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L’herbicide Roundup de Monsanto devant un tribunal américain

Des contenants de Roundup sur les tablettes d'un commerce.

Le glyphosate est présent dans l'herbicide le plus vendu sur la planète, le Roundup.

Photo : Reuters / Mike Blake

Agence France-Presse

Un tribunal de San Francisco déterminera si Roundup, le populaire désherbant au glyphosate du géant agrochimique Monsanto, est cancérigène et si l'entreprise a volontairement caché des informations à son sujet.

Si des centaines, voire des milliers de procédures sont en cours aux États-Unis contre Monsanto, la plainte de Dewayne Johnson, atteint d'un cancer en phase terminale, est la première concernant ce produit et ses possibles effets cancérigènes à aboutir à un procès.

L’Américain de 46 ans « se bat pour sa vie » après qu'on eut diagnostiqué il y a deux ans chez l'homme un lymphome non hodgkinien, incurable, explique un de ses avocats. David Dickens, du cabinet Miller, est spécialisé dans la défense de particuliers s'estimant victimes de produits défectueux.

« Ce n'est pas la faute à pas de chance », ce n'est pas dû à un problème « génétique », « c'est à cause de son exposition continue au Roundup et au Ranger Pro » (produit similaire de Monsanto), qu'il a vaporisés entre 2012 et 2014 sur des terrains scolaires de la ville de Benicia, en Californie, assure Me Dickens.

« Et cela aurait pu être évité », assène encore l'avocat, accusant Monsanto, qui vient d'être racheté par l'allemand Bayer, d'avoir sciemment caché au public la dangerosité de ses produits.

Les avocats de M. Johnson n'ont pas encore fixé les sommes qu'ils comptent demander, mais évoquent un « jugement à plusieurs millions de dollars ».

Le procès s'est officiellement ouvert mi-juin avec la désignation d'un juge, mais les débats de fond sont prévus le 9 juillet, après une série d'audiences techniques. Il est prévu que le procès durera au moins trois semaines à San Francisco.

Un lien difficile à prouver

La partie ne sera pas aisée pour Dewayne Johnson. Ses avocats devront prouver le lien entre sa maladie, qui provoque de nombreuses lésions cutanées sur l'ensemble de son corps, et l'épandage de glyphosate.

Monsanto, qui risque des millions de dollars de dommages et intérêts dans ce seul dossier, a toujours fermement réfuté tout lien entre cancer et glyphosate.

Est-ce que l'exposition de M. Johnson au glyphosate a provoqué son cancer? [...] Cela n'a pas causé son cancer.

Sandra Edwards, avocate de Monsanto

Pendant ce procès, « vous verrez beaucoup de données et de science », relève une des avocates de Monsanto, Sandra Edwards, du cabinet Farrella, Braun and Martel. Elle souligne qu'il y a eu « des études qui ont suivi pendant des années et des années des gens qui ont utilisé ces produits », sans conclure que les produits provoquaient des cancers.

« Légalement, il est extrêmement difficile de rendre une entreprise responsable de cas spécifiques de cancer ou autres maladies liées aux pesticides », reconnaît Linda Wells de l'ONG anti-pesticide, Pesticide Action Network North America.

Mais « si M. Johnson gagne ce procès, ce sera un énorme coup porté à l'industrie des pesticides tout entière », ajoute Mme Wells.

Un produit controversé

Vendu depuis plus de 40 ans, le Roundup est l'un des herbicides les plus utilisés au monde sous diverses marques, depuis que le brevet détenu par Monsanto a expiré et que le produit est tombé dans le domaine public en 2000.

Il contient du glyphosate, une substance très controversée et qui fait l'objet d'études scientifiques contradictoires quant à son caractère cancérigène.

Le Roundup est aussi accusé d'être néfaste pour l'environnement et de contribuer à la disparition des abeilles, ou encore d'être un perturbateur endocrinien.

La Californie a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes, contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA). Dans cet État, tout fabricant ayant connaissance du caractère cancérigène certain ou suspecté d'un produit doit obligatoirement l'indiquer sur l'emballage.

Le glyphosate est aussi classé « cancérigène probable » depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le glyphosate fait particulièrement polémique en Europe. Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide pour cinq ans, le gouvernement français s'est engagé à cesser d'utiliser cette substance pour les principaux usages d'ici trois ans.

Monsanto a par ailleurs mis au point des semences génétiquement modifiées, conçues pour résister au Roundup. Elles sont commercialisées depuis les années 90.

Monsanto au banc des accusés

Créé en 1901 à Saint-Louis, dans le Missouri, Monsanto a notamment été associé à la fabrication, avec d'autres groupes chimiques, du défoliant connu sous le nom « agent orange », utilisé massivement par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam.

En 2012, l’entreprise avait accepté un règlement à l'amiable de 93 millions de dollars avec Nitro, une localité de Virginie-Occidentale qui avait abrité dans les années 50 et 60 une usine produisant l'ingrédient principal de l'agent orange. Les responsables de la municipalité accusaient cette usine d'être la cause de problèmes de santé de leurs résidents.

Un manifestant porte un masque de crâne et une affiche qui critique la compagnie Monsanto

Manifestation contre Monsanto à Paris en 2016. L'utilisation du glyphosate fait débat en Europe.

Photo : Associated Press / Francois Mori

En septembre 2015 en France, la justice a condamné en appel le groupe américain à indemniser un agriculteur, empoisonné en 2004 par des vapeurs émises par un autre produit de Monsanto interdit dans plusieurs pays depuis, le Lasso, qui contient de l'alachlore.

L'autorisation de cultures d'OGM dans l'Union européenne a par ailleurs suscité polémiques, controverses et batailles juridiques au long des 20 dernières années.

Aux États-Unis, des agriculteurs ont été déboutés à plusieurs reprises par la justice dans des tentatives pour contester les cultures de semences OGM de Monsanto.

En 2017, un tribunal citoyen informel de cinq juges professionnels formé à La Haye, aux Pays-Bas, a jugé la firme coupable de violation des droits de l'homme, d'impact négatif sur l'environnement ainsi que d'écocide, la destruction méthodique de la flore et de la faune.

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