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La situation au Nicaragua « empire de jour en jour », prévient la CIDH

Des gens transportent un cercueil en criant dans la rue.
Des villageois révoltés transportent le cercueil d'un étudiant tué la veille par la police dans un église près de l'Université du Nicaragua. Photo: AFP/Getty Images / INTI OCON
Agence France-Presse

La situation au Nicaragua, où le pouvoir réprime férocement une vague de contestation, « est alarmante et empire de jour en jour », avertit le secrétaire de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) dans un entretien à l'AFP.

« Le comportement adopté par le gouvernement ces derniers jours semble fermer la porte aux espaces de dialogue », estime Paulo Abrao à propos du petit pays d'Amérique centrale où plus de 280 personnes ont perdu la vie en trois mois.

« La vision d'ensemble est très grave », souligne M. Abrao, en notant une « escalade de la violence et une diversification des formes de répression ».

Il retrace ainsi les étapes d'un « conflit changeant » : « Il y a d'abord eu une répression classique menée par des forces policières contre des manifestants. Dans la mesure où la population se sent agressée, elle réagit pour se défendre. Mais la proportion de victimes mortes [285, parmi lesquelles 20 policiers] et blessées [plus de 1800] montre clairement qu'il s'agit d'une action combinée de forces policières et parapolicières visant des opposants au gouvernement », décrit-il.

La CIDH est l'organe principal et autonome de l'Organisation des États américains (OEA), qui a pour mandat de promouvoir les droits de la personne dans le continent américain.

Opérations de nettoyage

M. Abrao confirme l'existence au Nicaragua d'« opérations de nettoyage », selon la propre terminologie des autorités, qui « rejettent la voie du dialogue et lancent des offensives de répression à l'encontre de la population qui prennent la forme de mises en détention massives et également d'assassinats ».

« Ces opérations sont aujourd'hui déjà assumées formellement par une partie des autorités, comme le moyen de reprendre le contrôle de l'État. Et désormais ils ajoutent la thèse qu'elles sont justifiées du fait de la présence de terroristes au sein des manifestants », dit-il.

L'aggravation de la situation, selon le secrétaire de la CIDH, se manifeste désormais par « des enlèvements, des saisies de terres, des invasions de domicile au petit matin ».

Il cite l'exemple du leader paysan Medardo Mairena, arrêté le 13 juillet et accusé de terrorisme.

« Pour nous, il s'agit d'une personne disparue. Nous demandons des informations à son sujet et nous n'obtenons aucune réponse ».

La CIDH, précise Paulo Abrao, est « très préoccupée » par l'adoption toute récente d'une nouvelle loi antiterroriste au Nicaragua.

« Elle permet aux procureurs et à la police de taxer plus facilement de terrorisme des manifestants. Et cette façon de criminaliser des manifestants est déjà en route. Ce lundi ils ont commencé à juger des étudiants présentés par les télévisions d'État comme des terroristes. Il me semble que ce processus ne va que s'amplifier », ajoute le responsable.

Selon M. Abrao, le Nicaragua est menacé de devenir un autre Venezuela. « Un État totalement fermé au regard international, avec des élections non reconnues à l'étranger, avec des prisonniers politiques, une répression des autorités et une absence de libertés publiques ».

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