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La disparition des premiers chiens d’Amérique

Un chien
Les premiers chiens d'Amérique ont disparu sans même que leur héritage génétique se retrouve dans les espèces modernes, selon une nouvelle étude. Photo: iStock
Radio-Canada

Des chiens uniques à l'Amérique ont côtoyé les Premières Nations pendant des milliers d'années avant de disparaître en quelques siècles seulement à la suite de l'arrivée des premiers Européens. Des travaux publiés dans la revue Science montrent l'ampleur de cette extinction.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Bien que les Premières Nations aient été les principales victimes de la colonisation, il s’avère que des espèces animales faisant partie de leur mode de vie et de leur culture ont aussi souffert à l’arrivée des Européens.

Parmi les principales espèces visées : plusieurs races de chiens spécifiques aux Amériques. Ceux présents sur le continent étaient différents des variantes européennes, sans toutefois être liés aux loups ou aux coyotes.

Leur nombre a rapidement décliné après l’arrivée des premiers colons et une étude publiée dans la revue Science (Nouvelle fenêtre) révèle que non seulement ces animaux se sont éteints, mais que toute trace de leur héritage génétique a disparu de la surface de la Terre.

Les chercheurs ont fait cette observation en se basant sur des ossements de chiens anciens.

Les premières découvertes archéologiques de chiens ayant vécu au cours de la période précédant le contact avec les Européens remontent aux années 30. Depuis, on a retrouvé des ossements partout à travers les Amériques. En récupérant l’ADN qu’ils contenaient, des chercheurs ont pu retracer leur histoire.

Un squelette de chienLes chercheurs ont comparé l’ADN d’ossements de 71 chiens anciens à celui de 145 animaux modernes sans retrouver une seule similitude. Photo : Center for American Archaeology/Del Baston

Suivre l’humain, où qu’il aille

Les premiers humains sont arrivés en Amérique en passant par un pont de glace entre la Sibérie et l’Alaska. Les plus vieux ossements retrouvés indiquent que les chiens les auraient suivis quelques milliers d’années après.

Ces premiers animaux étaient très près d’autres races de chiens trouvées en Asie, surtout des chiens de traîneau en provenance de Sibérie.

Ils se sont répandus partout en Amérique en suivant les humains et, pendant 10 000  ans, ils auraient évolué en des types assez différents.

Si on se fie aux représentations artistiques, ces chiens étaient comme partout ailleurs : ils servaient d’animaux de chasse, de traîneaux ou de garde ainsi que de compagnons.

Une deuxième vague de chiens est arrivée en Amérique autour de l’an 1000 avec les ancêtres des Inuits, mais ces animaux sont restés dans la région du cercle polaire et ont par la suite mené aux huskies et aux malamutes modernes.

Outre cette exception, les chiens d’Amérique sont restés isolés jusqu’à l’arrivée des premiers Européens. Puis leur population a décliné jusqu’à ce qu’on n’en entende plus parler après le 19e siècle.

Un cancer comme plus proche cousin

Pour savoir ce qu’ils sont devenus, des chercheurs ont isolé de l’ADN mitochondrial.

La mitochondrie est un segment à l’intérieur de la cellule qui n’est transmis d’une génération à l’autre que par la mère et qui contient son propre ADN. Il permet de suivre la lignée maternelle à travers les âges sans interruption.

Ils ont récupéré cet ADN à partir d’ossements de 71 chiens anciens et l’ont comparé à celui de 145 animaux modernes d’un peu partout sur Terre.

Les résultats ont confirmé que non seulement les chiens d’Amérique formaient une lignée distincte, mais aussi que les chiens actuels ne partageaient que très peu de traces d’ADN avec ceux qui accompagnaient les nations précolombiennes.

Les chercheurs ont retrouvé au mieux 2 % à 4 % de similitude avec certains échantillons. Même des chiens auxquels ont été attribuées des origines centre-américaines, comme le chihuahua, seraient plutôt originaires d’Europe ou d’Asie.

En fait, la plus proche ressemblance génétique avec les premiers chiens d’Amérique se trouve dans l’ADN d’un cancer canin contagieux, qu’on appelle le sarcome de Sticker, qui peut se transmettre sexuellement d’un chien à l’autre.

Les cellules mutantes responsables de ce cancer seraient apparues il y a 8200 ans en Asie et seraient génétiquement plus proches de celles des chiens d’Amérique que des autres.

On ne sait pas pourquoi ces chiens ont disparu. Les premiers colons pourraient les avoir activement persécutés en les considérant comme des races moins nobles que celles d’Europe.

Une autre possibilité serait que ces animaux aient subi le même sort que beaucoup d’humains en Amérique et aient été décimés par des maladies venant d’Europe.

Science