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Du Manitoba au Québec, 5 lieux pour se souvenir de Gabrielle Roy

Photo de Gabrielle Roy par Annette et Basil Zarov, 1945.
L'écrivaine Gabrielle Roy Photo: Bibliothèque et Archives Canada

Le 13 juillet marque le 35e anniversaire de la mort de Gabrielle Roy. Voici cinq lieux qui ont marqué la vie et l'œuvre de la grande écrivaine canadienne pour commémorer son décès.

Un texte de Gavin Boutroy

Née en 1909 à Saint-Boniface au Manitoba, et décédée le 13 juillet 1983 à Québec, l’auteure de Bonheur d’occasion a laissé son empreinte d’un bout à l’autre du Canada. La principale bibliothèque de Québec porte son nom, tout comme une école française à Surrey, en Colombie-Britannique. Mais quels sont donc les lieux qui ont marqué Gabrielle Roy?


1 ) La Maison Gabrielle-Roy

La Maison Gabrielle-Roy, dans le quartier Saint-Boniface à Winnipeg, le 7 juin 2013.La Maison Gabrielle-Roy, dans le quartier Saint-Boniface à Winnipeg, est devenue un musée le 19 juin 2003. Photo : Radio-Canada / Carla Oliveira

La grande demeure du 375, rue Deschambault a été construite au tournant du 20e siècle pour la famille Roy. Elle a changé de propriétaires à quatre reprises et a subi maintes transformations, allant jusqu'à abriter plusieurs logements sous un même toit.

Gabrielle Roy y a passé sa jeunesse avec ses 10 frères et sœurs, dont 8 atteindront l’âge adulte. Quand Léon Roy perd son emploi en 1915, la famille se voit forcée de prendre des locataires.

La maison qui a inspiré le roman Rue Deschambault a été désignée lieu historique national du Canada en 2009. Transformée en musée, elle abrite désormais l’organisme la Maison Gabrielle-Roy, qui promeut l’œuvre de l'écrivaine et organise des activités littéraires.

Lorsqu’il fit construire la nôtre, mon père prit comme modèle la seule autre maison qui se trouvait alors dans cette petite rue Deschambault, sans trottoir encore, fraîche comme un sentier entre des buissons d’aubépine, et, en avril, toute remplie du chant des grenouilles.

Gabrielle Roy, Rue Deschambault (1955)

2) Le quartier Saint-Henri à Montréal

Un enfant sur la terrasse d'une maison ouvrière avec du linge pendu partout pour sécher. Le quartier ouvrier de Saint-Henri dans les années 1960. Photo : Radio-Canada

Gabrielle Roy s’installe à Montréal en 1939, où elle découvre le quartier ouvrier de Saint-Henri. Là-bas, elle constate les ravages du chômage et la misère du peuple. Son indignation sert de moteur à sa créativité et en 1945, elle publie son premier et plus célèbre roman, Bonheur d’occasion.

Cet ouvrage lui vaut le prestigieux prix Femina en 1947. Gabrielle Roy devient ainsi la première Canadienne à remporter un prix littéraire français.

À cette heure, Florentine s'était prise à guetter la venue du jeune homme qui, la veille, entre tant de propos railleurs, lui avait laissé entendre qu'il la trouvait jolie. La fièvre du bazar montait en elle, une sorte d'énervement mêlé au sentiment confus qu'un jour, dans ce magasin grouillant, une halte se produirait et que sa vie y trouverait son but. Il ne lui arrivait pas de croire que son destin, elle pût le rencontrer ailleurs qu'ici, dans l'odeur violente du caramel, entre ces grandes glaces pendues au mur où se voyaient d'étroites bandes de papier gommé, annonçant le menu du jour, et au son bref, crépitant, du tiroir-caisse, qui était comme l'expression même de son attente exaspérée. Ici se résumait pour elle le caractère hâtif, agité et pauvre de toute sa vie passée dans Saint-Henri.

Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion (1945)

3) Altamont

Un grand ciel bleu et une petite route de campagne qui passe à côté d'un arbre et d'une petite maison.Une « route de section » dans la région d'Altamont, au Manitoba. Photo : Radio-Canada

En 1966, Gabrielle Roy écrit La Route d’Altamont, ouvrage composé de quatre nouvelles inspirées de son enfance. Ce livre met en scène les communautés et la région vallonnée qu'on trouve dans le sud-ouest du Manitoba, où, enfant, l’écrivaine passait ses étés.

Elle a occupé son premier poste d’institutrice dans le village de Cardinal, qui comme Altamont, est maintenant un village fantôme.

Il y avait une heure où malgré tout je m’ennuyais. C’était au moment où le soleil, sur le point de disparaître, jette sur la plaine une grande clarté rouge, lointaine et étrange, qui semble encore la prolonger, et aussi la vider comme de toute présence humaine, la rendre peut-être aux songes sauvages du temps où elle vivait dans sa solitude complète. On aurait dit alors que la plaine ne voulait pas sur elle de gens, de maisons, de villages, que, d’un coup, elle eût cherché à se défaire de tout cela, à se retrouver comme autrefois, fière et solitaire.

Gabrielle Roy, La Route d'Altamont (1966)

4) La rivière de la Poule d’eau

Une petite rivière avec des arbres et des roseaux qui l'entoure. Un bras de la rivière de la Poule d’eau, dans le nord du Manitoba. Photo : Radio-Canada

En 1937, Gabrielle Roy se rend à la rivière de la Poule d’eau, qui se jette dans le lac Manitoba. Elle travaille comme institutrice dans une petite communauté francophone fondée par Louis Riel, à 500 km au nord de Winnipeg.

Ses années d'enseignement à Cardinal et à la Poule d’eau sont la source d'inspiration des romans Ces enfants de ma vie (1977) et La petite poule d'eau (1950). Jusqu’à sa mort, l’écrivaine affirmait que ce dernier était le meilleur roman qu’elle eut écrit.

Une île de la rivière est nommée « Gabrielle Roy Island » par la Commission de la toponymie du Manitoba en 1989.

En outre, la contrée elle-même était connue sous le nom de contrée de la Poule d’Eau. Et c’était une paix infinie que d’y voir les oiseaux aquatiques, vers le soir, de partout s’envoler des roseaux et virer ensemble sur un côté du ciel qu’ils assombrissaient.
La Petite Poule d’Eau traversée, on descendait sur une île assez grande, peu boisée. Plus d’une centaine de moutons y paissaient dans la plus parfaite liberté; autrement, on eût dit l’île inhabitée.
Cependant, il s’y trouvait une maison.
Bâtie de bois non équarri, sans étage, longue, à fenêtres basses, elle s’élevait sur une très légère montée de l’île, en plein ciel dépouillé.
C’était là qu’habitaient les Tousignant.

Gabrielle Roy, La petite poule d’eau (1950)

5) Le mont Gabrielle-Roy

Une route dans les montagnes. La montagne la plus élevée en arrière-plan est le mont Gabrielle-Roy, au Québec. Photo : Radio-Canada

En 1952, Gabrielle Roy s’installe à Québec avec son mari, le médecin Marcel Carbotte. C’est aussi à cette époque qu’elle découvre la région de Charlevoix, où elle passera 25 étés. En 1957, elle acquiert une propriété nichée entre la montagne et le fleuve, à Petite-Rivière-Saint-François. C’est son atelier d’écrivaine.

Une montagne d'une altitude de 715 mètres a été nommée Mont Gabrielle-Roy par la Commission de toponymie du Québec en 1984. Le sentier qui traverse la montagne porte lui aussi le nom de l’écrivaine. Ainsi, les randonneurs peuvent découvrir le paysage qui inspirait Gabrielle Roy.

Son roman La montagne secrète (1961) raconte l’histoire d’un peintre errant et relate ses réflexions sur la vie, la mort et l’art. Gabrielle Roy s’est inspirée de son voisin et ami dans Charlevoix, le peintre René Richard.

Il lui semblait que la montagne se plaisait à être regardée et qu'elle lui parlait. Je suis belle extraordinairement, c'est vrai, disait-elle. En fait de montagne, je suis peut-être la mieux réussie de la création. Cependant, personne ne m'ayant vue jusqu'ici, est-ce que j'existais vraiment? Tant que l'on n'a pas été contenu en un regard, a-t-on la vie? A-t-on la vie si personne encore ne nous a aimé?

Gabrielle Roy, La montagne secrète (1961)

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