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Une mère, expulsée au Niger, laisse son mari et deux enfants au Canada

Une mère, expulsée au Niger, laisse son mari et deux enfants au Canada

Une famille d'Edmonton se retrouve déchirée depuis janvier dernier pour des questions d'immigration. La mère, originaire du Niger, a dû être expulsée du Canada où elle réside depuis 11 ans. Toutes ses demandes de résidence permanente ont échoué, alors que son mari et ses enfants sont Canadiens. Six mois plus tard, la famille a du mal à garder espoir.

Un texte d'Axel Tardieu

Sali Mohamed est à bout de nerfs. Craignant pour sa sécurité, elle s'est isolée dans le sud du Niger, loin de son village natal. Contactée par téléphone, elle ne comprend toujours pas la situation. « Tout a été rejeté. Je me suis dit que j'étais malchanceuse. Si jamais je ne peux pas revenir au Canada, je préfère mourir que rester sans mes enfants », affirme-t-elle.

La vie de la famille bascule le 15 janvier dernier. En début d'après-midi, Mme Mohamed apprend par son avocat que l'Agence des services frontaliers du Canada demande son expulsion vers son pays d'origine, le Niger. Une décision sans préavis qui ne lui donne que quelques heures pour se préparer. Son avion décolle à 22 h de l'aéroport international d'Edmonton, direction Niamey, la capitale du Niger.

Deux minutes pour dire au revoir

Une fois sur place, Sali Mohamed n'a eu que deux minutes pour dire au revoir à son mari, Inoussa Aouedi, 59 ans, et ;a ses deux enfants Yasmina, 7 ans, et Youssef, 5 ans. Tous ont la nationalité canadienne, sauf elle. L'instant a été court, mais intense, rythmé de sanglots et de questions. « Pourquoi font-ils ça à maman », demandait Yasmina dans les bras de son père. La scène a été filmée à l'aéroport par un proche.

La famille devant les portiques de sécurité à l'aéroport d'Edmonton.Inoussa Aouedi tente de réconforter sa fille Yasmina en pleurs à l'aéroport d'Edmonton. Photo : Ibrahim Karidio

Sali Mohamed est arrivée à Montréal en 2007, après avoir fui une situation familiale jugée dangereuse au Niger. Elle a déposé une demande d'asile, refusée en 2011, puis une demande de résidence permanente pour des considérations d'ordre humanitaire, également refusée en 2013. Son mari, qui a la nationalité canadienne, a tenté de la parrainer en 2015, mais cette troisième tentative a échoué. Le gouvernement canadien a également refusée une demande d'examen des risques avant un renvoi, en 2016.

Pourtant, en 11 ans, Sali Mohamed a prouvé à maintes reprises qu'elle méritait la nationalité canadienne, estime Ibrahim Karidio, vice-président de l'Association Niger Canada Sahel. Il a été contacté à l'automne 2017 pour soutenir la demande de résidence permanente de Mme Mohamed. « Sali n'a jamais eu de problème, elle est très appréciée par toutes les communautés qu'elle a fréquentées. C'est une personne très généreuse et travailleuse », explique-t-il. « C'est une bonne épouse et une bonne mère impliquée dans l'éducation de ses enfants, au point que sa fille Yasmina était très éveillée pour son âge. »

Ibrahim Karidio, vice-président de l'Association Niger Canada Sahel, dans un parc.Selon Ibrahim Karidio, vice-président de l'Association Niger Canada Sahel, cette situation ne fait pas honneur au Canada. Photo : Radio-Canada

Ibrahim Karidio était présent à l'aéroport le 15 janvier dernier. « C'est tellement choquant de voir des enfants de 5 et 7 ans se faire séparer de leur maman et qu'on leur dise que les services sociaux vont s'occuper d'eux. »

C'est pas le Canada que je connaissais. C'est pas le Canada de la compassion.

Ibrahim Karidio, vice-président de l'Association Niger Canada Sahel

Une intervention politique pour débloquer la situation?

Depuis l'expulsion de son épouse, Inoussa Aouedi est dépassé par les évènements. Cet opérateur de machine travaille de nuit dans des usines dans l'industrie alimentaire. De 18 h à 6 h du matin, il n'est pas à la maison et doit chaque jour trouver quelqu'un pour veiller sur ses deux enfants. Une situation qui a des conséquences sur ces derniers. « La première ne mange pas, le petit, lui, prend son stress pour manger, comme un cochon », raconte le père, désarmé.

Deux enfants assis sur un canapé.Yasmina et Youssef, assis dans leur salon. Photo : Radio-Canada

Yasmina est sujette à des cauchemars, la nuit, et Youssef devient agressif. Les résultats scolaires des deux enfants baissent et ils commencent à s'isoler à l'école. Avec un seul salaire, le père doit se serrer la ceinture et envisage toutes les possibilités, même celle de se séparer de ses deux enfants pour les confier à sa mère, au Bénin.

Selon Inoussa Aouedi et Ibrahim Karidio, seule une intervention politique pourrait débloquer la situation. Le député de Edmonton-Centre, Randy Boissonnault, avait tenté de téléphoner à plusieurs responsables d'Ottawa le jour de l'expulsion afin de gagner du temps, mais le décalage horaire jouait contre eux.

La dernière demande de résidence permanente de Sali Mohamed, faite en octobre 2017, est en cours d'examen par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Elle devrait recevoir une réponse en octobre 2018. Ce sera probablement sa dernière chance.

Avec les informations d'Andrea Huncar, CBC.

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