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Kevin Hart dans l'oeil d'un humoriste d'Ottawa

Kevin Hart

Kevin Hart sera sur scène à Ottawa, vendredi soir.

Photo : Invision / Chris Pizzello

Radio-Canada

L'Américain Kevin Hart sera sur la scène du Centre Canadian Tire à Ottawa, vendredi soir, dans le cadre de sa tournée The Irresponsible Tour. À l'instar d'autres humoristes, dont Eddie Murphy, Kevin Hart est devenu une vedette hollywoodienne. Regard sur le phénomène avec Barnel Saintilma, un humoriste d'Ottawa.

Un texte de Kevin Sweet

Sans surprise, Kevin Hart est l’un des noms que l’humoriste Barnel Saintilma mentionne lorsqu’on lui demande de parler de ses influences. Après tout, il est l’un des humoristes les plus connus en Amérique du Nord. À preuve : les billets pour sa prestation dans la capitale se vendent jusqu'à près de 200 $ pour des places au parterre.

L'humoriste d'origine haïtienne porte casquette, lunettes et collier de barbe. Il fait une légère moue en regardant la caméra.

L'Ottavien Barnel Saintilma apprécie l'autodérision de l'humoriste Kevin Hart, qu'il sent pourtant de plus en plus déconnecté de la communauté noire.

Photo : Courtoisie

Originaire de Philadelphie, Kevin Hart a fait ses débuts dans le monde du stand up avant de faire le saut, avec succès, au grand écran. Il compte aujourd’hui plusieurs films, tels Jumanji et What Now?, à son actif.

« La partie que j’apprécie vraiment de Kevin Hart, c’est qu’il n’a pas peur de faire de l’autodérision », mentionne Barnel Saintilma, d'origine haïtienne, établi à Ottawa depuis l’âge de cinq ans.

S'il n'assistera pas au spectacle vendredi soir, Barnel Saintilma a déjà eu l’occasion de voir Kevin Hart lors de son dernier passage dans la capitale nationale.

« J’avais un peu peur qu’il allait répéter le matériel que j’avais vu à la télé. Mais tout était nouveau », se souvient l’humoriste.

Ce dernier souligne aussi la capacité de Kevin Hart à rassembler une foule multiculturelle quoique « en majorité blanche, parce qu’on est à Ottawa », précise-t-il en riant.

Le prix du succès

Mais ce succès vient avec un prix, soutient Barnel Saintilma. Selon lui, Kevin Hart prend moins de risques en raison de sa popularité.

Des fois, je me demande si quelqu’un écrit ses blagues (rires). Des fois, il dit des choses qu’un homme blanc et riche pourrait comprendre. Des fois, je me demande : “Comment un gars riche comme toi pourrait comprendre notre réalité?"

Barnel Saintilma, humoriste

Le succès de Kevin Hart peut-il tout de même demeurer une source d’inspiration pour un humoriste à ses débuts? Pas tout à fait, répond Barnel Saintilma.

« Là, il doit faire attention à ce qu’il dit parce qu’il a des commanditaires. Il ne peut pas faire des conneries dans la rue. Il doit traiter ça comme une business. C’est moins artistique et plus commercial », soutient-il.

Les idoles de Barnel Saintilma

Alors qui sont ses idoles, si Kevin Hart n’en fait plus partie?

Deux hommes souriants

Les humoristes québécois Anthony Kavanagh et Sugar Sammy

Photo : Radio-Canada

Il cite en exemple Anthony Kavanagh, Sugar Sammy et Mike MacDonald, un humoriste canadien décédé en mars.

C’est eux qui m’ont donné la permission de m’exprimer en tant que Canadien noir. De parler de ma réalité et de parler de ma vérité. J’avais une histoire à raconter, mais ça m’a pris de voir des gens comme eux pour avoir une voie à suivre.

Barnel Saintilma, humoriste

Un manque d’occasions

Barnel Saintilma a peut-être trouvé sa voie, mais il trouve encore difficile de faire entendre sa voix. À son avis, il n’est pas toujours facile de prendre sa place dans l’industrie de l’humour et sur les scènes des différents clubs d’Ottawa.

La majorité des gens que j’ai rencontrés ont été encourageants. [...] Mais c’est difficile d’avoir accès aux opportunités que d’autres gens ont. Ce n’est pas une question de “je n’aime pas travailler avec les Noirs”, mais les propriétaires de club semblent s’identifier davantage avec les humoristes qui sont des hommes blancs.

Barnel Saintilma, humoriste

Où tracer la ligne?

La question d'où tracer la ligne se pose de plus en plus en humour, ces jours-ci. Qu’est-ce qui relève de la farce et à quel moment une blague devient-elle du racisme?

Ces enjeux ont été au coeur d’un débat, le printemps dernier, lorsque l’animateur vedette José Gaudet a comparé Grégory Charles à des matières fécales à la radio. L’animateur s’est excusé publiquement, mais une plainte a tout de même été déposée devant le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

Mais qu’en est-il des humoristes noirs? Doivent-ils faire preuve de vigilance s’ils font des blagues sur les Blancs?

« Il n’y a pas une blague qui n’a pas de conséquence », fait valoir Barnel Saintilma.

Ça dépend si toi, tu es prêt à accepter les conséquences. Est-ce qu’il y a des blagues que moi je ne ferais pas? Oui. Je ne ferais pas des blagues qui blesseraient quelqu’un.

Barnel Saintilma, humoriste

« Il n’y a pas une blague qui n’a pas de conséquence », conclut Barnel Saintilma.

Barnel Saintilma fait partie de la tournée Are you dumb? qui s'arrêtera au Centre des arts Shenkman, le 28 juillet, à 20 h.

Ottawa-Gatineau

Humour