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Brésil : Lula doit rester en prison, tranche le président de la cour d'appel

Des policiers devant une foule de manifestants.
Le gouvernement a déployé les forces policières pour contenir les manifestants pro-Lula à Porto Alegre. Photo: Reuters
Agence France-Presse

L'ancien président brésilien Lula, condamné pour corruption, doit rester en prison, a déclaré dimanche le président d'une cour d'appel dont un juge avait décidé la libération de Lula avant d'être contredit par un autre juge de la même cour.

Carlos Eduardo Thomson Flores, le président de cette cour d'appel, le TRF4 de Porto Alegre, dans le sud du Brésil, a déclaré dans un communiqué qu'il confirmait la décision du juge Joao Pedro Gebran Neto selon laquelle l'ancien président doit rester en prison, où il purge une peine de 12 ans et un mois pour corruption.

En quelques heures, dimanche, l'imbroglio judiciaire a créé la confusion au Brésil, à trois mois d'une élection présidentielle parmi les plus incertaines de son histoire.

Tandis que les partisans de Lula commençaient déjà à fêter sa libération imminente trois mois après son incarcération pour corruption, le juge Joao Pedro Gebran Neto a décidé de le maintenir en prison.

Il a annulé ainsi la décision d'un magistrat de la même cour d'appel, Rogerio Favreto.

Mais dans un nouveau rebondissement, celui-ci avait réaffirmé qu'il maintenait sa décision.

Je réaffirme la teneur des décisions prises antérieurement, en décrétant la mise en oeuvre immédiate de la mesure de libération dans un délai maximum d'une heure.

Extrait de la décision du juge Rogerio Favreto

De permanence cette fin de semaine au TRF4, il avait décidé à la surprise générale d'accepter une demande d'Habeas Corpus présentée vendredi par plusieurs députés du Parti des Travailleurs (PT), fondé par Lula en 1980.

Il avait même demandé que cette libération ait lieu dès dimanche, « selon le régime d'urgence ».

Après une levée de boucliers de plusieurs instances judiciaires, le juge Gebran Neto a été catégorique, décidant que la police fédérale devait s'abstenir « de pratiquer un quelconque acte qui modifie la décision collégiale » d'emprisonner Lula, prise par ce même TRF4 en janvier dernier.

Même s'il avait été remis en liberté, l'ex-président (2003-2010), en tête des intentions de vote pour le scrutin d'octobre, verrait probablement sa candidature invalidée par le tribunal électoral, en vertu d'une loi qui interdit à tout candidat déjà condamné en appel de se présenter.

Commotion

L'ordre de libération de dimanche a fait l'effet d'une bombe au Brésil. Le juge anticorruption Sergio Moro, qui a condamné Lula en première instance en juillet 2017, avait affirmé dans un document officiel dans la foulée que le juge Favreto n'avait pas la compétence pour prendre cette décision.

Le bras de fer judiciaire s'est poursuivi avec une demande officielle du Parquet fédéral de faire machine arrière, reprenant l'argument de Sergio Moro en affirmant que le juge de permanence n'a pas la compétence d'examiner une demande d'Habeas Corpus, qui fait référence à la « liberté fondamentale de ne pas être emprisonné sans jugement ».

Les médias brésiliens ont rappelé dimanche que le juge Favreto, ancien avocat, avait été membre du PT de 1991 à 2010, date à laquelle il avait accédé à la magistrature.

Le PT a lancé un appel à la mobilisation, dans un communiqué ayant pour titre La liberté de Lula est la liberté du Brésil.

Le parti s'est insurgé contre l'annulation de l'ordre de libération dans ce communiqué, estimant qu'il est « inconvevable » que la décision d'un juge du TRF4 ne soit pas respectée.

« Les garanties constitutionnelles et de l'État de droit ont été rompues! Tous à Curitiba, tous dans la rue », a affirmé pour sa part sur Twitter Gleisi Hoffmann, présidente de cette formation politique.

Des manifestants devant une statue.Les partisans de Lula demeurent très nombreux à réclamer sa sortie de prison. Photo : Reuters / Pilar Olivares

Lula, corrompu ou victime?

Accusé d'avoir reçu un appartement en bord de mer pour favoriser une entreprise de bâtiment pour l'obtention de marchés publics, Lula nie farouchement et se dit victime d'un complot pour l'empêcher de briguer un troisième mandat.

Figure de proue de la lutte anticorruption au Brésil, Sergio Moro a connu plusieurs revers ces dernières semaines, avec la libération le 26 juin de José Dirceu, ex-homme fort du gouvernement Lula, et l'acquittement récent de Gleisi Hoffmann, également accusée de corruption.

La défense de Lula avait multiplié les recours auprès de la Cour suprême pour réclamer sa libération, sans succès.

Ses avocats considèrent que l'icône de la gauche doit demeurer en liberté le temps que tous les recours soient épuisés, mais la Cour suprême avait décidé en avril d'appliquer une jurisprudence selon laquelle toute personne condamnée en deuxième instance devait être incarcérée.

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