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Pourquoi si peu de films en français dans les cinémas du N.-B.?

Des rangées de sièges dans un cinéma
Des rangées de sièges dans un cinéma Photo: iStock
Radio-Canada

Il est difficile de visionner des films en français dans les cinémas du Nouveau-Brunswick. Presque toutes les salles offrent des films uniquement dans leur langue originale, avec pour seule exception les films d'animation pour la famille.

Un texte d’Alix Villeneuve

Ce n'est pas nouveau, l'anglais est dominant dans les salles obscures du Nouveau-Brunswick. À titre d'exemple, du 29 juin au 13 juillet, pratiquement aucun film n'a été offert en français dans les cinémas des régions d’Edmundston, Bathurst, Dieppe, Fredericton, Campbellton et Miramichi.

Pourquoi? Il semblerait que même la clientèle francophone ne veut pas toujours de film traduit, explique James Gallant, copropriétaire du Cinéma V situé à Edmundston.

Dans son cas, offrir des projections dans la langue de Molière n’est tout simplement pas rentable. Il affirme avoir déjà essayé d’en offrir, mais que l’expérience n’a pas été concluante.

Il cite en exemple un essai avec le film Twilight. La projection était offerte dans les deux langues à la même heure.

En français il y avait environ 8 à 10 personnes alors qu’en anglais j’en avais 135.

James Gallant, copropriétaire du Cinéma V
Une image tirée du film Twilight. Photo : Courtesy

« Si quand j’ai fait des tests ça avait pogné, j’aurais dit "ok, je convertis une salle en français seulement". Mais ce n’est pas le cas », raconte-t-il.

Il faut cependant préciser que son cinéma dépend en grande partie du public américain qui traverse la rivière Madawaska pour venir voir les films, et ce, même s’il est situé dans une ville majoritairement francophone.

« Je te dirais que le samedi soir, tu passes dans mon parking, c’est pas mal égal entre les plaques américaines et les plaques canadiennes », précise-t-il.

Du français dans la Péninsule acadienne

Le Cinéma Péninsule, de Tracadie, le Cinéma du Centre, à Caraquet, sont parmis les seuls cinémas du Nouveau-Brunswick à offrir une diversité de films francophones.

Le cinéma Montcalm à Saint-Quentin offre aussi quelques projections les fins de semaine et celles-ci sont en français. Toutefois, aucun film n'est projeté en été.

« Notre région est quand même pas mal plus francophone », explique Jacques Roussel, contrôleur au Cinéma Péninsule.

« Quand nous avons ouvert en 2006, on présentait uniquement les films anglais en anglais. Mais on a vite réalisé qu’il y avait une demande [pour des traductions] et on a changé ça. »

Certains clients sont prêts à faire plus d’une heure de route pour se rendre à son cinéma pour visionner un film dans la langue de Molière, assure-t-il.

On a des gens de la région de Beresford qui descendent chez nous voir les versions françaises.

Jacques Roussel, contrôleur au Cinéma Péninsule

Les films familiaux offerts en français

Ailleurs que dans la Péninsule acadienne, seuls quelques films familiaux sont offerts dans la langue de Molière.

Ainsi ces dernières semaines, les cinémas situés à Dieppe, Edmundston et Bathurst ont ajouté à leur horaire une représentation par jour des films Les Incroyable et Hôtel Transylvanie 3 : Les vacances d’été.

Les cinq membres de la famille Parr, superhéros du film « Les incroyable 2 » sont une grande bulle mauve lumineuse.La famille Parr en mode superhéros Photo : Disney

« Les petits enfants, je comprends, eux autres ils ne comprennent pas l’anglais bien souvent », ajoute James Gallant.

C’est le public qui décide

L’offre des cinémas doit refléter les demandes de la communauté, sinon ce n'est pas rentable, précise Jacques Roussel, qui est aussi président de l’association des cinémas indépendants de l’Atlantique.

On est une entreprise privée, on doit s’assurer de payer nos factures.

Jacques Roussel, président de l’association des cinémas indépendants de l’Atlantique

« On doit y aller avec qu’est-ce qui marche. C’est ta clientèle qui décide, c’est ton marché », explique-t-il, reprenant ainsi les arguments de son collègue à Edmundston.

Visionner en anglais : l’essayer c’est l’adopter?

Visionner des films dans la langue originale serait une habitude difficile à briser, suggère d'ailleurs Jacques Roussel.

« On s'aperçoit que nos étudiants qui s’en vont à l’université à Moncton ou à Edmundston, c’était des gens qui auparavant auraient été voir des films en français chez nous ou à Caraquet. »

« Une fois rendus, ils n’avaient pas le choix s’ils voulaient voir un film; ils ont donc commencé à les voir en anglais. »

Ces jeunes, quand ils reviennent dans la région, vont venir voir les versions anglaises.

Jacques Roussel, président de l’association des cinémas indépendants de l’Atlantique

« Tu passes deux ou trois ans à Moncton, tu reviens, et non, ça ne t’intéresse plus de les voir en français », raconte-t-il.

« Est-ce que c’est pour l’accent ? Est-ce que c’est pour les blagues ? Difficile à dire. »

« Dans notre coin de pays, le monde n’aime pas les films traduits [...] sinon, ils seraient venus quand j’en ai présenté », ajoute pour sa part James Gallant en parlant de son public à Edmundston.

Des films québécois en renfort

Les quelques oeuvres francophones qui pourront percer le marché néo-brunswickois sont les films québécois, avance James Gallant. Par exemple, le film La Bolduc a été offert dans plusieurs salles de cinéma ce printemps.

Si tu prends un film français [populaire] qui est fait au Québec, [...] ça, ça va avoir du succès.

James Gallant, copropriétaire du Cinéma V
Émile Proulx-Cloutier est au volant d'une voiture d'époque stationnée et Debbie Lynch-White est debout à côté dans cette image tirée du film <i>La Bolduc</i>, de François Bouvier.Émile Proulx-Cloutier et Debbie Lynch-White dans La Bolduc, de François Bouvier Photo : Films Séville / Laurent Guerin

Toutefois, le faible nombre de copies disponibles de ces films est parfois un frein pour les cinémas acadiens, explique James Gallant.

« Des fois avec ces films-là, il faut que tu attendes qu’il ait passé partout au Québec, [...] ce qui est deux ou trois semaines après la sortie, pour avoir la copie »

En outre, ce ne serait pas tous les films québécois qui fonctionnent au Nouveau-Brunswick. « On parle des gros titres comme Bon cop, bad cop, De père en flic ou La Bolduc », précise Jacques Roussel.

Pour obtenir les nouveautés, il faut du public

Même s’il décidait un jour d’offrir des projections en français par principe, quitte à faire moins de revenus, ce serait difficile d'avoir des films à leur sortie, juge James Gallant du cinéma à Edmundston.

C’est qu’en tant que petit cinéma, s’il veut obtenir des nouveautés, il lui faut continuellement prouver aux entreprises de distribution que suffisamment de personnes viendront, affirme-t-il.

Si eux autres ne font pas d’argent avec toi, quand tu vas appeler pour un film, tu vas l’avoir dans quatre ou six semaines.

James Gallant, copropriétaire du Cinéma V

« C’est de même que ça marche », signale-t-il.

Dans le cas de bien des cinémas, pour avoir ce public, il faut faire le choix d’offrir les films en anglais, selon James Gallant.

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