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Qui sont les migrants dans le monde?

Radio-Canada

Les mouvements de population à travers le monde ne sont pas nouveaux. De tout temps, des migrants ont quitté leur patrie pour trouver une vie meilleure ailleurs. En quoi ces mouvements ont-ils changé au cours des dernières années? Analyse des tendances.

Un texte de Ximena Sampson

Ces données se basent sur des estimations fournies par les pays d’accueil sur le nombre de migrants établis sur leur territoire en 2017. Elles ne correspondent pas aux flux migratoires aux frontières.

Les Indiens sont bons premiers, avec plus de 16 millions de personnes établies en dehors de leur pays de naissance. Ils émigrent surtout vers leurs plus proches voisins, soit le Népal et le Pakistan, mais aussi vers les pays du Golfe, comme les Émirats arabes unis, le Koweït ou Oman.

Source : Bilateral Migration Matrix

Les monarchies du golfe Persique constituent un pôle d’attraction majeur pour les travailleurs du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est depuis les années 1970. Outre les Indiens, les Pakistanais, Bengladais, Népalais et Philippins, entre autres, y affluent, attirés par des emplois abondants et des salaires plus élevés que dans leurs pays d’origine.

Grâce à la manne pétrolière, les pétromonarchies se sont développées à un rythme soutenu, attirant des travailleurs qualifiés et semi-qualifiés, notamment dans les secteurs de la construction, la vente au détail et le service domestique, explique Marie McAuliffe dans le rapport 2018 de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Résultat : les migrants constituent aujourd’hui la majorité de la population dans les pays du golfe Persique, à l’exception d’Oman et de l’Arabie saoudite.

Cependant, il s’agit essentiellement d’une main-d’œuvre temporaire, affirme Victor Piché, chercheur associé à la chaire Hans & Tamar Oppenheimer en droit international public à l’Université McGill, à Montréal. « Le droit d’établissement n’existe pas dans les pays du Golfe », précise M. Piché.

Ces migrants sont soumis à de nombreuses restrictions, qui les lient notamment à un seul employeur en plus de limiter leurs possibilités de se faire accompagner par leur famille, rappelle l’OIM.

Bien que considérable en nombres absolus, la diaspora indienne est en fait minime en proportion de la population du pays; elle ne représente que 1,1 % des 1,4 milliard d’habitants en Inde.

Autre fait marquant, selon des estimations du Pew Research Center, les minorités religieuses sont surreprésentées parmi les migrants. Ainsi, les chrétiens en composent 19 %, alors qu’ils ne sont que 3 % de la population indienne, et les musulmans 27 %, alors qu’ils sont 14 % de la population en Inde.

Source : Bilateral  Migration Matrix (Nouvelle fenêtre)

L’expatriation des Mexicains vers les États-Unis constitue le premier corridor mondial de migration. D’ailleurs, 97 % des Mexicains qui migrent se rendent chez leur voisin du Nord.

« Si vous avez près de chez vous un pays développé, c’est là que vous voudrez aller, remarque Victor Piché. Les Mexicains n’ont aucune raison d’aller ailleurs. »

Les États-Unis sont un pôle d’attraction pour toute l’Amérique latine : 78 % des migrants d’Amérique centrale y sont établis.

En plus de l’attrait exercé par l'économie américaine, la violence qui frappe plusieurs pays d’Amérique centrale depuis plusieurs années joue aussi un rôle, poussant les gens à l’exil, croit Hélène Pellerin, professeure à l’École d'études politiques de l’Université d'Ottawa. « Dans plusieurs régions, il y a une violence généralisée et des gangs criminels à l’œuvre », affirme la chercheuse.

Ces dernières années, ce sont d’ailleurs surtout des migrants centraméricains qui sont arrivés aux États-Unis, alors qu’un nombre important de Mexicains rentraient chez eux. Entre 2007 et 2015, le nombre d’immigrants arrivant aux États-Unis en provenance du Salvador, du Guatemala et du Honduras a augmenté de 25 %, alors que le nombre de Mexicains diminuait de 6 %, d’après le Pew Research Center.

De plus en plus de migrants?

Depuis quelques décennies, on observe une augmentation non seulement du nombre, mais aussi de la proportion de la population migrante par rapport à l’ensemble de la population mondiale.

Cette augmentation s’explique par les grandes différences entre pays, autant en ce qui a trait à la prospérité économique qu’à la stabilité politique, et par une connectivité transnationale accrue qui facilite les déplacements, affirme Alan Simmons, professeur au département de sociologie de l’Université York, à Toronto.

Même si les disparités économiques diminuent entre certaines régions, elles sont encore criantes ailleurs.

Et le vieillissement de la main-d’œuvre dans les pays développés contribuera à faire augmenter les déplacements du Sud vers le Nord. « Il y a une demande grandissante pour des travailleurs migrants qui remplissent certains critères », soutient M. Simmons.

À moins d’une catastrophe, le nombre mondial de migrants ne peut que continuer à augmenter.

Alan Simmons, professeur au département de sociologie, Université York

En outre, la diminution du coût du transport aérien facilite les déplacements, tout comme la croissance des télécommunications et la présence de réseaux de migrants. « Il y a un effet d’appel qui joue, croit Hélène Pellerin. La communauté de migrants à l’étranger va entretenir l'image que c’est mieux là que dans le pays d’origine. »

Au niveau mondial, toutefois, la proportion de migrants demeure très faible. « Si on inverse les statistiques, c’est 97 % de la population mondiale qui reste chez elle », mentionne Victor Piché.

Et quand ils doivent bouger, les gens préfèrent ne pas aller trop loin. Ainsi, la principale destination des Africains est l’Afrique (53 % des migrants africains), pour les Asiatiques, c’est l’Asie (60 %) et pour les Européens, l’Europe (67 %).

Les Latino-Américains, eux, sont majoritaires à migrer vers le Nord (70 %). « Les gens ont tendance à vouloir migrer lorsqu’ils y sont obligés, économiquement et socialement, mais, quand il y a des opportunités proches, ce sont celles-là qui vont être prises », croit Victor Piché.

« Plus on va loin, plus c’est un investissement économique et émotionnel », conclut Mme Pellerin.

Même si l’émigration chinoise est très importante (10 millions de personnes), elle ne représente en fait que 0,7 % de la population totale de la Chine.

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