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Accès à un médecin spécialiste : diminuer l'attente par la consultation électronique?

Cette omnipraticienne utilise des dossiers virtuels pour ses patients depuis déjà plusieurs années.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans les locaux d'Omnimed, quelques dizaines de programmeurs ont les yeux rivés sur leur écran d'ordinateur. Dans cet espace ouvert, le numérique est au service de l'innovation en santé. Leur nouvel objectif : la mise en place de consultations électroniques entre les omnipraticiens et les médecins spécialistes afin de réduire les listes d'attente et de prioriser les cas les plus urgents.

Un texte de Louis-Philippe Bourdeau

Depuis quelques années, Omnimed s'efforce d'informatiser les dossiers des patients pour rendre les données médicales plus accessibles.

D'ailleurs, dans le bureau de la Dre Stéphanie Blais-Boilard, le papier n'existe plus ou presque. Tout est informatisé. L'omnipraticienne accède aux données de ses patients en ligne.

D'un clic, elle accède, par exemple, à leurs antécédents médicaux, à leur médication et aux notes de leurs dernières consultations.

L'an dernier, deux millions de dossiers ont été consultés par les omnipraticiens utilisant cette plateforme privée.

« C'est notre père qui, avant même l'invention d'Internet, a parlé d'avoir un dossier où tous les médecins agiraient dans le même dossier », se rappelle-t-elle.

« Il nous disait qu'il avait toujours un petit doute en médecine et que c'est ce petit doute qui l'a animé afin de trouver une manière d'avoir toutes les informations pour prendre sa décision », ajoute son frère, le président-directeur général d'Omnimed, Xavier Boilard.

L'entreprise Omnimed a été fondée en 1985, Xavier Boilard en est le PDG.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'entreprise OmniMed a été fondée en 1985, Xavier Boilard en est le PDG.

Photo : Radio-Canada

Toutefois, comme bien des médecins de famille, Stéphanie Blais-Boilard est parfois aux prises avec un questionnement médical plus pointu, auquel un médecin spécialiste pourrait fournir une réponse rapide.

L'entreprise Omnimed a donc développé un système de consultation électronique auquel participent une trentaine de médecins spécialistes, dont une vingtaine à Sherbrooke. Dans ce projet pilote, ces derniers reçoivent une alerte par courriel pour leur indiquer qu'une demande de consultation a été faite par un médecin de famille.

Premier patient, premier succès

La première consultation électronique de la Dre Blais-Boilard avec un hématologue a été un véritable coup de circuit. Elle a permis de détecter un cancer du sang de manière précoce chez un patient de 58 ans qui semblait pourtant en très bonne santé.

« Le médecin spécialiste a révisé le dossier et il m'a réécrit en me disant que mon patient avait un haut risque de cancer du sang », se souvient-elle, alors qu'elle hésitait à l'inscrire sur une liste d'attente.

L'homme est maintenant suivi depuis trois ans par un hématologue.

Dans les bureaux situés à Cookshire-Eaton, une quarantaine d'employés, dont 25 développeurs, s'activent. « C'est vraiment des équipes de développement continu. On lance des nouvelles versions, des nouvelles fonctionnalités, tous les mois », ajoute Xavier Boilard.

Le plus gros défi du projet, c'est d'aller trouver des spécialistes qui sont prêts à répondre et ensuite de trouver des médecins de famille qui sont prêts à lui poser des questions assez régulièrement pour qu'il se dise que ça vaut la peine de continuer. C'est un peu là la science-fiction dans le projet. Les gens n'étaient pas habitués à faire la médecine de cette façon.

Xavier Boilard, président-directeur général d'Omnimed

Objectif : réduire l'attente... et le stress

Au Québec, il faut parfois des mois, voire des années pour une première consultation avec un médecin spécialiste. Une attente souvent stressante pour de nombreux patients et parfois inutile.

« Parfois, un patient est nerveux, mais moi, quand je regarde son dossier, je sais clairement que c'est bénin, explique le pneumologue du CIUSSS de l'Estrie, Yannick Poulin. Dans d'autres cas, à deux ou trois reprises dans le dernier mois, j'ai dit au médecin qu'on voulait voir un patient de manière urgente. »

Cet avis externe permet aussi à l'omnipraticien de mieux distinguer les cas urgents, qui nécessitent une consultation avec un médecin spécialiste, des dossiers moins prioritaires.

« Neuf patients sur 10, à distance, le spécialiste a pu, en une semaine plutôt que trois ans, rassurer le patient et lui dire que tout est beau », indique la Dre Blais-Boilard.

« C'est sûr que ça va réduire les listes et le temps d'attente, ajoute le Dr Yannick Poulin. Les demandes de consultations vont être beaucoup plus ciblées et un travail sera fait avant de les voir en consultation. »

Le Dr Yannick Poulin, pneumologue-intensiviste au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dr Yannick Poulin. pneumologue-intensiviste au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke

Photo : Radio-Canada

Les omnipraticiens doivent payer un abonnement privé pour avoir accès à la plateforme Omnimed.

Pour le moment, comme il s'agit d'un projet pilote, les médecins spécialistes ne sont pas rémunérés pour les consultations électroniques. La rémunération n'est pas encore déterminée, mais pourrait s'établir à une cinquantaine de dollars.

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