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Nuits d'Afrique : Meklit, sublime voix de l'éthio-jazz

La chanteuse américano-éthiopienne Meklit est allongée sur structure en fer.
La chanteuse américano-éthiopienne Meklit Photo: John Nills

La belle voix chaude de Meklit va de nouveau se faire entendre au Festival Nuits d'Afrique de Montréal. L'auteure-compositrice-interprète américano-éthiopienne mettra de l'avant, vendredi au Théâtre Fairmount, les chansons de son troisième album, When the People Move the Music Moves Too, le plus proche de ses racines africaines.

Un texte d'Antoine Aubert

Avec Nuits d’Afrique, Meklit retrouve ses premières amours montréalaises, là où elle s’est révélée aux yeux des Québécois. C'est en 2011, au Cabaret du Mile-End (ancien nom du Théâtre Fairmount) que les festivaliers avaient découvert ce petit bout femme à la voix envoûtante. Sous le nom de Meklit Hadero, la chanteuse avait fait découvrir un magnifique premier album, On a Day Like This, à la fois sensuel, émouvant et pétulant.

Depuis, son patronyme est resté en coulisses, mais le charme est demeuré le même, au fil de ses venues à Montréal et quand la résidente de San Francisco a sorti son deuxième album, We Are Alive, en 2014.

En entrevue téléphonique, Meklit semblait ne pas être loin de voir Nuits d’Afrique comme unique en Amérique Nord, notamment par son ambiance. « Je ressens un vrai lien entre moi et le festival, ainsi qu’avec le public qui vient voir les spectacles. Les Montréalais sont toujours prêts pour la musique », explique-t-elle.

Une conversation déterminante

Aussi réussi que les deux précédents, When the People Move the Music Moves Too devrait ravir une nouvelle fois les spectateurs de la métropole. L’origine de l’opus remonte à une rencontre avec Mulatu Astatke à Islamabad, au Pakistan, en 2011. Héros de Meklit, le père de l’éthio-jazz a été le premier Africain à être allé au Berklee College of Music, temple de l’étude du jazz, dans les années 60.

Dans les coulisses d’un concert de la chanteuse, le maître a secoué l’élève : « Qu’attends-tu pour faire avancer l’éthio-jazz? Tu dois aller plus loin, innover, expérimenter. Fais-le! », se souvient Meklit.

Ça m’a pris quatre ans avant de comprendre ce que je devais faire de ça, comment répondre à un tel appel.

Meklit

C’est ainsi que Meklit a finalement créé son album « le plus éthiopien, notamment en matière de rythmes et de mélodies ». Cerise sur le sundae, après avoir écouté le résultat, Mulatu Astatke lui a fait part de sa joie d’entendre que son élève avait compris son message.

When the People Move the Music Moves Too garde toutefois des liens forts avec les albums précédents, à commencer par la joie de vivre et l’énergie positive présentes dans de nombreuses chansons de Meklit. La chanteuse n’apparaît pas a priori comme revendicatrice et politisée.

Pourtant, l’élection de Donald Trump a quelque peu changé la donne. Si les chansons ont été écrites et composées avant la campagne électorale, le titre de l’album (en français : Quand les gens se déplacent, la musique se déplace aussi) sorti en juin 2017 se veut lui une réponse claire aux propos polémiques du président américain contre les migrants.

Pour Meklit, cet album constitue « une musique d’immigré ». « Elle n’existerait pas sans le mouvement des populations. Je fais partie moi-même de cette vague d’Éthiopiens qui sont venus aux États-Unis, au Canada et dans d’autres lieux du monde, et qui apportent de profondes contributions culturelles, sociales et politiques dans ces endroits qui sont nos nouvelles maisons. Nous sommes ici chez nous et nous n'irons pas autre part. »

Ode aux poètes comme Leonard Cohen

L’une des premières chansons de When the People Move the Music Moves Too, I Want to Sing for Them All rend hommage aux artistes qui ont inspiré la musicienne. Parmi eux figure un certain Leonard Cohen.

Sa première « rencontre » avec la musique du Montréalais s’est faite à l’âge de 18 ans en écoutant Suzanne chantée par Nina Simone. Coup de foudre : « Je me suis demandé quel était le génie qui avait écrit ces paroles. »

« Leonard Cohen taught me words are your currency », chante-t-elle (Leonard Cohenm'a appris que les mots sont ta monnaie). « Cela signifie que vous pouvez parcourir le monde et offrir vos poèmes, en échange vous recevez quelque chose des gens qui les reçoivent : leur expérience et leur lien sincères avec cette oeuvre », indique l’auteure-compositrice-interprète.

I Want to Sing for Them All rend aussi hommage à Mulatu Astatke, à Prince, à Michael Jackson, ainsi qu'à Aster Aweke, une autre représentante de la richesse musicale incroyable de ce pays de la Corne de l'Afrique.

« La musique là-bas est si différente. Peut-être que c’est lié à l’isolement. Une grande partie du pays se situe dans les montagnes. Cela pousse à créer quelque chose d’unique », croit Meklit.

Cette dernière en est aujourd’hui l’une de ses plus belles représentantes.

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