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Le Nicaragua paralysé par une nouvelle grève générale

Le récit de Frédéric Nicoloff
Agence France-Presse

Le Nicaragua s'est réveillé vendredi paralysé par une grève générale décrétée par l'opposition, au lendemain d'une journée de manifestations pour exiger le départ du président Daniel Ortega, au cours de laquelle cinq personnes ont été tuées.

Cette deuxième grève générale de 24 heures a débuté dans la nuit de jeudi à vendredi, à minuit heure locale, à l'appel de l'Alliance civique pour la démocratie et la justice, coalition de l'opposition qui inclut des secteurs de la société civile. Un premier mouvement social identique avait bloqué le pays le 14 juin.

Vidons les rues pour montrer que nous ne voulons plus de répression et que nous voulons qu'ils s'en aillent.

Membre de l'opposition au président Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, également vice-présidente

La grève s'inscrit dans une série d'actions sur trois jours lancée par le camp anti-Ortega pour renforcer la pression sur le gouvernement.

La veille, une marée bleu et blanc, les couleurs du Nicaragua, a envahi les rues de la capitale Managua et d'autres villes. Des affrontements durant une marche à Morrito, dans le sud-est du pays, ont fait cinq morts : quatre policiers et un manifestant.

Mobilisations contre la violence du gouvernement

Samedi, un convoi de véhicules d'opposants doit parcourir les quartiers est de la capitale, où la police et les groupes paramilitaires ont réalisé de violentes opérations pour démonter les barricades des manifestants.

Les adversaires d'Ortega demandent justice, des élections anticipées ou le départ du président accusé d'avoir durement réprimé les manifestations et mis en place avec son épouse une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme.

Le pays le plus pauvre d'Amérique centrale est secoué par des manifestations d'une ampleur historique contre Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après l'avoir déjà été de 1979 à 1990.

On dénombre plus de 264 morts depuis le 18 avril, selon la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH).

Une foule de manifestants entourent un homme et une jeune femme dont celle-ci tient dans ses mains un mortier fait maisonJeudi une marée bleu et blanc, les couleurs du Nicaragua, a envahi les rues de la capitale Managua et d'autres villes. Photo : AFP/Getty Images / MARVIN RECINOS

La riposte du président Ortega

En pleine grève générale, le chef de l'État de gauche doit prendre la tête d'une marche en mémoire de la révolution sandiniste de 1979, vendredi, vers Masaya, la ville la plus rebelle du pays, à une trentaine de kilomètres de Managua.

Le « repli », du nom de cet épisode historique, a eu lieu le 27 juin 1979 : des milliers de guérilleros de Managua s'étaient alors repliés à Masaya pour rassembler leurs forces avant de renverser le dictateur Anastasio Somoza.

« Tous les marcheurs de la paix, de l'avenir, de l'amour, à [la marche du] repli avec Daniel [...], car nous sommes en train de faire gagner la paix », a déclaré Rosario Murillo en mobilisant les fidèles du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti au pouvoir.

« La marche vers la victoire ne s'arrête pas », a ajouté Murillo.

Masaya, le quartier indigène de Monimbo, était en alerte. « Non au repli », « on ne se rendra jamais », « Monimbo résiste aujourd'hui, demain et toujours », pouvait-on lire sur les murs et les barricades.

Face à l'aggravation de la situation, l'Organisation des États américains (OEA) a convoqué une session extraordinaire vendredi sur le Nicaragua.

Très influente au Nicaragua, l'Église catholique joue le rôle de médiatrice entre le gouvernement et l'opposition, en demandant notamment des élections anticipées, mais sans succès : le président Ortega a rejeté samedi cette éventualité.

Le week-end dernier, 14 personnes sont mortes à la suite de violents raids des forces de l'ordre dans les villes de Diriamba et Jinotepe, dans le sud-ouest du pays.

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