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Des pesticides dans les tampons et les serviettes hygiéniques en France

Des tampons et des serviettes hygiéniques

Des tampons et des serviettes hygiéniques

Photo : iStock

Radio-Canada

Des chercheurs ont trouvé des pesticides et un herbicide dans des tampons et des serviettes hygiéniques, en France. La concentration de ces substances est très faible, mais les autorités françaises recommandent néanmoins aux fabricants d'améliorer leurs produits et leurs procédés de fabrication.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Ces révélations proviennent d'un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) publié jeudi. Bien que les substances trouvées soient toxiques, l'ANSES conclut que leur infime présence dans les serviettes et les tampons ne pose pas de risque pour la santé.

Mais il y a un « mais » : « on ne peut pas évaluer le cumul », affirme le directeur général-adjoint scientifique de l'ANSES, Gérard Lasfargues. En effet, ces substances peuvent être présentes ailleurs dans l'environnement et dans l'alimentation. Par conséquent, l'Agence recommande par précaution aux fabricants de tampons et de serviettes d'en réduire la concentration autant que possible.

Comment des composés chimiques comme le lindane et le quintozène – deux pesticides interdits en Europe depuis 2000 – peuvent-ils se retrouver dans des tampons et des serviettes? L'ANSES pointe du doigt une possible contamination de produits dérivés du coton, utilisés dans leur fabrication. Ou encore de possibles défectuosités dans les procédés de fabrication.

Les experts ont aussi retrouvé dans les produits hygiéniques l'herbicide utilisé par Monsanto, soit le glyphosate.

Aujourd'hui, on ne peut garantir l'absence de produits chimiques dans aucun produit.

Gérard Lasfargues, directeur général délégué de l'ANSES

Des produits « mal documentés »

Les composés chimiques décelés sont qualifiés de « préoccupants » par les experts. Leurs effets peuvent être cancérigènes, mutagènes (susceptibles de provoquer des mutations) ou reprotoxiques (susceptibles d'affecter la reproduction). Ils pourraient aussi agir comme perturbateurs endocriniens.

L'ANSES affirme dans son rapport que les matériaux de fabrication des tampons et serviettes sont « mal documentés ». Les experts concluent, à partir d'informations fournies par les fabricants, que les substances toxiques n'ont pas été mises intentionnellement dans les produits hygiéniques féminins. Une exception toutefois : le parfum ajouté à ces produits, le BMHCA, qui pourrait potentiellement agir comme perturbateur endocrinien.

La France ne dispose pas de réglementation portant spécifiquement sur les produits hygiéniques féminins. Au Canada et aux États-Unis, ils sont classés comme « dispositifs médicaux » et réglementés comme tels.

Une femme vue de dos, assise sur son lit, les bras repliés sur son ventre.

Une femme assise sur son lit, les bras repliés sur son ventre

Photo : Getty Images / elenaleonova

La situation au Canada

Santé Canada n'a pas pris suffisamment connaissance de l'étude de l'ANSES en France pour établir une corrélation avec ce qui pourrait se passer au Canada, affirme Maryse Durette, porte-parole de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada.

« On ferait une révision en bonne et due forme si on trouvait des effets compromettants pour la santé », explique la porte-parole, qui rappelle que tout problème touchant l'utilisation de produits de santé hygiénique doit impérativement être rapporté à Santé Canada (Nouvelle fenêtre).

« On s’assure que les tampons vendus au Canada sont sûrs, efficaces et de grande qualité grâce aux exigences d’homologation, de fabrication et de suivi après-vente », assure Maryse Durette. La plupart des fabricants qui distribuent au Canada des produits d'hygiène féminine sont basés aux États-Unis, ajoute la porte-parole de Santé Canada.

Les compagnies qui veulent vendre au Canada doivent obtenir un permis, fournir des renseignements précis sur le pouvoir absorbant des tampons et les afficher sur l’étiquette du produit.

Maryse Durette, porte-parole de Santé Canada

À l'intention des manufacturiers d'instruments médicaux, Santé Canada a émis des lignes directrices qui « sont des outils administratifs n'ayant pas force de loi ». Ces lignes directrices doivent décrire la composition matérielle du tampon en énumérant :

  • les matériaux de fabrication, y compris les additifs;
  • les désodorisants;
  • les agents mouillants et les agents conservateurs.

Les manufacturiers doivent aussi déclarer que le tampon est blanchi en utilisant une méthode élémentaire sans chlore.

Ces compagnies doivent aussi citer les risques qu'encourt une femme qui utilise un tampon, comme ceux liés au syndrome de choc toxique. Les experts de l'ANSES expliquent qu'en aucun cas les substances chimiques trouvées dans les tampons et les serviettes ne peuvent causer le syndrome de choc toxique, qui survient à la suite d'une infection bactérienne.

Des Américaines préoccupées

À Washington, en mai 2017, des membres du groupe Women’s Voices for the Earth sont descendus dans la rue pour réclamer une réglementation contraignant les fabricants à révéler tous les produits chimiques et les matériaux contenus dans les produits d'hygiène féminine.

La représentante démocrate Grace Meng avec des manifestantes du Women's Voices for the Earth au Capitol à Washington, le 23 mai 2017

La représentante démocrate Grace Meng avec des manifestantes du Women's Voices for the Earth au Capitol, à Washington, le 23 mai 2017

Photo : The Associated Press / Kevin Wolf/Images for Seventh Generation

Nous voulons que les femmes soient en mesure de connaître les substances chimiques contenues dans ces produits, qui viennent en contact direct avec notre corps.

Grace Meng, élue démocrate à la Chambre des représentants, citée dans le New York Times

D'après le New York Times, qui citait une porte-parole de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, les manufacturiers doivent dire de manière générale de quoi sont faits leurs produits – s'ils contiennent du coton ou de la rayonne par exemple. Mais la FDA ne requiert pas la liste de tous les ingrédients.

Avec les informations de The New York Times, The Washington Post, Le Monde, et L'OBS

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