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Lloyd Axworthy demande au fédéral de suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs

A l'avant-plan, trois personnes tiennent des affiches jaunes et rouges demandant d'arrêter de séparer les familles et contenant le hashtag personne n'est illégal.
Des personnes qui ont participé au rassemblement à Winnipeg. Photo: CBC / Austin Grabish

L'ancien ministre libéral des Affaires étrangères Lloyd Axworthy a appelé le gouvernement Trudeau à suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, à la suite d'un rassemblement devant le palais législatif, à Winnipeg, au Manitoba, mercredi soir. Les participants dénoncent le fait que les États-Unis sont devenus un endroit dangereux pour les migrants et leurs enfants.

« Plus le gouvernement entendra les revendications du public, plus il verra qu’il ne s’agit pas simplement d’une affaire politique, mais qu’il est question de défendre nos droits », a affirmé le ministre à CBC.

Plan rapproché d'un homme aux cheveux gris qui parle devant un micro.Lloyd Axworthy appelle le gouvernement Trudeau à suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. Photo : CBC / Travis Golby

M. Axworthy, qui est maintenant président du Conseil mondial pour les réfugiés, concède que le retrait d’un accord est difficile, mais pense qu’il est grand temps que le Canada agisse.

Si les États-Unis redeviennent un endroit où les réfugiés peuvent être entendus, très bien. Mais, pour l’instant, ils manquent à tous les engagements fondamentaux de la loi, des traités et des accords sur les réfugiés, et on ne peut pas les cautionner.

Lloyd Axworthy, président du Conseil mondial pour les réfugiés

L’Entente sur les tiers pays sûrs, un accord controversé, stipule que les demandeurs d’asile doivent s’adresser au premier pays « sûr » dans lequel ils arrivent. Elle vise à éviter ce qu’on appelle le magasinage d’asile.

Depuis l'entrée en fonction de Donald Trump en 2017, des critiques ont affirmé que les États-Unis ne constituent plus un pays sûr pour les réfugiés et que le Canada devrait laisser les demandeurs d’asile faire valoir leur cause à la frontière, ce qui leur éviterait d'entrer illégalement dans le pays.

Risquer sa vie pour se faufiler au Canada

« Que ça nous plaise ou non, les réfugiés arrivent d’une manière ou d’une autre. [Certains] ont traversé la frontière par moins 40 °C et dans la chaleur torride de l’été », a affirmé Micaela Crighton, un étudiant de l’Université de Winnipeg qui a aidé à organiser le rassemblement.

M. Crighton faisait références à Razak Lyal, dont l’histoire a fait les gros titres après avoir perdu tous les doigts en traversant la frontière canadienne au plus froid de l’hiver, en 2016, en tentant d’obtenir l’asile.

Gros plan du visage d'un homme de couleur noire qui a l'air sérieux.Razak Lyal a obtenu le statut de réfugié et vit maintenant à Winnipeg. Photo : CBC / Travis Golby

« On avait peur qu’en y arrivant (à la frontière canadienne), ils nous fassent faire demi-tour et qu’on doive retourner en prison ou dans un centre de détention aux États-Unis », a expliqué Razak Lyal, qui a vécu dans un centre de détention aux États-Unis en attendant que sa cause soit entendue.

En 2013, sous l’administration Obama, Razak Lyal a personnellement vécu le traitement réservé aux demandeurs d’asile aux États-Unis. Il a dû porter une combinaison orange, comme les condamnés, et payer des milliers des dollars pour être relâché.

Il dénonce la séparation récente des enfants de migrants de leurs parents.

Je pense que les gens doivent savoir ce qui se passe, et on veut que le gouvernement canadien mette la pression là-dessus.

Razak Lyal, migrant

Environ 75 personnes, dont des enfants, ont participé au rassemblement. Elles ont placé des jouets sur les marches du palais législatif pour représenter les enfants migrants séparés de leurs parents aux États-Unis.

Des bouts de papier en forme d’enfants contenaient des pétitions destinées au ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen. Certaines personnes brandissaient des panneaux d’Amnistie internationale appelant le gouvernement à arrêter de séparer les enfants de leurs parents, d’autres, des affiches sur lesquelles on lisait : « Entendez-vous les enfants pleurer? #KeepFamiliesTogether. »

Sur des marches en béton, on voit des petites peluches en forme d'animaux et des papiers de différentes couleurs, découpés en forme de bonhommes qui se tiennent la main.Les bouts de papier sont des pétitions demandant l'annulation de l'Entente sur les tiers pays sûrs. Photo : CBC / Travis Golby

Humaira Jaleel est venue au rassemblement avec ses quatre enfants et son mari. « Je voulais que mes enfants sachent que des enfants comme eux et des familles comme nous ont traversé beaucoup d’épreuves, a-t-elle dit. Et parce qu’on est au Canada, on vit bien, et c’est notre responsabilité de nous lever pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. »

Les papiers en forme d’enfants seront déposés au bureau du ministre Jim Carr dans l’espoir qu’il fera passer le message à Ottawa.

Selon le ministre Hussen, le gouvernement tente de déterminer les conséquences de l’administration Trump sur les migrants. Il reconnaît que, si l’Entente des tiers pays sûrs, qui date de 14 ans, est dans l’intérêt des Canadiens, elle devrait toutefois être modernisée.

Avec des informations de la CBC

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