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La poutine d'Ibrahim et autres « expériences » Airbnb à Montréal

Sory Ibrahim sur la terrasse de son immeuble.

Sory Ibrahim sur la terrasse de son immeuble

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

On connaît le site Internet Airbnb pour son offre d'hébergement et la controverse que cette offre suscite dans plusieurs quartiers. Depuis deux mois, les gens qui habitent le Grand Montréal peuvent aussi utiliser la plateforme pour vendre des « expériences », comme des visites guidées, des sorties en kayak, des cours de photos ou de cuisine.

Un texte de René Saint-Louis, journaliste à l'émission Le 15-18

Les Expériences Airbnb existent depuis déjà quelques années dans les grandes villes du monde comme New York, Paris et Rome. Elles sont aussi à Toronto et Vancouver depuis un an.

Quand l'entreprise basée à San Francisco a annoncé le lancement de son volet Expériences à Montréal, Sory Ibrahim a voulu être parmi les premiers à offrir quelque chose. Il propose donc aux touristes d'apprendre à cuisiner le mets du Québec le plus connu à l'international : la poutine.

Tous les dimanches, il offre son cours de poutine 101 à cinq touristes, qu'il donne dans la cuisine de son petit appartement du centre-ville. La dégustation se fait cependant sur la terrasse de son immeuble qui offre une belle vue sur Montréal. L’expérience se termine généralement par un coucher de soleil.

J'ai beaucoup voyagé et j'aime les gens. Pour moi, ce n'est pas du travail, c'est un amusement. Lorsque j'ai vu qu'à Toronto, qu'à New York, il y avait différentes expériences culinaires, je me suis dit : "Pourquoi ne pas faire ça à Montréal?" On ne va pas se mentir, tout le monde aime la poutine. Même les touristes qui viennent et qui n'y ont pas encore goûté tombent en amour avec.

Une citation de : Sorry Ibrahim, qui offre l'expérience « Poutine Cooking Class 101 » sur Airbnb

L'expérience offerte par Sory Ibrahim coûte 45 $. Multiplié par cinq invités, moins la commission de 20 % que garde Airbnb, il lui reste en fin de compte 180 $. Même après avoir acheté les pommes de terre, le fromage et la sauce, il trouve que c'est un bon petit salaire d'appoint.

Depuis la fin d'avril, il est possible d'acheter des Expériences Airbnb dans le Grand Montréal. La photo est une capture d'écran des différents types d'activités offertes : promenades urbaines, visites gastronomiques, etc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Depuis la fin avril il est possible d'acheter des Expériences Airbnb dans le Grand Montréal.

Photo : Radio-Canada

De gros joueurs aussi

N'importe qui peut proposer une expérience. Airbnb incite les gens à rivaliser d’imagination pour développer le caractère exclusif de leur offre.

Cependant, des entreprises – des PME surtout – sont nombreuses à s'afficher sur la plateforme au même titre qu'elles le font sur Expedia ou TripAdvisor.

Le propriétaire d'une tyrolienne qui survole le Vieux-Montréal, Samuel Cadotte, a vite décidé de se lancer en raison de la popularité d'Airbnb en matière d'hébergement. Sa tyrolienne est vite devenue l’une des expériences les plus populaires de Montréal.

« Il n'y a pas beaucoup d'activités qui sont là-dessus, alors c'est sûr qu'en ce moment, on connaît un très bon succès. On est vraiment content de comment la plateforme fonctionne, et le mot Airbnb quand les gens arrivent à la caisse est de plus en plus utilisé », dit-il.

Samuel Cadotte remarque cependant que ces clients ont tendance à vouloir être accompagnés, même à vouloir que quelqu'un fasse la tyrolienne avec eux. Ceux qui achètent leur billet sur Expedia ou TripAdvisor sont plus autonomes.

La propriétaire de Guidatour, Angèle Vermette, remarque aussi que la clientèle d'Airbnb s'attend à un service très personnalisé. Guidatour offre depuis plus de 30 ans des visites guidées à Montréal. Elle a aussi été parmi les premières entreprises à s'afficher sur Airbnb.

Il faut bien gérer les attentes des clients, dit-elle. Il faut que ce soit clair sur la fiche de réservation que ce sont des tours de groupes d'environ 15 personnes.

C'est sûr que si quelqu'un n'a pas conscience qu'il achète un tour de groupe et qu'il pense se présenter à la basilique [Notre-Dame] et rencontrer Angèle Vermette, puis d'être deux ou trois personnes d'Airbnb, ce n'est pas ça qui se passe.

Une citation de : Angèle Vermette, propriétaire de Guidatour

Elle souligne aussi qu'à Montréal, pour être guide, il faut un permis de la Ville. Ce permis ne s'obtient qu'après avoir suivi une formation de 240 heures à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ).

« Mais la réglementation devient plus dure à faire respecter quand une plateforme facilite la connexion entre visiteurs et guides improvisés de cette façon », précise-t-elle.

Des controverses à venir

Guillaume Lavoie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Guillaume Lavoie

Photo : Radio-Canada

Le chargé de cours à l'École nationale d'administration publique (ENAP), Guillaume Lavoie, estime que sans réglementation claire, de nouvelles controverses comme celle entourant l'offre de logements d'Airbnb vont surgir.

Outre la question des permis pour les gens qui s'improvisent guides, il mentionne d'éventuels problèmes de zonage et toute la réglementation qui entoure l'offre alimentaire.

« Vendre de la nourriture à la maison, je ne connais pas de loi ou de règlement qui permet ça encore. Alors, vous voyez qu'il y a tout un pan de réglementation qu'il va falloir adapter. Bien sûr, attendez-vous à ce qu'il y ait de la controverse. Mais ce n'est pas parce qu'il y a de la controverse que ça veut dire que c'est mauvais ou que c'est nuisible. Au total, c'est quelque chose qui va enrichir l'offre touristique et enrichir la capacité de découvrir une communauté comme Montréal par exemple. »

Guillaume Lavoie a présidé, à la demande du gouvernement du Québec, le Groupe de travail sur l'économie collaborative dont le rapport final a été dévoilé le mois dernier.

Il faut, selon lui, bien encadrer l'économie collaborative pour laisser émerger des entreprises québécoises qui seraient en mesure de rivaliser les Uber et les Airbnb de ce monde.

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