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Le monde de l’aéronautique a rendez-vous en Grande-Bretagne

Le reportage de Jean-Michel Leprince
Agence France-Presse

Le salon aéronautique de Farnborough s'est ouvert lundi sur les chapeaux de roue avec plusieurs annonces commerciales d'Airbus et de Boeing, qui profitent d'un contexte de forte croissance malgré les inquiétudes liées au Brexit que Theresa May essaie d'apaiser.

La première ministre britannique est arrivée dans la matinée à ce salon dans le sud-ouest de Londres et a immédiatement assuré que le Royaume-Uni voulait « rester l'un des meilleurs endroits au monde pour les entreprises aéronautiques et l'un des leaders mondiaux de l'innovation » dans ce domaine, sur fond d'inquiétude relativement à d'éventuelles barrières au commerce avec l'Union européenne après le Brexit.

Mme May a promis entre autres des financements public-privé de 343 millions de livres (600 millions de dollars) pour soutenir la recherche et le développement dans ce secteur au Royaume-Uni.

La première ministre a aussi rencontré le patron d'Airbus, Tom Enders. Ce dernier a mis en garde à plusieurs reprises contre un « Brexit dur » qui pourrait pousser l'avionneur européen à stopper ses investissements au Royaume-Uni, où il fabrique les ailes de ses avions.

Pluie de commandes

Les deux principaux avionneurs mondiaux n'en ont pas moins annoncé plusieurs commandes dès les premières heures du salon. L'américain Boeing d'abord, avec une commande de quatorze 777 en version fret au profit de DHL pour 4,7 milliards de dollars américains au prix catalogue. Airbus lui a répondu sur le segment long-courrier avec 27 A350 commandés par les compagnies chinoise Sichuan Airlines et taïwanaise Starlux, pour près de 8,8 milliards de dollars.

Les deux géants ont poursuivi sur le segment moyen-courrier, avec la commande de 30 737 MAX par le loueur d'avions Jackson Square Aviation (3,5 milliards de dollars), et celle de 50 A320 (5,5 milliards de dollars).

Ces annonces en rafale confirment la bonne santé du marché qui devrait doubler de volume d'ici 20 ans. « Nous continuons à voir le marché de l'aérospatiale croître très fortement », a déclaré dimanche le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, à la veille du salon.

« Nous avons revu à la hausse nos estimations pour les 20 prochaines années. Nous estimons que le monde aura besoin d'environ 43 000 nouveaux avions commerciaux », a-t-il précisé.

Airbus, qui a publié ses propres prévisions la semaine dernière, estime le besoin à 37 390 avions et cargo neufs au cours des 20 prochaines années, pour une valeur de 5800 milliards de dollars.

Le géant européen évalue la flotte mondiale d'avions en service en 2037 à 48 000 appareils à la faveur d'une croissance du trafic aérien solide de 4,4 % par an. Boeing publiera le détail de ses propres estimations mardi, au deuxième jour du salon aéronautique.

Bombardier dans le giron d’Airbus

Loin de les affaiblir, la rivalité qui oppose les deux géants a consacré leur omnipotence sur le marché et leur a permis de se renforcer au travers d'alliances avec leurs rivaux plus petits, Bombardier et Embraer.

Airbus et Bombardier ont annoncé leur rapprochement spectaculaire en octobre dernier autour du programme C Series, rebaptisé depuis A220. Les deux avionneurs espèrent vendre « au moins 3000 » exemplaires au cours des 20 ans à venir, ce qui représente 50 % de ce marché.

Le PDG de Swiss International Airlines, Thomas Kluehr, assis aux commandes d'un C Series de Bombardier.Le PDG de Swiss International Airlines, Thomas Kluehr, assis aux commandes d'un C Series de Bombardier. Photo : Getty Images / Michael Buholzer

De son côté, Boeing a annoncé un partenariat grâce auquel il s'empare de la totalité des activités civiles du brésilien Embraer pour 3,8 milliards de dollars. Cette opération, effective en 2019, lui permettra de concurrencer son rival européen, mais l'américain voit plus loin et mise sur les domaines de la recherche et développement et des services.

Car par-delà ces rapprochements, les deux géants ont décidé de tirer profit de la croissance dans les services et la maintenance qui accompagne celle de la flotte d'avions dans le monde, grâce notamment au numérique et au big data.

Mais si les perspectives à long terme sont extrêmement favorables, des nuages viennent assombrir le tableau à plus court terme : le Brexit, mais aussi les menaces de guerre commerciale notamment entre la Chine et les États-Unis. Le patron de Boeing a fait part de sa préoccupation à ce sujet, même si aucun effet ne s'est fait sentir à ce jour, a-t-il indiqué.

« L'aérospatiale se nourrit du commerce mondial, d'un commerce libre et ouvert », a souligné Dennis Muilenburg.

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