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Radiohead conjugue toujours au présent

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Il y a 20 ans cette année, Radiohead s'offrait une consécration au Centre Molson avec la tournée de son disque phare OK Computer. Lundi soir, dans le même amphithéâtre désormais nommé Centre Bell, on pouvait mesurer le chemin parcouru et constater que les gars du Royaume-Uni privilégient toujours le présent au passé.

De passage à Montréal deux ans après leur participation au Festival Osheaga, les Anglais auraient pu jouer la carte du concert de grands succès. Après tout, les Montréalais avaient entendu à l’été 2016 plusieurs chansons du disque A Moon Shaped Pool, paru quelques mois plus tôt. Mais même en fin de cycle, Radiohead ne joue pas la carte de la nostalgie. Après tout, en 1998, nous avions eu droit à 10 des 12 chansons d'OK Computer...

Aucune surprise, donc, d’entendre d’entrée de jeu l’aérienne Daydreaming, baignée dans ses faisceaux de lumière, qui a immédiatement plongé 14 690 spectateurs dans l’univers de Radiohead en moins de quatre minutes. Peu de groupes peuvent happer instantanément l’attention de milliers d’amateurs de musique.

Immersion complète

La pulsion et les guitares acoustiques de Desert Island Disk, relevées par les éclairs rouges qui apparaissent sur l’écran géant ovale, et le tempo accéléré de Ful Stop et de ses effluves électro ont complété l’immersion de la foule.

Durant les deux heures qui ont suivi, Radiohead a pigé dans tous ses albums depuis OK Computer – sauf Amnesiac (2001) –, privilégiant son dernier tiercé – In Rainbows (2007), The King of Limbs (2011), A Moon Shaped Pool (2016) – pour plus de la moitié du répertoire.

Alternant des guitares (acoustiques et électriques), aux claviers, au piano et au tambourin, Thom Yorke demeure la figure de proue incontournable de ce groupe en dépit de l’apport énorme de Jonny Greenwood aux diverses formes d’instrumentations.

Le rock a été à l’honneur avec 2+2=5 et la scène illuminée comme un comptoir de pharmacie (lumières blanches), avec Lotus Flower et sa ligne de guitare hargneuse, et, bien sûr, avec la force de frappe de Wierd Fishes/Arpeggi. Il a été plus musclé avec Myxomatosis et plus dissonant durant Bodysnatchers.

Avec le batteur Phil Selway et son collègue Clive Deamer, de Portishead, qui accompagne Radiohead en tournée depuis quelques années, certaines compositions prennent une couleur un peu différente. Kid A avait plus de tonus en raison du synchronisme des deux instrumentistes et Bloom a eu droit à une triple dose de martèlement quand Jonny Greenwood les a accompagnés en frappant comme un sourd sur une plus petite batterie. Quant à Everything In Its Right Place, elle a peut-être été la plus métamorphosée du lot en regard de sa forme première, ayant évoluée du rock vers la techno.

Radiohead, lors de leur passage à Chicago le 6 juillet 2018Radiohead, lors de leur passage à Chicago le 6 juillet dernier Photo : AFP/Getty Images / Archives/Kamil Krzaczynski

L’émotion d’abord

En dépit de cet apport dynamique, on a senti que Radiohead voulait privilégier une approche plus posée que remuante. All I Need, avec la touche sensible de Greenwood au glockenspiel, était aussi belle que déchirante. Videotape, avec Yorke au piano, était touchante. Quant à No Surprises, peut-être la plus belle mélodie jamais concoctée par le groupe, elle était d’une beauté irradiante et plus d’actualité que jamais avec sa phrase-choc : « They don’t, they don’t speak for us. »

Exit Music (For A Film) était plus fantomatique que d'ordinaire avec ses claviers d’église. Et pour ce qui est de Nude… Quelle version! Avec la voix de Yorke tellement en avant-plan, elle a été vibrante et rien de moins que céleste.

Remarquez, de ce désormais classique, on n’attendait rien de moins. Parfois, avec Radiohead, c’est une chanson qui n’a pas été un succès absolu qui te fait chavirer en concert. Dans mon cas, c'est House of Cards, qui a été d’un raffinement exquis.

Répertoire trop vaste

Avec neuf albums derrière eux – plutôt que trois il y a deux décennies –, les gars de Radiohead ont dorénavant un répertoire énorme dont toutes les chansons essentielles ne peuvent se retrouver au même programme. On l’a constaté la semaine dernière quand le groupe a offert quatre concerts au Madison Square Garden de New York en éparpillant ses succès.

Ainsi, lundi, pas de Paranoid Android, The National Anthem, de Pyramid Song, ni de There There. Peut-être mardi, dans le deuxième concert à Montréal. C’est ça, la loterie Radiohead.

Forcément, dans la dernière ligne droite, la foule a quand même eu droit à son lot d’incontournables, dont un trio tiré d'OK Computer que la plupart d’entre nous entendaient pour la première fois en concert il y a deux décennies : The Tourist, avec le globe dans l’espace, ainsi que les rassembleuses et immortelles Let Down et Karma Police.

Yorke a néanmoins trouvé le moyen de glisser Give Up The Ghost dans le deuxième rappel. Pas question de trop jouer la carte de la nostalgie, même en fin de concert. À quel temps conjugue Radiohead, déjà? Au présent. C’est vrai. Celle-là aussi (Present Tense), elle a été interprétée.


Radiohead est de retour au Centre Bell le mardi 17 juillet et à l’Aréna Scotiabank – l’ancien Centre Air Canada (Toronto) – les 19 et 20 juillet.

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