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Quand la Pat’Patrouille n’amuse plus les Français

Des comédiens contrôlent des marionnettes géantes à l'effigie des petits chiens de la série.
Un spectacle dérivé de la série Pat'Patrouille à Dubuque, en Iowa, le 15 octobre 2017. Photo: Associated Press / Jessica Reilly
Radio-Canada

En France, des parents peinent à se faire rembourser après l'annulation d'une quinzaine de spectacles dérivés de la célèbre série « Pat'Patrouille » et la faillite du producteur montréalais, TBOS. En cause : un différend commercial de près d'un demi-million de dollars.

Un texte de Jérôme Labbé

La troupe devait encore présenter 15 spectacles dans 11 villes de province, dont Toulouse, Le Havre, Saint-Étienne, Brest, Orléans… Des milliers de billets vendus, et autant d’enfants qui attendaient avec impatience la venue de Marcus, Chase et leurs amis sur quatre pattes.

Or, ceux-ci ne viendront pas. Pas tout de suite, en tout cas.

La compagnie qui produisait la tournée – la montréalaise TBOS – a déclaré faillite en avril dernier. Les représentations prévues ultérieurement ont été annulées, au grand dam des parents, qui avaient parfois puisé dans leurs économies pour offrir ce spectacle à leurs enfants.

Certains disent avoir perdu jusqu’à 210 euros, soit plus de 300 dollars canadiens.

« Ma fille a pleuré, car du haut de ses quatre ans, la déception a été immense », raconte Nadia Gloaguen, qui avait acheté des billets pour la représentation de Brest.

Mme Gloaguen fait partie des parents qui ont lancé le groupe Facebook « Action pour le remboursement du spectacle de la Pat’Patrouille ». Plus de 1000 membres y ont adhéré depuis sa création, il y a un mois. Plusieurs d’entre eux disent avoir porté plainte à la gendarmerie.

Les parents en ont surtout contre Weezevent, la solution technique de vente de billets utilisée sur le site web de la tournée. Car ceux qui ont utilisé d’autres sites, comme Ticketmaster ou France Billet, n’ont eu aucun mal à se faire rembourser.

Une entente viendrait d’être conclue entre les détenteurs des licences de spectacles pour rembourser les détenteurs de billets – avec l’aide technique de Weezevent, a précisé la compagnie, dont le siège social est situé à Paris.

À ce jour, toutefois, des milliers de parents français attendent toujours un remboursement.

Une billetterie pas comme les autres

Le problème résidait dans le fait que, contrairement aux autres sites de vente de billets dits « classiques », Weezevent est une solution technique et, de fait, ne place pas l’argent en fidéicommis en attendant que les spectacles soient présentés.

Selon une source proche du dossier, 10 000 billets avaient été vendus par Weezevent – des ventes évaluées à 315 000 euros, soit 484 000 dollars canadiens.

Or, selon le directeur général de Weezevent Canada, Julien Desrosiers, les sommes recueillies par la vente de billets ont été versées directement à la société montréalaise TBOS avant qu’elle ne fasse faillite.

M. Desrosiers ajoute que, sitôt la faillite annoncée, la compagnie australienne Life Like Touring, qui avait elle-même sous-traité la production à TBOS, « a repris les droits » de la tournée pour la France.

Elle s’est aussi engagée à rembourser les familles dans les 45 jours.

« Eux autres, quand TBOS a fait faillite, ils ont repris les droits. Alors nous, on leur a dit : “Vous reprenez les droits, d’accord, mais vous reprenez aussi les obligations de rembourser ces gens-là! [...] Mais là, après 45 jours, il ne s’est rien passé », indique M. Desrosiers.

Une industrie en transformation

Cette explication de Weezevent concorde avec celle offerte sur le site web de la tournée française de la Pat’Patrouille (Nouvelle fenêtre), où l’on peut lire qu’« en raison de la procédure de liquidation du producteur TBOS et du statut particulier de Weezevent, qui ne se positionne pas comme une billetterie classique, la procédure de remboursement a été rendue plus compliquée que prévu ».

« Malheureusement, le délai de 45 jours qui vous avait été communiqué pour le remboursement n’a pu être tenu », ajoute-t-on à l’intention des détenteurs de billets. « Nous sommes conscients des désagréments causés par cette situation et mettons tout en oeuvre pour faciliter sa résolution et pour que vos billets vous soient remboursés dans les meilleurs délais. »

Selon Renaud Legoux, professeur de marketing à HEC Montréal, cet imbroglio est typique d’une industrie où la technologie évolue plus rapidement que la loi.

« De nombreux joueurs ont fait leur apparition dans l’industrie de la vente de billets de spectacles ces dernières années en raison des coûts d’entrée dans le marché, qui sont relativement faibles », observe-t-il, ajoutant que ces nouveaux joueurs « rivalisent d’imagination pour se démarquer et pour se dégager une marge concurrentielle, faisant parfois fi des pratiques établies. »

Les avocats s’en mêlent

Des négociations entre avocats auraient néanmoins permis de dénouer le conflit dans les dernières heures – des pourparlers impliquant indirectement le Cirque du Soleil, qui vient de mettre la main sur VStar, la compagnie américaine qui a accordé à Life Like Touring la licence nécessaire pour présenter les spectacles de la Pat’Patrouille en France.

Une déclaration officielle faite par Life Like Touring jeudi indique qu’elle s’est finalement entendue avec VStar et Weezevent « pour résoudre le problème et offrir un remboursement à tous les détenteurs de billets ». Weezevent se contentera de gérer l’opération techniquement, a précisé l'entreprise au lendemain de cette annonce.

Les sommes seront versées « très prochainement », promet-on, sans donner plus de détails sur l’échéancier.

Quant à TBOS, la compagnie fait actuellement l’objet de différents recours financiers. L’avis de faillite indique que la valeur de ses actifs s’élève à 282 000 $ pour plus de 3 millions de dettes.

La société montréalaise existait depuis 2012. En six ans d’existence, elle a aussi utilisé une douzaine de noms différents, comme Éos communications événements et TOHU-BOHU.TV. Son président et actionnaire principal, Yoann Desrosiers (aucun lien de parenté avec le directeur général de Weezevent Canada), n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues.

Son spectacle de la Pat'Patrouille a été annulé en France après 51 représentations dans 25 villes différentes. Il avait aussi été présenté au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick l’hiver dernier. La tournée, entamée fin novembre, s’était notamment arrêtée à Ottawa, Sherbrooke, Québec, Laval et Moncton. Le prix des billets, qui pouvaient s’élever jusqu’à 150 $, en avait d’ailleurs fait sourciller plusieurs.

La version anglophone dudit spectacle, qui n’est pas produite par TBOS, continue pour sa part d’être présentée aux États-Unis et au Canada. La tournée s’arrêtera dans une quinzaine de villes canadiennes d’ici la fin de l’année, dont Ottawa, Hamilton, Halifax et London.

PRÉCISIONS : ​La première version de notre article désignait Weezevent comme une « plateforme de vente de billets » et lui attribuait ​des responsabilités qui, selon son président, dépassaient les limites de son rôle dans ce dossier, notamment en ce qui concerne la mise en fidéicommis des sommes récoltées auprès des acheteurs de billets. Nous avons donc modifié notre texte en conséquence.

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