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Où tombent les météorites sur Terre?

Radio-Canada

Depuis la nuit des temps, l'humanité assiste à un spectacle impressionnant : l'apparition dans le ciel de traînées lumineuses dont certaines terminent leur course quelque part sur la surface de la Terre.

Un texte d'Alain Labelle

La Meteoritical Society (MS), qui regroupe un millier de scientifiques d’une trentaine de pays, répertorie les chutes de météorites sur la planète. Sa base de données regroupe plus de 67 400 événements qui correspondent à la découverte de fragments ainsi qu'aux cratères d’impacts plus anciens qui n’ont laissé aucun fragment, mais dont les traces géologiques subsistent et peuvent être recensées.

Si des dizaines de milliers de fragments célestes atteignent l’atmosphère de notre planète chaque année, beaucoup moins finissent au sol, et une portion encore plus infime de ces fragments est retrouvée.

Voici une carte qui représente les 6604 morceaux de météorites d'au moins 1 kg retrouvés à travers le monde.

Selon le professeur en géologie Michael Higgins de l'Université du Québec à Chicoutimi, la Terre reçoit quand même des milliers de météorites chaque année, la plupart très petits, qui tombent un peu partout à sa surface.

La masse moyenne d’un fragment est probablement de l’ordre de 500 grammes.

Michael Higgins, professeur en géologie à l'Université du Québec à Chicoutimi

Des définitions importantes

  • Astéroïde : un objet céleste dont l'orbite autour du Soleil est faiblement elliptique.
  • Météore : la trace de lumière visible dans le ciel lors de la chute dans l'atmosphère terrestre d'un corps solide.
  • Météorite : un fragment d’astéroïde qui atteint la surface terrestre.
  • Météoroïde : un tout petit objet à l'extérieur de l'atmosphère terrestre provenant d’un astéroïde ou d’un noyau cométaire.
  • Comète : un astre de glace sale qui, en s'approchant du Soleil, dégage du gaz et de la poussière pour former une queue.
  • Cratère d’impact : la trace laissée par un gros météorite lorsqu’il percute la Terre.

La vaste majorité prend le chemin des océans qui représentent plus de 70 % de la surface du globe. Selon M. Higgins, les deux tiers des météorites tombent dans l’océan.

Un assortiment de roches étranges, dont l'une qui est très ronde.Des fragments de météorites exposés au musée du Manitoba. Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

Et lorsque les météorites ne tombent pas dans l’eau, leur récupération n’est pas facile pour autant. « Particulièrement lorsqu’ils tombent en forêt, comme c’est souvent le cas au Canada », explique le Pr Higgins.

À l’échelle planétaire, la plupart des météorites sont découverts dans les déserts ou encore en Antarctique, où ils peuvent reposer des dizaines d’années sans être mis au jour. Ces environnements sans végétation et sans autre roche permettent de les détecter plus facilement.

C’est pour cette raison qu’un grand nombre (43 231) de fragments recensés ont été découverts en Antarctique, où il ne neige que très peu et où la glace reste dure toute l’année.

Le Sahara (851 météorites trouvés) et les déserts américains et australiens sont aussi des endroits de prédilection pour en découvrir.

Il arrive parfois qu’ils déchirent le ciel de zones peuplées et que leur chemin vers la Terre peut être suivi, comme ce fut le cas du météore de Tcheliabinsk, qui a été observé au sud de l’Oural en Russie le matin du 15 février 2013.

Une traînée de fumée laissée par un météorite dans le ciel de Tcheliabinsk, en Russie.Un météore dans le ciel de Tcheliabinsk, en Russie Photo : La Presse canadienne / Yekaterina Pustynnikova

L’onde de choc causée par sa fragmentation a endommagé de nombreux immeubles, a détruit des milliers de fenêtres et a blessé près d’un millier de personnes. De nombreux fragments du météorite ont ensuite été retrouvés un peu partout dans la région.

Un fragment d’un kilo retrouvé sur Terre devait être environ 20 fois plus lourd dans l’espace.

Michael Higgins

Les plus gros

Le plus gros fragment de météorite retrouvé sur Terre à ce jour est issu d'un météore de 10 km de diamètre qui s’est fragmenté dans l’atmosphère. Le morceau a été retrouvé en Namibie en 1920 et pèse pas moins de 60 000 kg.

Des hommes devant un énorme fragment de météorite.Le plus gros fragment de météorite du monde se trouve en Namibie. Il a été découvert en 1920. Photo : Domaine public

Le second en importance est le météorite du cap York qui a percuté la Terre il y a environ 10 000 ans. Le fragment Ahnighito de 30 900 kg de ce météorite a été mis au jour au Groenland en 1894 par l'explorateur américain Robert Peary.

Le fragment Ahnighito.Le fragment Ahnighito a été mis au jour au Groenland. Photo : Domaine public

Au Canada

Au pays, la Meteoritical Society a recensé la chute de 98 météorites au fil des années. Ils sont habituellement repérés au sud du pays ou dans les Prairies. Mais les fragments retrouvés n’ont rien à voir avec les records mondiaux.

La plupart sont trouvés dans les Prairies, parce qu’il y a très peu de roches dans les champs avant la plantation.

Michael Higgins

Le plus gros météorite récent retrouvé au Canada est tombé près de Bruderheim, en Alberta, le 4 mars 1960. Plus de 700 fragments ont été recueillis. Ils pesaient 303 kg au total.

L'un des 700 fragments du météorite tombé en 1960 près de Bruderheim en Alberta.L'un des 700 fragments du météorite tombé en 1960 près de Bruderheim en Alberta. Photo : Commission géologique du Canada

La lumière intense du météore à son entrée dans l'atmosphère de la Terre était visible sur des centaines de kilomètres, et l'onde de choc acoustique de son explosion pouvait être perceptible sur environ 5000 kilomètres carrés.

De nombreux chasseurs de météorites amateurs se sont lancés à la recherche de fragments.

Le climat d’Edmonton est froid et la neige est peu abondante et vraiment dure à la fin de l’hiver. Ils ont pu récupérer beaucoup de morceaux.

Michael Higgins

Au Québec, comme en Ontario, la plupart sont trouvés dans le sud de la province, même si la forêt y est souvent dense. Mais le nombre important de personnes qui y vivent permet d'en retrouver davantage.

Le 14 juin 1994, aucun nouveau météorite n’avait été mis au jour au Canada depuis plus d’une décennie. Mais au milieu de la soirée, une boule de feu a percé le ciel du sud du Québec et de l’Ontario, suivie d’un bang sonique.

Un météore venait d’exploser, répandant ses fragments au sud-est de Montréal.

Quelques minutes après l’impact, Stéphane Forcier retrouve le premier fragment à la ferme familiale de Saint-Robert, près de Sorel-Tracy.

Richard Herd et les frères Forcier. Richard Herd (à droite), de la Commission géologique du Canada, et les frères Forcier prennent la pose avec le fragment. Photo : Commission géologique du Canada

L'adolescent avait remarqué que des vaches, disposées en cercle, fixaient un petit trou dans le sol. Il l'a examiné de plus près et en a retiré un fragment de météorite de 2,3 kilogrammes. Au cours des mois suivants, environ 25 kilogrammes de fragments ont été récupérés, le plus gros pesant 6,5 kilogrammes.

C’est un météorite qui a été trouvé très tôt après sa chute en très bon état. J’en ai même un morceau dans mon bureau.

Michael Higgins

Quatre types de météorites

  • Chondrites : ils sont rocheux et sont les plus communs. Ils se présentent sous la forme de billes de silicates. Ils proviennent de petits astéroïdes.
  • Achondrites : ils sont composés de roches magmatiques, des basaltes produits par la fusion des roches. Ils proviennent de la surface de gros astéroïdes.
  • Ferreux : ils sont composés de fer et de nickel, des métaux qui proviennent des noyaux d'astéroïdes brisés lors de collisions avec d'autres objets.
  • Lithosidérites : composés de fer et de roche, ils proviennent de la zone entre le noyau métallique et le manteau rocheux d’un gros astéroïde.

D’où viennent-ils?

La vaste majorité des météorites sont des fragments d’astéroïdes provenant de la ceinture principale située entre la planète Mars et Jupiter.

« Les autres viennent de la Lune ou encore de Mars », explique Marc Jobin, astronome au Planétarium Rio Tinto Alcan.

À l’échelle planétaire, les fragments de seulement 209 météorites martiens et 342 lunaires ont été retrouvés à ce jour.

Le météorite martien NWA 7034, surnommé « beauté noire ».Le météorite martien NWA 7034, surnommé « beauté noire », pèse 320 g. Il a été découvert dans le désert du Sahara. Photo : NASA

Les météorites qui viennent de la Lune et de Mars sont relativement rares comparativement aux fragments d’astéroïdes qui proviennent de la ceinture principale d’astéroïdes.

Marc Jobin

Ces météorites sont souvent des reliques d’une autre époque. « Des impacts sur la Lune et la planète Mars dégagent des blocs [de matière] qui finissent dans l’espace et rejoignent la Terre. Et l’inverse est aussi vrai. Des blocs de la Terre peuvent aussi se trouver sur la Lune », précise Michael Higgins.

En raison de leur rareté, la valeur marchande des météorites provenant de la Lune est beaucoup plus grande que celle des autres fragments.

Comment reconnaître un fragment?

Certaines caractéristiques peuvent aider à déterminer si une roche est un météorite. Par exemple, la pierre sera souvent foncée, voire noire, lourde et plutôt lisse. Si on la gratte, son intérieur apparaîtra plus pâle et ressemblera à du ciment. De plus, comme les fragments de météorite sont souvent magnétiques, le fait d’approcher la roche d'un aimant peut également donner une idée de sa provenance. Mais il faut consulter un expert pour vraiment l'établir.

Des cratères d’impact témoins du passé

La Meteoritical Society a répertorié 190 cratères d’impact incrustés dans la croûte terrestre à travers les temps géologiques. De ce nombre, 31 se trouvent au Canada.

Le plus gros? Le cratère de Vredefort en Afrique du Sud. La ville du même nom a d’ailleurs été construite à l’intérieur du cratère.

Une partie du cratère de Vredefort Dome vue de l'espace.Une partie du cratère de Vredefort Dome vue de l'espace Photo : NASA

« Le cratère possède un diamètre de 350 kilomètres, approximativement. Le météorite à l'origine de ce cratère, tombé il y a environ 2 milliards d’années, devait avoir un diamètre de 10 à15 kilomètres », dit Michael Higgins.

Le second en importance se trouve au Canada. Le cratère d’impact de Sudbury, en Ontario, a un diamètre d’environ 200 km.

L’impact a fait fondre les roches et a formé d’importants gisements de nickel et de cuivre.

Michael Higgins

À titre comparatif, le diamètre du cratère de Chicxulub au Mexique fait environ 170 kilomètres. L’astéroïde à son origine, dont la chute a contribué à l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années, devait avoir un diamètre de 5 à 10 km.

Au Québec, celui de Manicouagan est plus petit, mais il est quand même très gros. L’empreinte laissée par un météorite d’environ 5 km de diamètre, surnommé « l’œil du Québec », date de 213 millions d’années.

Le cratère de Manicouagan.Le cratère de Manicouagan photographié par un astronaute à bord de la Station spatiale internationale. Photo : NASA

« Le diamètre du lac est de 60 km. Il s'agit du 5e [des] plus grands [cratères] répertoriés sur Terre », dit M. Higgins.

Avec un diamètre de 54 km, le cratère de Charlevoix occupe la onzième place au palmarès mondial des plus gros impacts de météorites. « La moitié du cratère de Charlevoix se trouve sous le Saint-Laurent », précise M. Higgins.

Le cratère de Charlevoix.Le cratère de Charlevoix Photo : Agence spatiale canadienne

La collision se serait produite il y a environ 400 millions d’années.

Ailleurs au Canada, les cratères de Montagnais (45 km de diamètre) en Nouvelle-Écosse, Saint-Martin (40 km de diamètre) au Manitoba et Carswell (39 km de diamètre) en Saskatchewan sont aussi dignes de mention.

Plus gros que le plus gros

Le géologue québécois Serge Genest pense qu’un énorme météorite de 50 à 70 kilomètres de diamètre serait entré en collision avec la Terre, à l'endroit où se trouve le Québec, il y a 2,2 milliards d’années.

Ce cataclysme aurait créé le plus vaste cratère d'impact jamais recensé sur notre planète avec, au minimum, 600 kilomètres de diamètre. Mais cette hypothèse n'est toujours pas reconnue par la communauté scientifique internationale.

Science