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Nicaragua : une violente opération contre Masaya fait au moins deux morts

Des policiers armés patrouillent dans une camionnette au Nicaragua.
Des membres des forces spéciales du Nicaragua patrouillent dans les rues de Masaya à la suite d'affrontements avec des manifestants antigouvernementaux, le 18 juillet 2018. Photo: Reuters / Oswaldo Rivas
Agence France-Presse

Au moins deux personnes ont été tuées dans l'assaut lancé mardi par les forces progouvernementales contre Masaya, la ville la plus rebelle du Nicaragua, secoué depuis des mois par des manifestations violemment réprimées qui ont fait des centaines de morts.

Un millier d'hommes des forces antiémeute et de paramilitaires fortement armés à bord d'une quarantaine de camionnettes sont entrés au petit matin dans Masaya, situé à une trentaine de kilomètres de la capitale, Managua, selon les habitants.

Les accès à la ville étaient bloqués et les journalistes étaient empêchés de passer. Visée par les tirs, une équipe de l'AFP a été contrainte de faire demi-tour aux abords de cette ville.

« Ils attaquent Monimbo [un quartier de Masaya]! Les balles atteignent l'église Maria Magdalena, où le prêtre s'est réfugié », a écrit sur Twitter l'évêque auxiliaire de Managua, Silvio Baez, appelant le président nicaraguayen Daniel Ortega à « arrêter ce massacre ».

Sur les vidéos et enregistrements publiés sur les réseaux sociaux, on peut entendre des tirs nourris et des cris. Des habitants et des journalistes locaux rapportent la présence d'hommes cagoulés équipés de fusils d'assaut Kalachnikov et M16, ainsi que de francs-tireurs.

Funérailles d'un homme tué sur une barricade par la police et les forces paramilitaires au Nicaragua.Au Nicaragua, amis et famille transportent le cercueil de Jose Esteban Sevilla Medina, qui a été tué de balles à la poitrine lors d'une attaque par la police, à Masaya, le 16 juillet 2018. Photo : Associated Press / Cristobal Venegas

« Il y a deux morts, une femme âgée et un policier, a déclaré à l'AFP la présidente du Centre nicaraguayen des droits de l'homme (CENIDH), Vilma Nunez. La situation à Monimbo est terrible. »

« Une chasse sans discrimination a été lancée contre le peuple, il y a des raids sur les maisons, ils enfoncent les portes, ils jettent les gens et leurs affaires dans la rue », a dénoncé Mme Nunez, selon laquelle 40 personnes ont été arrêtées.

Cette incursion, rebaptisée par l'opposition « opération nettoyage », cible le quartier indigène de Monimbo, où la population est fortement mobilisée contre le gouvernement. Des barricades allant jusqu'à deux mètres ont été élevées dans cette ville de 100 000 habitants.

Au bruit des rafales, provenant des différentes entrées à la ville, s'est mêlé celui des cloches des églises afin d'alerter la population, selon des habitants.

Ils sont en train de mitrailler les maisons de manière irresponsable, le message est celui qui sort sa tête, on le tue. C'est un message de terreur. Ce qui m'inquiète le plus, ce sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.

Le secrétaire de l'Association nicaraguayenne des droits de l'homme (ANPDH), Alvaro Leiva

« On nous attaque avec des armes lourdes, c'est une des opérations les plus violentes lancées contre Masaya. On entend des détonations et des tirs de mitrailleuses », a dit à l'AFP le dirigeant du mouvement étudiant du « 19 avril », Cristian Fajardo.

Les habitants résistent « avec des mortiers artisanaux et des pierres », a-t-il ajouté.

Les jeunes du quartier de Monimbo se disent prêts à mourir pour un « Nicaragua libre ». « Nous n'allons pas les laisser entrer ici, si nous devons mourir pour notre pays, nous allons mourir », disaient-ils dans une vidéo tournée au milieu de l'attaque.

La vice-présidente Rosario Murillo, également femme du chef de l'État, a célébré l'avancée de la « libération » de la ville rebelle, estimant que les manifestants étaient « une minorité remplie de haine ».

La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d'État a échoué, c'est-à-dire que la tentative de coup d'État au Nicaragua est déjà vaincue.

Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales

« Il n'y a plus de barrages routiers », « les étudiants peuvent retourner en cours », a-t-il soutenu. Le gouvernement qualifie les manifestants de « putschistes » et de « délinquants ».

Pendant ce temps, le Parlement, contrôlé par le camp au pouvoir, a adopté une loi punissant de 15 à 20 ans de prison les actes de terrorisme. Sont notamment ciblés les auteurs d'actes visant à « altérer l'ordre constitutionnel », ce qui, selon l'opposition, pourrait concerner les manifestants.

Des manifestants agitent des drapeaux du Nicaragua.Des manifestants qui s’opposent au gouvernement nicaraguayen de Daniel Ortega demandent de mettre fin à la violence qui sévit dans le pays. Photo : Reuters / Oswaldo Rivas

Ce nouvel affrontement survient au moment où la communauté internationale réclame avec insistance l'arrêt de la répression.

Les États-Unis ont « fermement » exhorté mardi le président du Nicaragua à cesser « la violence et le bain de sang ».

L'Union européenne a aussi demandé mardi la « fin immédiate » de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers.

La veille, 13 pays d'Amérique latine et l'ONU avaient réclamé la cessation immédiate des violences.

Le président du Nicaragua Daniel Ortega photographié à Managua. Le président du Nicaragua Daniel Ortega photographié à Managua. Photo : Reuters / Oswaldo Rivas

Le Nicaragua, pays le plus pauvre d'Amérique centrale, est secoué depuis trois mois par des violences qui ont fait plus de 280 morts et quelque 2000 blessés.

Un mouvement de protestation, dont les étudiants sont le fer de lance, s'est amorcé le 18 avril contre le gouvernement de Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans, à la tête du Nicaragua depuis 2007 après l'avoir déjà dirigé de 1979 à 1990.

Il est accusé d'avoir mis en place avec sa femme une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.

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