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Un programme pour soigner l'alcoolisme tout en buvant

Quelques bouteilles d'alcool alignées sur un bar.
Un Canadien sur cinq dépasse les directives sur la consommation d'alcool fixées par Santé Canada, selon une étude menée par l'Université du Manitoba. Photo: Radio-Canada / Daniel Coulombe
Radio-Canada

Un nouveau type de programme d'aide pour les alcooliques est désormais offert au Manitoba. Il s'agit d'un traitement où le patient prend un médicament qui bloque les endorphines, suit un traitement psychothérapeutique et peut continuer à consommer de l'alcool.

Le principe peut paraître contre-productif, soit aider les alcooliques à se défaire de leur dépendance tout en les autorisant à continuer à boire pendant leur traitement. Pourtant, c'est l'approche holistique préconisée par Alavida, un centre de traitement de l'alcoolisme situé à Vancouver. Cette approche se base en partie sur la prise d'une substance appelée Naltrexon qui se présente sous la forme d'une pilule.

« Ce n'est pas un nouveau produit, c'est une nouvelle manière de l'utiliser », résume Diane Rothon, la directrice médicale et fondatrice d'Alavida.

« La naltrexone n'est pas un narcotique, elle ne crée pas de sentiment de dépendance. Cela ne remplace pas l'alcool, mais cela interrompt la production d'endorphine », explique-t-elle.

La naltrexone est assez unique. Si on prend une pilule avant de boire, elle annule le sentiment de récompense que procure l'alcool. Elle permet de réduire grandement le sentiment de manque chez les buveurs et, surtout, ils sont capables d'arrêter de boire après un ou deux verres.

Dre Diane Rothon, directrice médicale et fondatrice d'Alavida

La Dre Rothon souligne toutefois que le traitement ne se limite pas à la prise d'un comprimé : « Ce n'est pas juste une pilule. » Si l'utilisation de cette pilule n'est pas nouvelle auprès des personnes souffrant d'alcoolisme, la spécificité du traitement proposé par Alavida réside en effet dans la mise une place d'une clinique virtuelle et d'un accompagnement psychothérapeutique.

Deux bouteilles d'alcool : une sur laquelle il est écrit « Femmes, pas plus de deux verres par jour » et sur l'autre « Hommes pas plus de 3 verres par jour ».Données tirées d'une étude de l'Université du Manitoba. Photo : Radio-Canada

Moyennant 6500 $, ce programme propose aux patients 8 heures de vidéoconférences animées par des médecins et des thérapeutes comportementaux. Ce programme est suivi par un régime de soins continus de 18 mois. Les patients qui terminent le programme peuvent obtenir le renouvellement de leur prescription de naltrexone.

Fondée en 2016, Alavida propose déjà son programme au Québec, en Ontario, en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique depuis deux ans. Il sera donc bientôt offert au Manitoba, mais ne sera pas couvert par le programme d'assurance maladie provincial.

Une bouteille remplie un verre d'alcool et sur le fond blanc il est écrit : « 53 000 Manitobains ont été diagnostiqué avec un trouble de l'usage de l'alcool entre 1990 et 2015. 64 % hommes - 36 % femmes ».Statistiques tirées d'une étude de l'Université du Manitoba. Photo : Radio-Canada

La notion de traiter l'alcoolisme tout en laissant les patients consommer de l'alcool ne fait pas l'unanimité. Selon Ian Rabb, le porte-parole du centre de rétablissement Aurora, situé au nord de Gimli, la naltrexone peut s'avérer efficace pour le traitement des alcooliques chroniques. « Je ne crois pas qu'il soit sécuritaire pour un alcoolique de boire », estime-t-il toutefois.

Cette méthode ne s'attaque pas aux vrais problèmes. On peut utiliser une pilule pour supprimer le manque, mais cela ne va pas régler les raisons qui poussent les gens à boire de l'alcool. Cette méthode est peut-être efficace avec un très petit pourcentage de la population qui est capable de contrôler sa dépendance.

Ian Rabb, porte-parole du centre de rétablissement Aurora, à Gimli

Il indique que les pilules de naltrexone sont utilisées auprès des patients du centre, mais dans des cas très précis. « Nous l'utilisons pour compenser la sensation de manque chez les personnes dans leurs premiers jours au centre, mais dans 99 % des cas, les gens ne prennent pas ce médicament au quotidien. »

Manitoba

Santé physique et mentale