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Affaire Cédrika Provencher : des documents montrent l'ampleur de la traque de Bettez

Jonathan Bettez à sa sortie du palais de justice de Trois-Rivières en décembre 2017.
Jonathan Bettez à sa sortie du palais de justice de Trois-Rivières en décembre 2017 Photo: Radio-Canada

Des documents rendus publics dans le cadre des audiences préparatoires au procès de Jonathan Bettez pour pornographie juvénile révèlent tout un pan de l'enquête des policiers sur Jonathan Bettez à la suite de l'enlèvement de Cédrika Provencher, des détails jusqu'ici gardés secrets par les enquêteurs au dossier.

Un texte Sarah Désilets-Rousseau et Maude Montembeault

Dès les jours suivant la disparition, les policiers étaient à la recherche d'une Acura TSX rouge 2004. Les policiers en ont recensé 258. Parmi elles, six correspondaient spécifiquement à la description de la voiture recherchée. Tous les propriétaires avaient un alibi vérifiable, sauf Jonathan Bettez, indique une enquêteuse sous serment.

Toujours dans ces documents, on apprend que le 31 juillet 2007 Jonathan Bettez a joué au golf en sortant du travail, un 9 trous vers 16 h 30. Vers 19 h 30, il s'est rendu chez ses parents pour faire l'entretien de la piscine, puis est retourné à son appartement.

Aux policiers, il prétend ne pas s'être rendu dans le secteur des Chenaux, près du parc Chapais, là où Cédrika a été vue pour la dernière fois avant d'être portée disparue.

Personne n'est en mesure de valider son alibi entre le moment où il quitte le golf, le 31 juillet 2007, et le 1er août 2007 à son retour au travail.

Déclaration signée par l'enquêteuse au dossier

25 scénarios d'infiltration

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec ont fait croire à Jonathan Bettez qu'il remportait un concours dont le prix était un séjour à l'hôtel Fairmont à Mont-Tremblant. Un agent d'infiltration est venu le chercher en limousine le 31 juillet à Trois-Rivières et l'a reconduit à son domicile le 2 août 2009.

Sur place, les autres gagnants du concours, eux aussi des agents d'infiltration, ont disputé des parties de golf et joué au casino avec lui. Un des agents avait pour mission de tisser des liens d'amitié avec Jonathan Bettez, ce qu'il a réussi à faire.

Alors qu'ils roulent dans une voiturette de golf, ils aperçoivent une jeune fille d'environ 10-12 ans en bikini. Jonathan Bettez dit à l'agent : "As-tu vu le bikini?" Après une pause, Jonathan Bettez ajoute : "Elle est un peu jeune", peut-on lire dans les documents de cour.

D'autres scénarios sont utilisés dans la région. Ils consistent essentiellement à jouer au golf et à souper dans des restaurants de la Mauricie avec l'agent d'infiltration, qui reçoit des confidences de Jonathan Bettez notamment sur ses problèmes financiers.

Il lui confie jouer de 3 à 4 heures par jour au poker et avoir ainsi perdu 20 000 $ à Noël en 2008, indiquent les documents.

Afin d'aider Jonathan Bettez à concrétiser son ambition de devenir joueur de poker professionnel, l'agent d'infiltration lui remet 15 000 $.

L'agent d'infiltration dit à Jonathan Bettez qu'il lui prête l'argent, car c'est son chum et qu'il lui souhaite qu'il fasse un million.

En échange, lors de plusieurs scénarios d'infiltration, l'agent lui demande de lui rendre des « services ».

En août 2010, Jonathan Bettez souhaite prendre ses distances et n'est pas à l'aise avec les activités mystérieuses et le mode de vie richissime de son nouvel ami.

L'opération d'infiltration se termine lors d'une 25e rencontre.

Ses proches surveillés

Non seulement Jonathan Bettez a-t-il été traqué par les policiers de la SQ depuis la disparition de Cédrika Provencher, mais ses proches ont aussi fait l'objet d'une étroite surveillance.

Les policiers ont établi un profil de son entourage : ses parents, sa soeur, ses ex-copines et certains de ses amis. Ils ont été mis sur écoute à l'aide de caméras et d'autres dispositifs électroniques.

Test du polygraphe

Les policiers ont demandé à Jonathan Bettez de se soumettre à un test de polygraphe en 2007, en 2012 et en 2015, peut-on lire dans les documents.

En 2007, par l'entremise de son avocat, Me Michel Lebrun, Jonathan Bettez a transmis à la SQ une liste de conditions devant être respectées pour qu'il se soumette à un test du polygraphe.

Parmi ces conditions, il souhaitait que la passation du test n'entraîne aucune plainte criminelle et que s'il échouait au test, aucun des renseignements obtenus grâce au test ne soit divulgué, peut-on apprendre dans les documents.

Il voulait l'absolue confidentialité, ce que la SQ a refusé.

En 2012, les policiers reviennent à la charge, à la suite de la diffusion d'un reportage télévisé le concernant et qui le mettait dans tous ses états.

Dans les documents, on apprend que Jonathan Bettez se disait prêt à passer le test du polygraphe à la condition que, s'il le réussissait, les policiers publient un communiqué pour diffuser l'information.

Les policiers souhaitaient plutôt publier l'information seulement si un journaliste en faisait la demande, peut-on lire dans le document. Le test du polygraphe n'a pas eu lieu.

En juin 2015, six mois avant la découverte des ossements de Cédrika Provencher, Jonathan Bettez refuse de nouveau l'offre de la SQ.

Mandats contestés par la défense

Les documents qui révèlent ces renseignements sont des déclarations faites sous serment qui ont permis aux enquêteurs de la Sûreté du Québec d'obtenir des mandats généraux pour les perquisitions du 29 août 2016 dans deux résidences de Trois-Rivières et dans les locaux de l'entreprise Emballage Bettez.

L'avocat de Jonathan Bettez, Me Marc-Antoine Carette, souhaite faire invalider ces mandats, qu'il juge abusifs en vertu de la loi. S'il réussit, la preuve recueillie lors de ces fouilles et perquisitions pourrait être écartée du procès pour pornographie juvénile.

Mauricie et Centre du Québec

Justice et faits divers