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Chute importante de la fécondation in vitro au Québec

Le reportage de Marie-Laurence Delainey
Radio-Canada

La fin du programme de gratuité de la fécondation in vitro (FIV) au Québec en 2015 a forcé de nombreux couples infertiles à mettre cette option de côté. Des spécialistes en médecine de la reproduction affirment que le nombre de demandes a diminué d'environ 60 %.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Il y a certains cas où c’est la fécondation in vitro qui va faire en sorte qu’ils pourront avoir des enfants. Quand on voit qu’ils ne peuvent pas se le permettre, c’est triste.

Dre Karen Buzaglo de la clinique de fertilité Procrea

Il existe deux principales méthodes de procréation assistée : la fécondation in vitro et l’insémination artificielle.

L'insémination artificielle consiste à déposer du sperme dans l'utérus. La fécondation in vitro (FIV), elle, vise à extraire les ovules de la patiente, afin de réaliser la fécondation en laboratoire. L'embryon est ensuite transféré dans l'utérus.

Cette dernière technique est plus complexe, mais parfois inévitable lorsque le couple présente un trouble de fertilité ou lorsqu’il a essayé, en vain, l’insémination artificielle.

Coûts et remboursement

Outre l’efficacité, ce qui distingue les deux techniques est le coût. Le prix de l’insémination artificielle se compte en centaines de dollars, alors que celui d’une fécondation in vitro atteint les milliers de dollars.

Le gouvernement du Québec peut rembourser jusqu’à neuf cycles d’insémination artificielle.

La fécondation in vitro, elle, n'est plus remboursée depuis 2015, avec l'adoption du projet de loi 20 à l’Assemblée nationale.

À l’époque, le ministre de la Santé Gaétan Barrette voulait réduire la facture du programme qui s'élevait, en 2014-2015, à 74 millions de dollars.

Il parle à l'Assemblée nationale.Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Crédit d’impôt

La FIV est toutefois accessible depuis grâce à un crédit d'impôt, mais sous certaines conditions. Pour les familles dont le revenu est de moins de 50 000 $ par année, le crédit d'impôt est équivalant à 80 % du coût des traitements.

Ce crédit d'impôt diminue jusqu'à 20 % des coûts de traitement pour les couples gagnant plus de 120 000 $. Près de 2000 personnes y ont eu accès en 2016, selon Revenu Québec.

Des procédures coûteuses

Mylaine Salvas, par exemple, a opté pour la fécondation in vitro. Elle n’a pas eu le choix, car son conjoint a eu un renversement de vasectomie, une situation qui l’empêche d’opter pour l’insémination artificielle. La femme de 40 ans a déboursé, jusqu’à présent, près de 12 000 $ pour une première procédure.

Mylaine SalvasMylaine Salvas a déboursé jusqu’à présent près de 12 000 $ pour une première fécondation in vitro. Photo : Radio-Canada

« La première a été un échec, je l’ai pris durement. J’étais stressée et là il faut se réessayer. Les coûts sont tellement élevés. Nous, on va faire ce qu’on peut. Je comprends que le programme coûtait cher au gouvernement, qu’il ait essayé de trouver des alternatives [solutions de rechange] comme les crédits d’impôt. Cependant, les crédits d’impôt sont peu accessibles. Juste le fait que mon conjoint a eu un enfant il y a 18 ans, on n’a pas le droit au crédit d’impôt », déplore Mme Salvas.

Selon des médecins consultés par Radio-Canada, la fin de la gratuité a forcé de nombreux couples à abandonner l’idée d’avoir un enfant biologique.

« Moi, j’ai beaucoup de peine pour ces couples-là. Je les vois tous les jours. Ils arrivent et disent : "On va faire des inséminations." Mais je sais que ce sera difficile pour eux d’avoir un bébé en insémination dans certains cas. Il y en a pour qui ça va, les plus jeunes, ceux pour qui c’est un problème ovulatoire, ça va sûrement marcher. Mais pour ceux, [comme] les femmes plus âgées, qui ont d’autres facteurs et qui demandent [la fécondation] in vitro, on ne peut pas leur offrir grand-chose malheureusement », explique la Dre Buzaglo.

Dre Karen Buzaglo de la clinique de fertilité ProcreaDre Karen Buzaglo de la clinique de fertilité Procrea Photo : Radio-Canada

Le choix de l’insémination artificielle

Selon des experts, d’autres, moins nombreux, auraient choisi de se tourner vers l'insémination artificielle.

Le nombre d'inséminations artificielles remboursées par le gouvernement a légèrement augmenté depuis la fin du programme de gratuité.

Il est passé de 14 826 en 2014 à 17 976 en 2017, selon les données de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Au bureau du ministre de la Santé Gaétan Barrette, on affirme ne pas exclure l’idée d’un retour de la gratuité, mais seulement si les finances publiques du gouvernement du Québec le permettent.

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