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La Banque du Canada hausse son taux directeur

Le reportage d'Eve Couture
Radio-Canada

La Banque du Canada porte son taux directeur à 1,5 %. Il s'agit de la deuxième augmentation d'un quart de point à survenir au Canada en six mois, après une première hausse similaire en janvier dernier.

Cette nouvelle augmentation du taux d’intérêt cible auquel les banques se prêtent de l’argent survient alors que l’économie canadienne « tourne presque à plein régime », souligne la Banque du Canada dans un communiqué.

Pour éviter une surchauffe de l’économie et contenir l’inflation, la banque doit augmenter pour une deuxième fois cette année le taux auquel l’argent s’échange au pays.

C'est la quatrième fois que la Banque du Canada augmente son taux directeur depuis l'été 2017.

Selon la Banque du Canada, l’indice des prix à la consommation (IPC), qui mesure l’inflation au pays, demeure actuellement autour de 2 %, ce qui correspond aux taux observés lorsque l’économie tourne à plein régime.

La Banque estime que l’IPC devrait atteindre 2,5 % avant de redescendre autour de 2 % au second semestre de 2019.

Notre économie est en santé, elle tourne presque à plein régime, les entreprises investissent. Même si certaines hésitent, le marché du travail est vigoureux et, surtout, l’inflation est sur la cible.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada

Qu’est-ce que le taux directeur?

Selon la Banque du Canada, « le taux du financement à un jour est le taux d’intérêt auquel les principales institutions financières se prêtent des fonds pour une durée d’un jour; la Banque fixe une valeur cible pour ce taux. Cette cible est communément appelée le taux directeur de la Banque. »

Les salaires augmentent moins vite que prévu

Les experts de la Banque du Canada notent également que la croissance des salaires au Canada, qui est d’environ 2,3 %, augmente moins rapidement qu’elle devrait le faire dans une économie qui connaît un tel niveau de croissance.

La Banque prévoit par ailleurs une remontée du taux de croissance économique à 2,8 % au deuxième trimestre et un ralentissement à 1,5 % au troisième trimestre.

Sur une plus longue période, la Banque du Canada s'attend à ce que le Produit intérieur brut (PIB) augmente en moyenne de 2 % entre 2018 et 2020.

« Les dépenses des ménages sont freinées par les taux d’intérêt plus élevés et le resserrement des lignes directrices sur les prêts hypothécaires, peut-on lire dans le communiqué de la Banque du Canada. Les données récentes portent à croire que les marchés du logement commencent à se stabiliser après la faiblesse observée au début de 2018. »

D’un point de vue plus global, l’institution estime que l’économie mondiale croîtra d’environ 3,75 % en 2018 et de 3,5 % en 2019.

L'impact sur les consommateurs

La hausse du taux directeur entraînera des coûts plus élevés pour certains consommateurs, en particulier ceux qui ont des prêts hypothécaires à taux variable et des marges de crédit.

Les détenteurs d’hypothèque à taux fixe verront leur taux hypothécaire augmenter quand ils le renouvelleront à la fin de leur terme.

Les gens qui mettent leur maison en garantie pour accéder à un prêt, « réhypothéquer » en langage courant, seront touchés parce que les taux d’intérêt des marges de crédit hypothécaires sont des taux variables.

Enfin, les taux d’intérêt des marges de crédit augmenteront puisque ceux-ci sont directement liés à la hausse ou à la baisse du taux préférentiel, lui-même lié au taux directeur.

La hausse du taux directeur n’aura pas d’impact sur les prêts à taux fixes, comme bien des prêts automobiles et des prêts étudiants.

Coûts de l'énergie et montée du protectionnisme

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen PolozLe gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, explique aux journalistes les raisons qui motivent cette nouvelle augmentation du taux directeur. Photo : Radio-Canada

Une croissance plus forte que prévu aux États-Unis contribuera aussi à l’augmentation de la valeur du dollar américain au cours des prochains mois, ce qui créera, selon la Banque, des tensions financières au pays, notamment dans les marchés émergents.

« Parallèlement, les prix du pétrole ont augmenté. Le cours du dollar canadien a néanmoins baissé, ce qui reflète la vigueur généralisée du dollar américain et les préoccupations au sujet des mesures commerciales. », souligne la Banque du Canada.

Bien entendu, la perspective d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que les tensions commerciales importantes entre l’Europe et les États-Unis, sans oublier la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), sont autant de sujets de préoccupation et d’instabilité pour la Banque du Canada.

Je tiens à souligner qu’à elle seule, la politique monétaire ne pourra pas réparer les dommages à long terme qu’une montée du protectionnisme pourrait causer à l’emploi et aux revenus.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada

En ce qui a trait aux droits punitifs récemment imposés par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium ainsi qu'à la riposte canadienne sur divers produits américains, la Banque estime dans ses projections qu’en dépit d’« ajustements difficiles à venir » pour certains secteurs économiques, les effets de ces mesures ne devraient pas affecter la croissance économique canadienne et l’inflation outre mesure.

D'après la banque centrale, l'incertitude générée par la renégociation de l'ALENA pourrait quant à elle coûter 0,66 % du PIB du pays d'ici 2020, soit l'équivalent d'environ 13 milliards de dollars.

« Il est toujours préférable d’avoir une économie robuste lorsqu’il y a des chocs […] parce que les effets sur la confiance [des consommateurs et des investisseurs] sont imprévisibles », note par ailleurs le gouverneur Stephen Poloz.

Économie