Centre du Québec

    Crimes et délits