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Les doutes de Mélissa Laveaux pour son premier album en créole

La chanteuse Mélissa Laveaux

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

« Peut-être que je ne suis pas assez haïtienne », se disait la chanteuse canadienne Mélissa Laveaux au sujet de Radio Siwèl, son plus récent album et le premier en créole. Toutefois, les critiques élogieuses lui ont confirmé qu'elle ne commettait pas d'erreur. Née à Montréal de parents haïtiens, elle explique sa démarche à Louis-Philippe Ouimet.

Les chansons de cet album sorti en février dernier ont été composées en Haïti, de 1915 à 1934, durant l’occupation du pays par les Américains, une période qui intéressait particulièrement la chanteuse.

« Il y a ce côté sur le vaudou qui a toujours servi comme arme de résistance, non seulement avec l’indépendance d’Haïti en 1804, mais aussi avec l’occupation américaine, où ces chansons ont vraiment fait peur aux soldats américains, tellement qu’ils ont essayé de réprimer l’expression du vaudou. »

Piger dans ce répertoire était une façon pour la musicienne, fascinée par les « gens qui combattent avec la musique », de renouer avec ses racines.

« Mon enfance a été un mélange de transmission passive et de transmission active [de mon héritage]. La transmission active c’est : “Sois fière d’être haïtienne, car Haïti c’est la première république noire qui s’est libérée de l’esclavage.” […] Ensuite, la transmission passive, c'est cette tristesse et la nostalgie du pays que mes parents m’ont transmises, sans vouloir le dire. »

Assez haïtienne ou pas?

En 2016, celle qui habite Paris depuis 2008, après 20 ans passés au Canada, est retournée en Haïti pour la première fois depuis son enfance. Elle raconte avoir planifié ce voyage avec beaucoup d’appréhension.

« J’avais énormément peur de ne pas pouvoir me défendre en termes de créole, pour répondre aux gens. Je m’attendais beaucoup à ce qu’on se moque de moi pour ces lacunes que j’avais sur le plan de la culture haïtienne. »

Questionnée au sujet de son opinion sur le spectacle SLĀV, annulé par le Festival international de jazz de Montréal à la suite d’une controverse suscitée par des manifestants qui considéraient qu’il s’agissait d’appropriation culturelle, elle fait un parallèle avec les doutes qu’elle avait pour son album Radio Siwèl.

« Je me suis dit : “Peut-être que je ne suis pas assez haïtienne pour reprendre ces chansons.” Si moi, en tant qu’Haïtienne, j’ai des doutes, j’aurais pensé que [la chanteuse et créatrice de SLĀV] Betty Bonifassi et [le metteur en scène] Robert Lepage se seraient posé un peu plus de questions. »

Elle déplore davantage le discours entourant SLĀV que le spectacle en lui-même, et notamment la tendance à ne pas voir la couleur de la peau. « Moi, je vois de la couleur, ce n'est pas un crime de voir de la couleur. La couleur, c'est nos origines. [...] C'est une reconnaissance du passé. Si on efface les couleurs, on efface l'histoire des gens. Et c'est triste, car on efface aussi les peines. »

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