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La framboise du Québec se réinvente

Le reportage d'Olivier Bachand
Radio-Canada

L'image que l'on se fait d'un champ de framboises pourrait bientôt changer. Les producteurs du Québec sont de plus en plus nombreux à délaisser la production traditionnelle pour la culture en pot afin d'améliorer leurs rendements, ce qui pourrait leur permettre de se tailler une meilleure place dans les supermarchés.

Un texte d'Olivier Bachand

C'est le cas de David Lemire, qui mène des tests sur cette nouvelle technique depuis huit ans dans sa ferme de Trois-Rivières. Pour le président de l'Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, c'est la voie de l'avenir.

« Si on cultive en champ, on est obligé de prendre des variétés qui sont rustiques au Québec, et la sélection est vraiment faible là-dedans, explique-t-il. Il y a cinq, six variétés qui peuvent passer nos hivers. En le faisant hors sol, ça nous ouvre à toutes les variétés. »

L'empotage permet de cultiver des framboisiers provenant de climats plus tempérés qui ne pourraient survivre aux rigueurs de l'hiver québécois dans les champs. Quand la saison froide arrive, les producteurs rangent leurs plants au congélateur, plutôt que de les laisser dehors.

« Si on les met dans un congélateur à - 1 °C, ils ne subissent pas les - 25 °C du Québec. C'est le gros avantage. Le deuxième avantage, c'est qu'on peut programmer la récolte », estime David Lemire.

La méthode permet d'étendre la saison des récoltes sur plusieurs mois, puisque les producteurs peuvent sortir leurs pots du congélateur de façon graduelle, d'avril à juin, de façon à assurer la production de fruits jusqu'au début de l'automne.

L'accès à de nouvelles variétés permet quant à elle de cultiver des fruits d'un plus gros calibre, plus fermes et qui se conservent mieux.

Selon l'agroéconomiste Jasmine Sauvé, une employée de David Lemire, les rendements de la culture en pot sont cinq fois supérieurs à ceux de la culture dans les champs. « En plein champ, un bon producteur va obtenir de 5000 à 6000 kilos à l'hectare, alors qu'en hors sol, c'est de 20 000 à 25 000 kilos à l'hectare. C'est sûr qu'on produit beaucoup plus de fruits de cette façon-là. »

 Framboises cultivées en potLa culture en pot serait beaucoup plus productive que la culture dans les champs. Photo : Radio-Canada

Un meilleur accès aux grandes chaînes de supermarchés

Avec ce bond de production de framboises, les producteurs du Québec seraient à même de se tailler une plus grande place dans les supermarchés. La culture en pot leur permettrait aussi de répartir leur production sur plusieurs semaines et d'augmenter la durée de conservation du produit, ce que recherchent justement les grandes chaînes d'alimentation.

Pour le producteur Guy Pouliot, de l'île d'Orléans, cette nouvelle méthode représente « une révolution » dans la production de framboises au Québec. Il a été l'un des pionniers de la culture en pot, qu'il pratique depuis plus de 10 ans. Selon lui, plus de la moitié des framboises du Québec seront produites grâce à cette technique d'ici quelques années.

Il pense que les producteurs ont enfin mis le doigt sur la recette qui leur permettra d'offrir des framboises en quantité suffisante aux supermarchés pendant l'été, afin de supplanter les importations américaines. « Parce qu’on a le produit qui va pouvoir se conserver, parce que les chaînes l'attendaient et qu'elles savent que ce produit-là se conserve, parce qu'elles l'ont déjà essayé l'année passée et l'année d'avant... Ça nous permet de croire que oui, on va occuper le marché des grandes chaînes. »

Guy Pouliot estime que les astres sont alignés pour les producteurs québécois, puisque leurs homologues et compétiteurs californiens éprouvent des problèmes de main-d'oeuvre et d'approvisionnement en eau, qui ont mené à une baisse de production.

Et il voit encore plus grand. Le Québec pourrait exporter ses framboises, croit-il, après avoir satisfait la demande sur le marché intérieur. En revanche, il faudra probablement plusieurs années pour que cela se réalise. « On pourrait envisager d'en envoyer en Ontario, dans les Maritimes et dans le Nord-Est américain tellement ces framboises se conservent bien. »

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