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Inviter les curieux pour préserver les îles

Une île au coeur du fleuve Saint-Laurent.
Les quatre îles qui accueillent désormais les plaisanciers sont sises entre la pointe est de l’île de Montréal et les municipalités riveraines de Repentigny et Verchères. Photo: Radio-Canada / Martin Thibault

Quatre îles protégées à quelques coups de pagaie de Montréal sont depuis peu ouvertes au public. Conservation de la nature Canada, qui les a aménagées, les rend accessibles pour montrer l'importance de les préserver.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Conservation de la nature Canada multiplie depuis 40 ans les acquisitions d’îles sur le fleuve Saint-Laurent afin d’en faire des aires protégées.

Quatre de ces îles, achetées entre 1978 et 2004, accueillent désormais les visiteurs. Il s’agit des îles Bonfoin, à l’Aigle, aux Cerfeuils et Beauregard, toutes sises entre la pointe est de l’île de Montréal et Verchères.

Joël Bonin.Le biologiste Joël Bonin est le vice-président associé de Conservation de la nature Canada. Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

« Le fleuve et ses îles, c’est un joyau à l’échelle mondiale », souligne le biologiste Joël Bonin, aussi vice-président associé de Conservation de la nature Canada.

Il était impératif, selon lui, de protéger ces richesses biologiques, mais aussi de les rendre accessibles pour que les gens comprennent leur importance.

Plus de 140 espèces d’oiseaux fréquentent les îles, dont le hibou des marais, l’hirondelle des rivages et le goglu des prés. Une cinquantaine de types de poissons nagent aussi dans les herbiers aquatiques qui les entourent.

On y retrouve des espèces en péril uniques au Québec, comme le chevalier cuivré, un poisson qui ne vit que dans le fleuve Saint-Laurent et dans quelques rares rivières de la Montérégie.

Préserver la biodiversité

L'arisème dragon est une espèce menacée.Des panneaux informatifs guident les visiteurs sur chacune des îles et leur en apprennent sur les espèces menacées qui s’y trouvent. Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Ouvrir les îles au public risque-t-il de nuire aux efforts de conservation?

« C’est le nerf de la guerre, reconnaît Julien Poisson, directeur de programmes pour le sud du Québec à Conservation de la nature Canada. Il ne faut pas que la présence humaine éloigne les espèces qui sont là. »

La partie ouverte au public représente une fraction de chacune des îles pour justement préserver leur intégrité. Celle-ci se limite à une aire d’accueil, un court sentier large de 1,5 mètre et une plateforme d’observation.

Une plateforme surélevée dans un champ.Chaque île possède un sentier pédestre qui mène à une plateforme d’observation. Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Conservation de la nature Canada a consulté des experts avant de procéder à cet aménagement. Ils lui ont assuré que les espèces présentes sur les îles ont l’habitude de cohabiter avec l’humain, confirme Julien Poisson.

On a pesé les pour et les contre, et on s’est dit que de sacrifier 1 % à 2 % de superficie par île pour mettre de l’avant la vocation d’éducation et de sensibilisation de la population, ça vaut la peine.

Julien Poisson, Conservation de la nature Canada

Comment accéder aux îles?

Impossible de s’y rendre en traversier. Les plaisanciers doivent repérer une rampe de mise à l’eau de leur municipalité et faire le trajet à bord de leur propre embarcation non motorisée. Kayak et canot sont à privilégier. Chaque île possède une aire d’accueil en rive, ouverte à tous sans aucuns frais.

« Il ne faut pas se leurrer non plus, poursuit Julien Poisson. Les gens accostaient énormément sur les îles, venant briser la rive avec leur bateau. En les concentrant à un seul endroit, on obtient un gain en conservation. »

Julien Poisson.Julien Poisson est le directeur de programmes pour le sud du Québec à Conservation de la nature Canada. Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

« Lorsqu’on offre aux gens la chance d’aller sur un territoire, ça leur évite d’en être des intrus, poursuit Joël Bonin. Ils vont là où c’est autorisé. L’accessibilité devient donc davantage une façon de concentrer l’impact humain, avec un résultat qui génère des ambassadeurs de la conservation. »

Si les gens ne connaissent pas, n’apprécient pas, n’aiment pas, ils ne vont pas s’investir pour protéger.

Joël Bonin, Conservation de la nature Canada

Des agents patrouilleurs s’assureront tout de même du respect des règlements sur les îles.


Explorez les îles avec nous :


Acheter au privé, ouvrir au public

Avant d’être acquise par Conservation de la nature Canada, les îles étaient de tenure privée. Elles ont servi à la traite des fourrures au 16e siècle, ont plus tard accueilli des pâturages, mais n’ont jamais été, sinon très peu, habitées.

Leur sort était cependant laissé au gré de leurs propriétaires. « Les îles étant zonées agricoles, un propriétaire privé aurait pu les transformer en monoculture de maïs ou de soya », note Julien Poisson.

Leur nouveau statut les protège également de l’établissement de chalets, qui auraient nui à la biodiversité des îles.

Un panneau affichant « île aux Cerfeuils ».L’île aux Cerfeuils Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

« C’est essentiellement ce processus de conversion des terres qu’on arrête. Et ça s’exprime partout, pas juste sur les îles, dans les forêts et les milieux champêtres et côtiers aussi », ajoute Joël Bonin, insistant sur l’importance de préserver les milieux naturels.

Les scientifiques à travers le monde ont établi qu’il fallait au moins mettre de côté 17 % de tous nos territoires sous forme d’aires protégées. C’est probablement plus que ça, mais on s’est dit que c’est un minimum.

Joël Bonin, Conservation de la nature Canada

Conservation de la nature du Canada est propriétaire de 45 000 hectares de terres et de milieux humides au Québec.

Neuf îles complètes sur le fleuve Saint-Laurent sont de ce nombre, sans compter des portions d’îles sur huit autres. Seulement quatre d’entre elles accueillent désormais les visiteurs, les autres ayant été jugées trop fragiles pour être fréquentées.

Environnement