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La Couronne réclame une peine consécutive contre l'assassin Adonay Zekarias

La police de Toronto affirme qu'Adonay Zekarias a été accusé de meurtre prémédité.
Adonay Zekarias a été reconnu coupable en avril du meurtre non prémédité de Rigat Essag Ghirmsay Photo: CBC
Radio-Canada

A Toronto, un juge a pris en délibéré la cause d'Adonay Zekarias qui a été reconnu coupable en avril du meurtre non prémédité de Rigat Essag Ghirmsay en 2013. Dans ce procès sans jury, le magistrat devrait décider de lui infliger une peine consécutive ou simultanée, puisque l'individu est déjà en prison pour le meurtre d'une autre de ses compatriotes érythréennes en 2012.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Attention : le texte comprend des descriptions qui pourraient choquer certaines personnes

Adonay Zekarias purge déjà depuis trois ans une peine de prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans pour le meurtre prémédité de Nighisti Semret. La Couronne rappelle que l'Érythréenne avait été poignardée à la sortie de son travail dans une ruelle du quartier Cabbagetown, mais qu'on n'a jamais su le mobile du meurtre.

La Procureure Mary Humphrey ajoute en revanche que Rigat Essag Ghirmsay a été assassinée, parce qu'elle soupçonnait Zekarias d'avoir tué leur compatriote. « Il voulait la réduire au silence et il a démembré son corps avant de le placer dans un sac de sport qu'il a ensuite jeté dans un ravin pour mieux dissimuler son crime. »

Les deux victimes ne se connaissaient pas, mais elles avaient aidé le réfugié de 46 ans à remplir ses documents d'immigration lorsqu'il avait obtenu l'asile au Canada et à intégrer la communauté érythréenne de la métropole. L'assassin était en revanche le co-locataire de Rigat Essag Ghirmsay. Il ne travaillait pas. Elle occupait un poste de travailleuse de soutien.

Adonay ZekariasAdonay Zekarias (à gauche) et l'une des deux procureures, Meghan Scott. Photo : Pam Davies

Me Humphrey rappelle que Rigat Essag Ghirmsay était très généreuse de son temps : elle appuyait son co-locataire dans ses devoirs d'anglais langue seconde, elle lui avait prêté de l'argent pour un voyage en Allemagne, elle avait pansé ses blessures lorsqu'il était revenu de Cabbagetown la main ensanglantée (ndlr: Zekarias lui avait dit qu'il s'était blessé dans le cadrage d'une porte). « Il a brisé la relation de confiance qu'elle avait bâtie avec lui au cours des années », selon Me Humphrey.

La Couronne ajoute qu'il avait quatre identités différentes dans quatre pays avec des dates de naissance contradictoires. Il se faisait ainsi appelé Adonay Zekarias au Canada, Mehari Yohnaes en Allemagne, Tesfay Fsheye en Suède et Dawit Fessaye Tekie en Érythrée.

Il a fait obstruction à la justice pour des raisons purement égoïstes et pour se protéger, il s'est même enfui en Allemagne après le premier meurtre.

Me Mary Humphrey, Procureure de la Couronne

Me Humphrey soutient que ses multiples identités constituent un facteur aggravant dans la détermination de la peine et que la sécurité du public est donc doublement en danger. Elle souligne qu'il n'existe aucun facteur atténuant dans cette cause. « Il n'a encore montré aucun remords pour ses crimes. »

Réaction de la famille

La Procureure Meghan Scott a soumis au juge la seule déclaration d'impact que le meurtre a eu sur la famille de la jeune Rigat. Il s'agit d'une lettre du frère de la victime qui vit à Chicago et qui n'a pu se déplacer à Toronto pour l'audience de mercredi.

Tesfay Girmai explique que ses parents et le reste de sa famille sont inconsolables. « Elle était toujours prête à accorder son amitié et sa gentillesse aux autres, la seule évocation de son nom nous fait pleurer », précise Me Scott en lisant la lettre.

Notre vie a chaviré, elle ne sera plus la même, nous n'aurons plus jamais l'occasion de célébrer nos retrouvailles en famille de la même façon.

Tesfay Girmai, frère de Rigat

M. Girmai rappelle enfin que la douleur a été amplifiée par le coût des funérailles en Érythrée. À ce sujet, Me Humphrey ajoute que la famille est d'autant plus attristée en endeuillée qu'il n'a pas été possible d'enterrer la victime de façon conventionnelle dans la mesure où des parties de son corps dépecé n'ont jamais été retrouvées.

La Couronne a d'ailleurs demandé une peine de 5 ans pour l'accusation secondaire d'outrage à un cadavre (pour laquelle le meurtrier a également été reconnu coupable) à purger en même temps que celle pour l'accusation principale de meurtre non prémédité.

Ian Nordheimer, David Hughes et l'accusé Adonay ZekariasLe juge Ian Nordheimer, le témoin David Hughes, l'accusé Adonay Zekarias à son premier procès devant jury. Photo : Pam Davies

Compte tenu de la nature et des circonstances du meurtre et des antécédents criminels de Zekarias, la Couronne a réclamé une peine consécutive de prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant au moins 20 ans. Elle a d'ailleurs invoqué la jurisprudence sur la constitutionnalité des peines consécutives pour justifier sa position. Elle a notamment cité le récent jugement dans la cause des meurtriers de Laura Babcock.

La défense a plutôt demandé une peine simultanée sans droit de libération conditionnelle avant au moins 13 ans, parce qu'une peine consécutive serait trop cruelle. Son client ne sortirait donc de prison qu'à l'âge de 86 ans au plus tôt.

L'avocat du double meurtrier, Craig Zeeh, a précisé que son client pouvait entrevoir la possibilité d'être libéré à 66 ans s'il écopait d'une peine concomitante.

Le juge Michael Brown de la Cour supérieure de l'Ontario rendra sa décision le mois prochain.

Toronto

Crimes et délits