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L'armée du Myanmar avait préparé son attaque contre les Rohingyas, dit un rapport

Un enfant accroupi près de fils barbelés semble nous regarder directement dans les yeux. Des personnes se tiennent debout près de l'enfant, mais on ne voit que leurs jambes.

Des Rohingyas sont rassemblés derrière une barrière de fils barbelés, dans des abris temporaires. Ils se trouvent à la frontière d'une zone neutre entre le Myanmar et le Bangladesh.

Photo : Getty Images / AFP/Ye Aung Thu

Associated Press

L'armée du Myanmar s'est systématiquement préparée aux attaques contre les musulmans rohingyas, confisquant des couteaux et autres outils tranchants, armant et entraînant des civils non musulmans et obligeant les familles rohingyas à retirer les barrières de protection autour de leur domicile, a dénoncé jeudi le groupe indépendant de défense des droits de la personne Fortify Rights.

Le rapport du groupe documente les préparatifs mis en place par les responsables afin de réprimer ce groupe minoritaire installé principalement dans l'État de Rakhine, dans l'ouest du pays, avant qu'un groupe radical rohingya attaque les forces birmanes à la fin du mois d'août 2017.

Cette attaque a été suivie par ce que les fonctionnaires des Nations unies et des États-Unis ont qualifié de campagne de nettoyage ethnique par le gouvernement du Myanmar, qui a poussé environ 700 000 Rohingyas à fuir vers le Bangladesh voisin pour échapper à des violences extrêmes.

Des familles de rohingyas transportent leurs biens et leurs enfants. Elles marchent en file, en longeant un cours d'eau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Victimes de persécution et de violence, des centaines de milliers de réfugiés rohingyas ont fui le Myanmar pour trouver refuge au Bangladesh.

Photo : AFP/Getty Images / DIBYANGSHU SARKAR

Le rapport, qui s'appuie sur des entretiens approfondis, indique que l'armée du Myanmar a commencé à confisquer des couteaux et d'autres objets pouvant servir d'armes ou de défense après qu'un groupe de Rohingyas eut attaqué des avant-postes de la police en octobre 2016. Des dizaines de villages ont été ciblés, chassant plus de 94 000 personnes de chez elles.

Les autorités ont également saisi des poulets et autres aliments de chez les Rohingyas, poursuit le document.

L'armée a par ailleurs démoli ou forcé les villageois à abattre des clôtures autour de leurs maisons. Elle a également formé et fourni des armes à des non-Rohingyas vivant dans le Rakhine, en plus de suspendre la livraison d'aide humanitaire et l'accès des groupes humanitaires à des communautés rohingyas appauvries, indique le rapport.

Des morceaux de tissus et d'autres matériaux sont vus jonchant le sol. Certains semblent avoir été brûlés ou piétinés. Seule la végétation semble intacte. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un des villages abandonnés par les Rohingyas après l'attaque de l'armée birmane. La photographie a été prise le 18 mars 2018.

Photo : Getty Images / AFP/Joe Freeman

« Prises ensemble, ces mesures démontrent un niveau de préparation qui n'avait pas encore été documenté en ce qui concerne les « opérations de nettoyage » menées par l'armée du Myanmar », ajoute le rapport.

Selon Fortify Rights, les conclusions se fondent sur 254 entretiens avec des témoins oculaires et des survivants, des responsables militaires et des policiers du Bangladesh et du Myanmar, des membres de l'Armée radicale Arakan Rohingya (ARSA), des analystes, des médecins et des travailleurs humanitaires.

Selon le rapport, les civils qui ont attaqué les Rohingyas n'étaient pas des individus qui voulaient se faire justice eux-mêmes, mais plutôt des gens qui avaient été entraînés par l'armée. On leur avait aussi fourni des armes et des épées.

« Il y a des motifs raisonnables de croire que les crimes perpétrés dans trois comtés du nord de l'État de Rakhine constituent un génocide et des crimes contre l'humanité », dit le rapport, qui appelle à une enquête sur les auteurs des violences.

Le rapport indique que les hauts responsables militaires et policiers devraient être tenus responsables.

Les membres de l'ARSA sont également coupables d'avoir tué au moins six personnes soupçonnées d'être des informateurs du gouvernement et d'avoir interféré avec des civils en fuite, dont certains ont été menacés de mort s'ils ne soutenaient pas les radicaux.

L'armée du Myanmar n'a pas immédiatement commenté le rapport. Elle a nié avoir commis des atrocités et a imputé la violence aux insurgés rohingyas.

Une minorité persécutée

Les Rohingyas font face à une discrimination officielle et sociale dans le Myanmar à prédominance bouddhiste, qui leur refuse pour la plupart la citoyenneté et des droits fondamentaux. Ils sont considérés comme des immigrants du Bangladesh, même si plusieurs se sont installés au Myanmar il y a des générations.

Ces conditions difficiles ont conduit plus de 200 000 personnes à fuir le pays entre 2012 et 2015, avant que les dernières violences n'éclatent.

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