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Conflit du bois d’oeuvre : les tarifs américains coûtent 30 millions de dollars à Irving

La scierie de J.D Irving à Saint-Léonard au Nouveau-Brunswick.
La scierie de J.D Irving à Saint-Léonard au Nouveau-Brunswick Photo: Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Radio-Canada

J.D. Irving, l'une des plus importantes entreprises forestières canadiennes, a déboursé jusqu'ici 30 millions de dollars de plus pour exporter son bois d'oeuvre aux États-Unis depuis l'imposition par Washington de droits compensateurs et antidumping aux producteurs canadiens.

Un texte de Nicolas Steinbach

Ces droits qui, ensemble, s'élèvent à 9,92 %, font mal à J.D. Irving.

Le plus important producteur de bois d’oeuvre du Nouveau-Brunswick a payé 30 millions de dollars de plus pour exporter son bois aux États-Unis depuis le début du conflit.

La scierie de J.D. Irving à Saint-Léonard est l'une des plus importantes usines de bois d'oeuvre du Nouveau-Brunswick.La scierie de J.D. Irving à Saint-Léonard est une des plus importantes usine de bois-d'oeuvre au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

J.D. Irving prévoit que le total des tarifs qu'elle devra payer sera de 45 millions de dollars d’ici la fin de l’année.

« Les tarifs sont un coût additionnel significatif pour notre entreprise, et ceci a un impact direct négatif sur notre compagnie », affirme Jérôme Pelletier, vice-président de la division scierie chez J.D. Irving.

Au lieu de refiler la facture à ses clients, l’entreprise a choisi d'absorber le surcoût, ce qui réduit ses profits.

Irving est propriétaire de 11 scieries au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et au Maine. Selon l’entreprise, les sommes additionnelles qu'elcomle doit débourser ont un impact direct sur les projets d'entretien et d’expansion de ses installations.

« L’argent payé pour couvrir les tarifs des droits compensatoires et antidumping n’est malheureusement pas disponible pour des travaux de modernisation », affirme Jérôme Pelletier.

Les scieries du Nouveau-Brunswick exportent 70 % de leur bois d'oeuvre aux États-Unis. L’industrie compte 22 000 emplois.Les scieries du Nouveau-Brunswick exportent 70 % de leur bois d'oeuvre aux États-Unis. L’industrie compte 22 000 emplois. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le Nouveau-Brunswick est la seule province de l’Atlantique à ne pas avoir été épargnée par les droits compensateurs et antidumping.

Le conflit du bois d’oeuvre frappe l’ensemble de l’industrie néo-brunswickoise. À l’instar de J.D. Irving, les autres scieurs sont aussi contraints de payer plus cher pour exporter leur bois d’oeuvre aux États-Unis.

Les tarifs sont d'ailleurs plus élevés pour ces scieries de petite et moyenne taille qui sont soumises à des tarifs douaniers de 20,83 %, soit plus du double de ce qui est imposé à J.D. Irving.

Le prix du bois d’oeuvre à la hausse

Le prix du bois d’oeuvre a atteint des sommets en juin 2018. Une hausse de plus de 25 % par rapport à janvier 2018, date de l'imposition des droits définitifs sur le bois d’oeuvre canadien.

J.D. Irving n’a pas voulu préciser l'incidence de cette hausse des prix du bois d’oeuvre sur ses profits.

Du bois d'oeuvre prêt à être exporté à la scierie de J.D. Irving à Saint-Léonard (N.-B.).Du bois-d'oeuvre prêt à être exporté à la scierie de J.D. Irving à Saint-Léonard (N.-B.). Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Forêt NB, l’association des producteurs de bois du Nouveau-Brunswick, convient de son côté que la hausse des prix et la santé des exportations compensent dans une certaine mesure les tarifs douaniers imposés aux scieries néo-brunswickoises.

« Les prix des commodités, surtout le bois de sciage, c’est rendu à des niveaux presque historiques [...], donc ça, ç'a aidé beaucoup à diminuer l’impact des tarifs de 21 % sur les membres de Forêt NB », explique le directeur général de l'organisme, Mike Legere.

Le directeur général de Forêt NB, Mike LegereLe directeur général de Forêt NB souhaite que la recherche se poursuive afin d'éviter une épidémie de la tordeuse partout en Atlantique. Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Mike Legere reconnaît cependant que les marges de profit des scieurs du Nouveau-Brunswick ont diminué depuis le début du conflit du bois d'oeuvre avec les États-Unis.

« Faut faire attention quand on dit qu'il n'y a pas d'impact, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'impact sur la ligne de profit des compagnies; ça, il y a un impact, définitivement. Au niveau de fermer le marché américain à des producteurs, non, on n'a pas vu cet effet à ce jour. Pas dans la grande majorité de nos usines. »

Malgré tout, l'industrie va bien selon des experts

Même son de cloche du côté de Michel Soucy, professeur en économie forestière à l’Université de Moncton : « La perte des profits empêche les industries de se développer davantage ».

« C'est de l'argent que les usines ne récupèreront jamais », précise le professeur.

Il se dit toutefois rassuré par le fait que l'économie va bon train en ce moment. « La construction des maisons augmente constamment et les prix du bois demeurent élevés, donc somme toute l'industrie va bien ».

Ça fait mal, mais on survit.

Michel Soucy, professeur en économie forestière à l’Université de Moncton

Michel Soucy aimerait voir le dossier du bois d'oeuvre prendre un peu plus de place dans les négociations avec les États-Unis : « Je ne peux pas dire que le gouvernement n'en fait pas assez, mais certainement que ce conflit est noyé par tous les autres conflits en ce moment ».

Or, le député fédéral libéral de Madawaska-Restigouche, René Arseneault, se dit rassuré par les négociations jusqu'à présent.

« Nous avons de bons négociateurs au Canada, je ne suis pas inquiet », commente René Arseneault.

« Il ne faut pas oublier que ce que les Américains font là, ce n’est pas nouveau. Chaque fois, les tribunaux internationaux ne leur ont pas donné raison », ajoute-t-il.

Le député dit toutefois reconnaître que la survie de l'industrie en ce moment ne tient qu'a un fil.

Si le dollar canadien grimpe ou bien si notre bois est moins en demande, là ça pourrait faire très mal.

René Arsenault, député fédéral libéral de Madawaska-Restigouche

Forêt NB estimait à la fin de 2017 que l’ensemble de ses membres - J.D. Irving compris - avaient payé 31 millions de dollars en droits compensateurs et antidumping.

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