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Les opposants aux travaux de la Ligne 3 d’Enbridge déterminés à rester « le temps qu’il faudra »

Un homme brandit un drapeau, de dos, face à des travailleurs affairés à la construction d'un pipeline.
Des opposants au remplacement du pipeline Ligne 3 de Enbridge ont installé un camp de prières autochtone près de la frontière entre le Manitoba et le Dakota du Nord. Photo: Radio-Canada / Patrick Foucault

Des opposants au remplacement du pipeline Ligne 3 de Enbridge ont installé un camp de prières autochtone près de la frontière entre le Manitoba et le Dakota du Nord. Ils ont l'intention d'y rester jusqu'à ce qu'Ottawa annule ce projet, qui a reçu l'aval du Minnesota en juin et doit passer entre autres sur des terres autochtones.

Un texte de Gavin Boutroy

Vers 2 h 30 du matin, une douzaine de personnes ont installé le camp de prières Spirit of the Buffalo non loin du village frontalier de Gretna, à 100 km au sud de Winnipeg.

Le camp se trouve à quelques mètres de la frontière américaine, et à quelques mètres du lieu où des ouvriers d’Enbridge « défrichent la terre le long du trajet du pipeline de remplacement de la Ligne 3 », selon les militants.

Les militants s’inquiètent de risques de contamination de cours d’eau et des risques pour la faune et la flore en cas de déversement de pétrole. Ils s’opposent aussi à l’exploitation des sables bitumineux.

Le soutien de Greenpeace

Amy Shaw, de Winnipeg, est venue soutenir les campeurs.

« Je ne veux pas que les corporations puissent jouer avec l’environnement, explique-t-elle. On restera le temps qu’il faudra. »

L’organisme pour la protection de l’environnement Greenpeace a apporté son soutien au camp de Gretna.

Le porte-parole Keith Stewart a expliqué que Greenpeace s’oppose à ce projet, le jugeant dangereux pour l’environnement.

« Les pipelines servent à augmenter la production de sables bitumineux, ici au Canada, et avec la crise sur le climat, il convient d’investir dans les énergies renouvelables et non dans les sources d’énergie fossile », dit-il.

« On a vu en Colombie-Britannique, au Québec et au Manitoba que ce sont les Premières Nations qui ont dit non, ajoute Keith Stewart. Les Autochtones occupent une place centrale dans ce mouvement, mais aussi dans la Constitution canadienne, qui donne des droits aux peuples autochtones, que l’on doit respecter. »

Un pipeline d'Enbridge achemine déjà du pétrole de Hardisty, en Alberta, jusqu’à Superior, au Wisconsin, qui est ensuite transporté vers les raffineries américaines.

Le remplacement de la Ligne 3 est le projet le plus coûteux de l’histoire de la pétrolière canadienne. Pour 7,4 milliards de dollars, il doit doubler la capacité de transport du pipeline à 760 000 barils par jour.

La réaction d'Enbridge

L'entreprise a réagi à la mise en place du campement près des travaux de la Ligne 3 et des travaux d'entretien de la Ligne 2.

« Un petit nombre d'individus surveillent nos travaux d'entretien sur la Ligne 2 près de la frontière du Canada et des États-Unis. La sécurité de nos employés et d'autres personnes présentes près du site est notre priorité », affirme un porte-parole d'Enbridge dans un communiqué.

« Enbridge respecte le droit des personnes à exprimer leurs opinions de façon sécuritaire et en respectant la loi », ajoute-t-il.

Un travailleur pose les dernières touches au pipeline, posé au fond d'un fossé de terre.Enbridge a déjà commencé à construire un segment de 22 km qui relie son pipeline Ligne 3 à un terminal, à Superior, au Wisconsin. Photo : Associated Press / Richard Tsong-Taatarii

Selon Enbridge, le remplacement du pipeline est le moyen le plus efficace de maintenir la fiabilité de la Ligne 3. C'est aussi, selon l'entreprise, l'option la plus rapide et la plus sûre pour transporter le pétrole brut de l'Ouest canadien vers les raffineries à Chicago, sur la côte du golfe du Mexique ainsi que dans l'est des États-Unis et du Canada.

Occuper l'espace

« Pour le moment, on occupe l’espace. On a allumé un feu sacré. Il y a continuellement des prières. On regarde les Américains qui préparent le sol très près de nous. [...] Nous sommes sur des terres autochtones, et ils ne passeront pas », déclare la protectrice de l’eau de la Première Nation Dakota Geraldine McManus.

Les Autochtones de l’île de la Tortue en ont assez! Nous disons tous : assez, c’est assez [...] et les camps apparaissent partout.

Geraldine McManus, protectrice de l’eau de la Première Nation Dakota

« Nous devions installer ce camp pour que les personnes qui sont d’accord avec nous aient un lieu de rassemblement, pour venir dire : "Oui, je me sens comme vous." Nous savons qu’un grand nombre de Canadiens ne sont pas du tout d’accord avec ce projet », dit-elle.

Mme McManus est une vétérane des mouvements d'occupation autochtone. Elle était au camp de Standing Rock, qui a rassemblé des Autochtones de partout en Amérique du Nord pour contrer la construction de l'oléoduc Dakota Access.

Un camion abandonné devant des tipis.Un camion abandonné dans un des campements près de Standing Rock indiquant NO DAPL (Non au pipeline Dakota Access) Photo : Reuters / Stephen Yang

« Nous ne voulons pas que ce pipeline passe. Justin Trudeau n’a pas le droit d’approuver cette ligne, qui passe par la réserve de ma famille, White Earth [au Minnesota], d’y aller et de détruire les champs de riz », déclare Geraldine McManus, qui a aussi le soutien des organismes Manitoba Energy Justice Coalition et de 350.org.

En plein champ de tir

Mme McManus indique que des fermiers sont venus dire aux militants qu’ils se trouvaient au bout d’un champ de tir. « Alors ils vont être en train de tirer directement sur nous. Je leur ai dit qu’ils tireraient alors aussi sur les ouvriers qui travaillent sur la Ligne 3, directement derrière nous », dit-elle.

« Je leur ai dit : "Tant pis si je prends une balle, ça arrive." J’irai aussi loin que ça. Pour me faire bouger d’ici, ils devront me traîner », ajoute Mme McManus.

Au moment de publier cet article, la Gendarmerie royale du Canada n’avait pas répondu à une demande d’entrevue de Radio-Canada.

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