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Jean-Marc Vallée brille dans la noirceur de Sharp Objects

Une scène de la série <i>Sharp Objects</i> avec Amy Adams.

Une scène de la série Sharp Objects avec Amy Adams.

Photo : HBO

Radio-Canada

Deuxième série réalisée par Jean-Marc Vallée, Sharp Objects prend l'affiche à HBO à partir de dimanche. Comme pour Big Little Lies, la critique multiplie ses louanges. Malgré un tournage dur, ce thriller macabre représente un aboutissement artistique pour le Québécois et confirme également son engagement pour des productions mettant de l'avant les femmes.

Un texte d'Antoine Aubert

Le marathon s’achève bientôt pour Jean-Marc Vallée. Encore trois semaines de postproduction pour les quatre derniers épisodes de Sharp Objects (qui en compte huit). Le réalisateur prendra ensuite six mois de vacances bien méritées après avoir réalisé deux séries d’affilée. Big Littles Lies, diffusée sur HBO l’an passé, est en cours de tournage pour sa deuxième saison. Jean-Marc Vallée y participe cette fois en tant que membre de la production.

Sharp Objects devait pourtant être la première série à figurer sur son CV. En signant son contrat pour tourner huit épisodes, il pouvait enfin diriger Amy Adams. Il avait précédemment envisagé de tourner avec l’actrice un film autour de la vie de la chanteuse Janis Joplin.

« Puis, Reese Witherspoon et Nicole Kidman sont arrivées avec Big Little Lies. J’ai dit OK pour un ou deux épisodes, et je me suis retrouvé à tous les faire […]. Je voulais accompagner les acteurs jusqu’à la fin, ne pas abandonner [la production] et laisser ça dans les mains de quelqu’un d’autre. Je me sens possessif », a raconté Jean-Marc Vallée lors d’une entrevue avec la journaliste de Radio-Canada Mélanye Boissonnault.

Il sourit. Il porte un chandail blanc et une chemise sombre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le réalisateur Jean-Marc Vallée

Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

Pendant qu’une pluie de Golden Globes, de prix SAG et de prix Emmy tombait sur lui et le reste de l’équipe de Big Little Lies, le réalisateur a pu se consacrer à Sharp Objects, tiré d’un roman éponyme de Gillian Flynn, à qui l’on doit aussi le roman Gone Girl.

Une série sombre

Sharp Objects suit Camille Preaker, journaliste qui revient à Wind Gap, petite ville du Missouri où elle a grandi et où elle retourne pour couvrir le meurtre sordide de deux jeunes filles. L’enquête se double de retrouvailles personnelles angoissantes pour la reporter instable psychologiquement dont la mère (Patricia Clarkson) semble avoir sur elle une influence mortifère.

« On y retrouve les relations familiales, le rapport mère-fille, des sujets que Jean-Marc aime traiter. Toutefois, c’est un genre différent de ce qu’on a fait avant, Jean-Marc n’avait jamais travaillé sur quelque chose d’aussi sombre », estime Marc Côté, coproducteur de la série et président de Fake Studio. L'entreprise montréalaise spécialisée dans les effets visuels collabore de longue date avec le réalisateur québécois. Pour la série attendue dimanche, plus de 1600 tours de magie graphiques ont été créés (contre quelque 1500 pour Big Little Lies), ce qui est beaucoup pour huit épisodes, selon Marc Côté.

« Femmes démoniaques »

Comme pour Big Little Lies, les femmes – ici « assez démoniaques », dixit le réalisateur – sont au cœur du récit. « Il semblerait que les rôles de femmes soient aujourd’hui plus intéressants à la télé que [sur grand écran]; et non seulement les actrices disent oui, mais elles veulent devenir productrices de ces projets-là, les défendre », témoigne Jean-Marc Vallée. À l’image de Kidman et Witherspoon pour Big Little Lies, Amy Adams fait en effet partie de l’équipe de production de Sharp Objects.

On en a besoin, elles ont une place à prendre, et je suis content d’y contribuer à ma façon. C’est un concours de circonstances qui m’a emmené là, ce n’est pas volontaire de ma part, mais je suis heureux et fier de pouvoir travailler avec elles et d’aider à défendre ce qu’elles ont à défendre.

Jean-Marc Vallée

Dès lors, peut-on le qualifier de réalisateur féministe? Un grand sourire apparaît sur le visage de marin bourru de l’intéressé : « J’aime l’idée. »

Un tournage compliqué

Néanmoins, de son propre aveu, Sharp Objects a constitué une expérience difficile pour Jean-Marc Vallée. « On est arrivés et on était tous fébriles, on se sentait plus ou moins prêts, on devait lancer la production à cause d’échéanciers et des horaires des uns et des autres », se souvient-il. À cela se sont ajoutées les conditions de tournage où chaleur, humidité et insectes étaient le quotidien, notamment pour la partie du tournage en Georgie (Sharp Objects a également été réalisée en studio et au nord de la Californie).

La moiteur du sud et les emplois du temps serrés expliquent peut-être les tensions qui auraient vu le jour entre Jean-Marc Vallée et la scénariste Marti Noxon. Dans une entrevue publiée plus tôt cette semaine sur le site du magazine Vulture, celle-ci a évoqué « des engueulades ». Elle laissait entendre que le Québécois serait plus un homme d’images que de mots, prêt à prendre des libertés avec le texte prévu, ce qui déplaisait à celle qui est également coproductrice de lasérie.

Interrogé sur le sujet, Jean-Marc Vallée a voulu croire à une « mauvaise interprétation » des propos de sa partenaire. « Elle sait combien je tiens aux mots et combien je suis précis avec les acteurs; ils pourront vous le dire. Je les laisse se mettre les dialogues en bouche, mais si ça change le sens de ce qu’il y a à livrer, j’interviens, même pendant la prise. »

De son côté, Marc Côté calme également le jeu, évoquant deux personnes qui se respectent beaucoup, balayant l’idée d’une « guerre d’ego ». « Sinon, dit-il, on n’aurait pas pu avoir un tel résultat final. Certains scénaristes laissent plus de place aux réalisateurs que d’autres. En fin de compte, tout cela a été constructif. »

« Éblouissante » et « captivante » pour les critiques

Discorde ou non, le résultat semble en tout cas avoir conquis les critiques anglophones. « Sharp Objects est éblouissante, une fiction qui reste sous la coupe de l’horreur dès son préambule, mais garde de la nuance à l’intérieur de cette noirceur incessante », peut-on lire sur le site de Variety. The Hollywood Reporter parle d’une série « troublante et captivante », réalisée avec intelligence et assurance par Jean-Marc Vallée. The Guardian met l’accent sur la performance « exceptionnelle » d’Amy Adams.

Une scène de la série <i>Sharp Objects</i>, avec Amy Adams (à gauche).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une scène de la série Sharp Objects, avec Amy Adams (à gauche).

Photo : HBO

Le cinéaste, lui, n’est pas loin de voir son nouveau-né, accouché au forceps, comme le plus beau de tous ses enfants. Ainsi qu’il le fait maintenant depuis plusieurs années, il dit avoir misé sur une réalisation organique et fluide, sans projecteur – au profit de la lumière ambiante – ni plan sur rail, préférant danser avec son chef opérateur, qui se promène avec la caméra, déplacée parfois par Vallée quand ce dernier le juge opportun.

Le tournage était consacré d’abord à l’interprétation, explique Vallée. Les acteurs pouvaient prendre l’espace, aller n’importe où sans restrictions ni marques au sol, ce qui les libère de la technique, explique le réalisateur.

On est dans la captation, ça ressemble à du documentaire, on sait qu’on fait de la fiction, mais ce n’est pas « stagé ». […] Où est-ce que je vais? On va le découvrir ensemble. Bougez, je vais réagir à ce que vous faites.

Jean-Marc Vallée

« Cette façon de faire, depuis Le Café de Flore [film sorti en 2011], est là à son apogée », promet-il. De quoi partir loin des plateaux de tournage pendant un bout de temps, l’esprit tranquille.

Avec les informations de Mélanye Boissonnault.

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