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Diplomates, élus et entreprises s'opposent aux tarifs douaniers sur les véhicules à Washington

Le reportage de Philippe Leblanc
Radio-Canada

Après avoir lancé une guerre commerciale contre la Chine et semé la colère de plusieurs alliés des États-Unis avec des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium, le président Donald Trump est prêt pour son prochain combat. Il prend pour cible un produit au cœur de l'identité américaine : l'automobile.

Le président américain envisage l'imposition de tarifs douaniers sur les voitures et les pièces automobiles importées, un geste qui aiderait selon lui les travailleurs aux États-Unis, mais qui pourrait faire grimper les prix des voitures, réduire la compétitivité des constructeurs américains et susciter des mesures de représailles de la part d'autres pays, dont le Canada.

C'est du moins la mise en garde lancée par les dirigeants de différents secteurs de l'industrie automobile américaine qui se sont faits entendre, jeudi, lors d'audiences publiques du département américain du Commerce.

Ce projet dans le secteur automobile fait l'objet d'oppositions encore plus vives au Congrès que les précédentes décisions de l'administration Trump, qui contrastent avec l'approche américaine des dernières décennies en matière de commerce.

Ottawa monte aux barricades

Les représentants canadiens, qui ont témoigné jeudi à Washington, ont été on ne peut plus clairs dans leur rejet de l'argument avancé par l'administration américaine pour imposer des tarifs supplémentaires, brandissant même la menace de représailles.

L'ambassadrice adjointe du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, a ainsi indiqué qu'Ottawa pourrait « de nouveau être obligé de réagir de façon proportionnelle », à la suite des tarifs sur les produits américains imposés en réponse aux droits de Washington sur les importations d'acier et d'aluminium.

Il est primordial de maintenir un libre commerce des automobiles et des pièces entre nos pays, pour le bien-être économique de nos entreprises, de nos collectivités et de nos travailleurs, ce qui assure aussi notre sécurité collective.

Kirsten Hillman, ambassadrice ajointe du Canada

« Nous vous invitons fortement à garder cela en tête en préparant vos recommandations », a ajouté l'ambassadrice adjointe.

Mme Hillman a par ailleurs rappelé que les autorités américaines avaient toujours considéré les centres industriels canadiens comme des sources clés de production si jamais une attaque était lancée contre les États-Unis.

Même son de cloche du côté du ministre du Développement économique et du Commerce de l'Ontario, Jim Wilson, qui a affirmé que « tout le monde y perdra », si les tarifs américains sont adoptés.

Une audience déterminante

Au total, 45 personnes représentant des entreprises nationales et internationales, des groupes industriels, des syndicats ainsi que des pays étrangers ont été entendues jeudi au département du Commerce à Washington. La plupart ont tenté de convaincre l'administration Trump d'abandonner son plan sur les tarifs douaniers dans le secteur automobile.

Après l'audience, le département du Commerce décidera s'il accole aux véhicules et aux pièces automobiles importés la notion de menace à la sécurité nationale et s'il recommande au président l'imposition de tarifs.

En annonçant l'enquête dans le secteur automobile en mai, le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, avait affirmé : « Il y a des éléments montrant que, pendant des dizaines d'années, les importations de l'étranger ont érodé notre industrie automobile intérieure. »

Le secrétaire américain au Commerce Wilbur RossLe secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross Photo : The Associated Press / Jacquelyn Martin

Opposition des constructeurs américains

Le constructeur General Motors, qui bénéficierait apparemment de droits imposés à ses rivaux étrangers, est opposé au plan du président Trump.

Et même si on les compare à la guerre commerciale avec la Chine dans les secteurs de haute technologie et aux tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium contre les principaux alliés des États-Unis, les tarifs douaniers dans le secteur automobile relèveraient considérablement la barre.

L'an dernier, les États-Unis ont importé des véhicules pour une valeur de 192 milliards $ US et des pièces automobiles pour 143 milliards $ US, des chiffres qui surpassent largement les 29 milliards $ US dans l'acier, les 23 milliards $ US dans l'aluminium et les 34 milliards $ US en biens chinois qui font l'objet de tarifs douaniers par l'administration Trump.

« Il s'agit vraiment de relever le tout d'une gigantesque coche. Je crois effectivement que c'est peut-être aller un peu trop loin », a affirmé Mary Lovely, une économiste de l'Université Syracuse spécialisée en commerce.

Au Sénat, le démocrate Doug Jones, de l'Alabama, et le républicain Lamar Alexander, du Tennessee, ont annoncé leur intention de présenter des mesures législatives pour s'opposer à la volonté du président Trump d'imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les automobiles. Les deux politiciens soutiennent que cette mesure menace des dizaines de milliers d'emplois dans leurs États.

Les automobiles et les pièces automobiles étrangères ne sont pas une menace à notre sécurité nationale. Mais vous savez ce qui constitue une menace? Une taxe de 25 % sur le prix de ces biens étrangers.

Doug Jones, sénateur démocrate de l'Alabama

Selon une étude publiée jeudi par l’organisation Center for Automotive Research, l'imposition de ces taxes sur les importations d'automobiles augmenterait le prix de la voiture neuve moyenne vendue aux États-Unis (environ 35 000 $ US) de 4400 $ US, soit 2270 $ US pour les voitures construites aux États-Unis et 6875 $ US pour les voitures et camions importés.

Le centre estime qu'il se vendra de 493 600 à 2 millions de véhicules en moins, ce qui entraînera la disparition de 82 000 à près de 750 000 emplois dans le secteur de la construction automobile. L'économie américaine se contracterait d'entre 6,4 et 62,2 milliards $ US.

L’Europe prépare sa riposte

Un véhicule Chevrolet Bolt EV 2018 chez General Motors Orion Assembly à Lake Orion, Michigan. L'administration Trump a lancé en mai une enquête pour déterminer si les véhicules et les pièces détachées importés constituaient une menace pour la sécurité nationale. Photo : Reuters / Rebecca Cook

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, rencontrera le président américain à Washington le 25 juillet avec l'objectif de désamorcer le conflit commercial qui menace de s'aggraver entre Européens et Américains.

« Nous nous rendons là-bas avec les meilleures intentions », dans l'espoir d'« une désescalade », a insisté jeudi la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, qui accompagnera M. Juncker à Washington.

Mais si les États-Unis mettaient à exécution leur menace sur les automobiles, ce qui « serait un désastre » selon elle, l'UE a prévu de riposter.

« Nous sommes en train de préparer avec les États membres une liste de contre-mesures et nous l'avons clairement indiqué à nos partenaires américains », a précisé la commissaire suédoise, à l'image de ce qui avait été fait dans les cas de l'acier et de l'aluminium.

L'UE avait alors préparé une liste de produits américains emblématiques, comme les jeans, les motos Harley-Davidson et le beurre d’arachide, aujourd'hui lourdement taxés, afin de compenser à hauteur de 2,8 milliards d'euros les dommages causés à son industrie.

Selon une source européenne, la liste de contre-mesures concernant les voitures porte sur un peu moins de 10 milliards d'euros.

Le Luxembourgeois se rend à Washington sans mandat de négociation au nom des États membres, mais avec l'intention de « sortir des sentiers battus » pour « trouver une solution » avec les Américains, a expliqué Mme Malmström.

Si les États-Unis décident d’instaurer des tarifs douaniers sur les voitures et les pièces automobiles importées, cela aurait des conséquences économiques importantes notamment pour la France et l’Allemagne, de grands constructeurs automobiles.

Autre industrie dans le collimateur de l’administration Trump : l’uranium. Les États-Unis doivent encore déterminer si l’importation de produits issus de cette industrie est une menace pour la sécurité nationale.

Une telle décision ferait mal au Canada, car le pays est le deuxième producteur mondial d’uranium et exporte un quart de sa production à son voisin américain.

Avec les informations de Associated Press, AFP, et La Presse canadienne

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