•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Éliminer les rats des îles tropicales renforcerait les récifs de corail

Un rat.
Le rat a été introduit dans plusieurs îles tropicales à la fin des années 1700 et au début des années 1800 par les navires des colonisateurs européens. Photo: iStock

Éradiquer les rats de certaines îles tropicales devrait être considéré comme une priorité de conservation pour protéger les récifs vulnérables de corail, affirme une équipe de scientifiques étrangers.

Un texte d'Alain Labelle

Leurs travaux ont montré que les rats déciment les populations d'oiseaux de mer, ce qui a des conséquences jusqu'aujourd’hui inconnues sur les vastes récifs coralliens qui encerclent et protègent ces îles.

Les îles sans rats sont pleines d'oiseaux et bruyantes, et elles sentent fort, parce que le guano [excrément d'oiseaux] déjecté par les oiseaux a une odeur puissante. Si vous posez le pied sur une île avec des rats, il n'y a pratiquement pas d'oiseaux de mer.

Nick Graham, Université de Lancaster
Un fou masqué (Sula dactylatra) avec son bébé.Agrandir l’imageUn fou masqué (Sula dactylatra) avec son bébé. L'espèce vit dans les océans tropicaux. Photo : iStock

Comment les rats nuisent-ils aux récifs coralliens?

Le rat est un animal invasif qui a suivi les humains partout où l’exploration du globe les a menés, dont sur les îles tropicales reculées.

Ces rongeurs mangent tout ce qui leur tombe sous la dent, mais adorent se nourrir d’œufs, d’oisillons, et même d’oiseaux adultes à l’occasion.

Les scientifiques savaient que leur présence a contribué au déclin des populations d'oiseaux de mer dans pas moins de 90 % des groupes d'îles tempérées et tropicales du monde, mais ils étaient loin de se douter de l’impact de cette baisse sur les coraux avoisinants.

Le saviez-vous?

Les récifs coralliens couvrent moins de 0,1 % de la superficie de l'océan, mais abritent environ un tiers de sa biodiversité. Plus d'un million d'espèces animales et végétales dépendent de ces labyrinthes de calcaire vivant.

Les Chagos sous la loupe

Dans la présente étude, les biologistes ont étudié des îles de l’écosystème de l’archipel des Chagos, un ensemble de cinquante-cinq îles réparties en sept atolls situés dans le nord de l'océan Indien.

Une biologiste étudie un récif corallien dans l'archipel des Chagos.Agrandir l’imageUne biologiste étudie un récif corallien dans l'archipel des Chagos. Photo : Manta Trust/Guy Stevens

Ces îles représentent un parfait laboratoire naturel, puisque certaines sont exemptes de rats, tandis que d'autres sont infestées de rats noirs qui ont été introduits à la fin des années 1700 et au début des années 1800 par les navires des colonisateurs européens.

Ce contexte inhabituel a permis aux chercheurs d'entreprendre une étude unique et à grande échelle comparant directement les écosystèmes autour de ces deux types d'îles.

Le Pr Nick Graham de l’Université de Lancaster au Royaume-Uni explique que les oiseaux de mer jouent un rôle important pour leur écosystème.

« Les oiseaux de mer sont cruciaux pour ce genre d'îles parce qu'ils sont capables de voler vers des zones pleines de poissons en haute mer pour se nourrir. Ils retournent ensuite dans les îles où ils se perchent et se reproduisent, déposant du guano sur le sol. », explique le Pr Graham.

Ce guano est riche en nutriments, azote et phosphore. Jusqu'à présent, nous ne savions pas dans quelle mesure il faisait une différence pour les récifs voisins.

Nick Graham

Mais l’analyse d’échantillons de sol et d’algues, de même que le recensement des poissons près de six îles exemptes de rats et de six îles infestées ont permis aux scientifiques de découvrir des preuves tangibles de dommages écologiques graves causés par les rats, qui s'étendent bien au-delà des îles.

Ainsi, les îles sans rats étaient fréquentées par beaucoup plus d'oiseaux de mer et possédaient davantage d'azote dans leur sol. En faisant son chemin jusqu’à la mer, l'azote a nourri des algues, des éponges, des poissons, mais aussi des récifs coralliens.

Des poissons dans un récif de corail du Pacifique.Les récifs coralliens couvrent moins de 0,1 % de la superficie de l'océan, mais abritent environ un tiers de sa biodiversité. Photo : iStock

Les scientifiques ont établi que les poissons près des îles sans rats étaient beaucoup plus abondants, soit jusqu'à 50 % plus nombreux que près des îles infestées.

Ils ont aussi constaté que les algues, qui jouent un rôle important pour les poissons qui les consomment et fournissent une base pour la croissance de nouveaux coraux, étaient 3,2 fois plus nombreuses à proximité des îles sans rats.

Ces résultats montrent l'effet dramatique des rats sur le fonctionnement d’écosystèmes vulnérables.

Dr Andrew Hoey, du centre australien d’étude des coraux

Il est donc clair pour les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Nature (en anglais)  (Nouvelle fenêtre)que les rats, en tuant des oiseaux de mer, perturbent un écosystème sain qui dépend des excréments de ces derniers qui fertilisent les récifs entourant les îles.

Ces scientifiques préconisent maintenant l'éradication des rats de toutes les îles tropicales concernées afin de protéger les habitats marins fragiles.

Écologie

Science