•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vieux os de dinosaures, nouvelles technologies

Un fossile dans un appareil d’imagerie médicale.
Grâce à des techniques d’imagerie médicale, on arrive à reconstituer la taille du cerveau de dinosaures, à déduire la puissance de leur odorat et leurs techniques de chasse. Photo: François Therrien
Radio-Canada

Notre connaissance des dinosaures qui ont peuplé la terre il y a des dizaines de millions d'années se raffine à la vitesse grand V. On arrive à mieux déterminer leur apparence, mais aussi leurs capacités et leur mode de vie. Ces progrès fulgurants de la science découlent de l'adoption par les paléontologues de nouvelles technologies.

Un texte de Jean François Bouthillette, de Les années lumière

Le Musée Royal Tyrrell, à Drumheller, en Alberta, présente entre autres fossiles de dinosaures celui du Borealopelta markmitchelli, un ankylosaure exceptionnellement bien conservé. La bête semble avoir été métamorphosée en statue, ses tissus mous sont en quelque sorte momifiés. Sa carcasse à peu près complète permet de voir jusqu’aux plis de sa peau, le grain de ses écailles, les pointes de sa carapace.

« On dirait que c’est un animal qui s’est endormi et qui s’est fossilisé avant de se réveiller! », résume François Therrien, conservateur de paléoécologie au musée.

François Therrien.François Therrien devant le spécimen d’ankylosaure spectaculairement conservé, joyau du Musée Royal Tyrrell. Photo : Radio-Canada / Jean François Bouthillette

Cela dit, aussi spectaculaire que soit l’état de conservation de ce spécimen, bien des détails échappent à l’analyse classique que peuvent en faire les paléontologues. Or, de nouvelles technologies issues de la recherche en physique, de l’imagerie médicale ou du génie biomécanique permettent désormais d’en tirer des secrets qui y seraient autrement restés enfermés.

Des découvertes hautes en couleur

La couleur grisâtre du fossile, par exemple, n’est pas la couleur originale de l’ankylosaure. Pour déterminer son apparence réelle, les paléontologues ont eu recours à la spectrographie de masse. « On voulait voir si des traces moléculaires des pigments étaient préservées, explique François Therrien. Et le résultat a été positif. On a pu déterminer que l’animal était de couleur rouille, avec le dos plus foncé que le ventre. »

Un dessin du Borealopelta markmitchelli.C’est la spectrographie de masse qui a permis de déterminer que le « Borealopelta markmitchelli », cet ankylosaure dont le fossile est grisâtre, était rouge. Photo : Musée Royal Tyrrell/Julius Csotonyi

Notre science est devenue beaucoup plus mature. Il ne s’agit plus seulement de découvrir de nouvelles espèces afin de les exposer dans des galeries. On essaie maintenant d’en apprendre davantage sur le mode de vie de ces espèces-là.

François Therrien

Le paléontologue québécois s’est installé au « pays des dinosaures », dans les Badlands albertains, où il a découvert en 2012 le tout premier dinosaure à plumes en Amérique du Nord.

Pour déterminer la couleur de ce plumage, mais surtout pour comparer la composition chimique de ces plumes avec celle des plumes qu’on trouve sur les oiseaux aujourd’hui, il aura bientôt recours à un synchrotron situé à l’Université de la Saskatchewan. « Cet accélérateur de particules crée des faisceaux lumineux à très haute énergie, dit-il, qui vont nous permettre de voir des choses dans l’infiniment petit. »

Un dinosaure vu de très près.Les nouvelles technologies adoptées par les paléontologues ont affiné notre connaissance des dinosaures. Photo : Radio-Canada / Jean François Bouthillette

Le flair du chasseur à travers l’imagerie

François Therrien travaille aussi à déterminer la puissance de l’odorat des dinosaures. Ce sont des technologies d'imagerie médicale qui lui sont alors utiles.

Grâce à ces appareils de tomodensitométrie, il peut analyser un crâne sans le briser et reconstituer son précieux contenu disparu : le cerveau. « Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est le bulbe olfactif, dit-il, soit la partie du cerveau responsable du sens de l’odorat. Plus gros est ce bulbe, meilleur était l’odorat de l’animal. »

Une information précieuse qui permet de comprendre le mode de vie de la bête, sa capacité à patrouiller sur un grand territoire de chasse, etc.

Le reportage de Jean François Bouthillette a été diffusé à l'émission Les années lumière, à ICI Radio-Canada Première.

Tester de vieux muscles disparus

Un technicien prépare un fossile.Si les nouvelles technologies changent la paléontologie, la préparation minutieuse des fossiles demeure la base de cette science. Photo : Radio-Canada / Jean François Bouthillette

L’utilisation des logiciels de modélisation 3D, mis au point et raffinés notamment par les ingénieurs de l’industrie automobile, permet aussi aux spécialistes d’aller beaucoup plus loin dans leur compréhension des dinosaures.

Par exemple, en important dans ces logiciels des informations comme les points d’insertion des muscles sur les os, on arrive à reconstituer virtuellement la musculature de ces bêtes disparues, mais aussi à effectuer des analyses biomécaniques.

Une animation montrant un dinosaure marcher.Les logiciels utilisés par l’industrie automobile permettent des analyses biomécaniques fines des capacités des dinosaures. Photo : Musée Royal Tyrrell/Don Henderson et François Therrien

À partir de ces modèles, explique François Therrien, on a pu reconstituer toute la musculature des jambes du Tyrannosaurus rex, par exemple, et conclure que cet animal n’avait pas la force musculaire nécessaire pour courir.

Cette technologie a aussi permis de déterminer la puissance des mâchoires de diverses espèces de dinosaures. « Ça nous a permis d’apprendre beaucoup sur la diète et les modes de chasse des animaux, souligne le spécialiste. Certains pouvaient utiliser leur mâchoire pour capturer des proies et broyer des os, comme le tyrannosaure, dont l’attaque était semblable à celle du crocodile moderne. Tandis que d’autres, comme l’allosaure ou le vélociraptor, n’étaient capables que de faibles morsures, comme le loup ou le dragon de Komodo. C’était le nombre de morsures qui était important pour capturer une proie. »

Notre compréhension beaucoup plus fine des dinosaures, de leur vie et de leur interaction avec leur environnement est la conséquence directe de l’adoption de tous ces outils par les paléontologues en quête de savoir. Et ce n’est qu’un début, croit François Therrien : « Quand de nouvelles technologies sont développées, ce n’est qu’une question de temps avant qu’on décide de les tourner vers de vieux problèmes et de vieux fossiles ».

Paléontologie

Science