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  • Jacques Normand : l’enfant terrible de la télévision qui se couchait tard

    Jacques Normand en tenue de smoking et noeud papillon anime une émission de Radio-Canada.  En second plan, on retrouve un lustre de cristal et une caméra avec les mots radio et Canada écrits sur son côté.
    Jacques Normand le 21 septembre 1962 dans un studio de Radio-Canada. Photo: Radio-Canada / André Le Coz
    Radio-Canada

    Il y a 20 ans s'éteignait un des plus grands animateurs des débuts de la radio et de la télévision du Canada français. Jacques Normand nous quittait le 7 juillet 1998. Nos archives témoignent du talent de cet enfant terrible de nos ondes qui a illuminé à la fois les nuits de Montréal et celles du Canada français.

    Un plongeon scelle son destin

    Raymond Pascal Chouinard, alias Jacques Normand, est né à Québec le 15 avril 1922. Adolescent espiègle et sportif, il se destine à devenir athlète professionnel ou encore politicien.

    Il a cependant le malheur à 17 ans de se blesser grièvement à la colonne vertébrale lors d’un plongeon dans le fleuve Saint-Laurent. Cloué au lit pendant un an et demi, il a pour unique divertissement la lecture de livres et l’écoute de la radio.

    Cette immobilisation forcée change le cours de son destin. Après sa convalescence, Jacques Normand se fait engager dans différentes stations de radio de Québec.

    Sa voie est tracée. Il se transforme rapidement en un personnage incontournable de la scène artistique québécoise.

    « Montréal sans nuit, Montréal s’ennuie »

    Jacques Normand devient une tête d’affiche et enfièvre les cabarets de nuit de Montréal. « Montréal sans nuit, Montréal s’ennuie », se plaisait à dire Jacques Normand. C’est l’époque des mythiques Faisan Doré, Casa Loma et Saint-Germain-des-Prés.

    Dans ces boîtes de nuit, Jacques Normand met à la mode la chanson du music-hall américain. Il y impose aussi la chanson française d’ici et d’ailleurs.

    On ne s’en souvient pas beaucoup de nos jours. À l’époque, Jacques Normand a lancé plusieurs carrières d’artistes et pas des moindres.

    Parmi ceux et celles qu’on peut mentionner, il y a Denise Filiatrault, Dominique Michel, Clémence Desrochers, mais aussi Charles Aznavour!

    Cette époque dorée des nuits de Montréal, Jacques Normand l’a évoqué dans un épisode que lui a consacré le 28 février 1982 l’émission Propos et confidences. Laissons Jacques Normand la raconter en ses mots.

    Propos et confidences, 28 février 1982

    L’enfant terrible de la télévision de Radio-Canada

    En parallèle à sa carrière musicale, Jacques Normand devient un animateur vedette de plusieurs émissions à la télévision de Radio-Canada.

    Il animera plusieurs émissions phares de la télévision publique canadienne. Café des artistes et Porte ouverte sont des émissions fidèlement écoutées par un grand auditoire.

    L'animateur Jacques Normand fumant la pipe et debout derrière un bar est accompagné par Roger Baulu et par les comédiens Dominique Michel et Pierre Thériault.Scène croquée pendant l'enregistrement de l'émission Le p'tit café, 27 octobre 1957 Photo : Radio-Canada / André Le Coz

    Sur cette photo datant du 27 octobre 1957, il anime l’émission Le p’tit café. On retrouve Jacques Normand en compagnie de la comédienne Dominique Michel, du comédien Pierre Thériault et du caricaturiste Normand Hudon.

    On y voit aussi l’animateur Roger Baulu. Ce dernier formera avec Jacques Normand un des couples télévisuels les plus célèbres des débuts de la télévision de Radio-Canada.

    Les Couche-Tard

    En février 1961, Jacques Normand et Roger Baulu inaugurent une émission qui deviendra un des grands moments de la programmation télévisuelle radio-canadienne : Les Couche-Tard.

    L'émission est un rendez-vous presque obligé pour les personnalités et les artistes locaux ou internationaux de passage au Canada français.

    Jacques Normand semble chuchoter à l'oreille de Gilbert Bécaud alors qu'ils sont assis côte à côte.  La photographie a été prise dans le studio de l'émission Les Couche-Tard, le 15 février 1961. Jacques Normand discutant avec Gilbert Bécaud lors du passage du chanteur français à l'émission le 15 février 1961 Photo : Radio-Canada / André Le Coz

    Cette photo, prise le 15 février 1961, qui nous montre l'animateur Jacques Normand dans un moment de grande complicité avec le chanteur français Gilbert Bécaud, en est une preuve flagrante.

    Comme son titre l'indique, l’émission est diffusée tard en fin de soirée. Sa case horaire tardive n’est pas fortuite. L'émission Les Couche-Tard a développé une réputation sulfureuse. On doit ajouter aussi très irrévérencieuse, surtout avec la classe politique de l'époque.

    Pour vous donner une idée du ton de l’émission, il vous faut regarder cet extrait d’un épisode que l’émission Propos et confidences a consacré à l’animateur Roger Baulu le 29 mars 1981.

    Propos et confidences, 29 mars 1981

    Lors d’un épisode, les deux comparses que sont Jacques Normand et Roger Baulu décident de se payer la tête du premier ministre canadien John G. Diefenbaker.

    Celui-ci, contrairement à l’ensemble de la classe politique de l’époque, invoquait mille et une excuses pour ne pas participer à l’émission Les Couche-Tard. Le premier ministre a dû le regretter.

    L'émission Les Couche-Tard a fait partie du paysage télévisuel de Radio-Canada jusqu’en juin 1970. Jacques Normand a par la suite continué à animer quelques émissions, notamment Pierre, Jean-Jacques et Quartier normand en compagnie de Danielle Ouimet. Cependant, aucune n’a connu le succès de l'émission Les Couche-Tard.

    Ardent défenseur de la langue française, possédant un charme fou et abonné à la gouaille ravageuse, Jacques Normand a laissé un souvenir impérissable chez ceux et celles qui l’ont côtoyé.

    Plusieurs ont même soutenu que s’il n’était pas né au Québec, il aurait pu devenir une vedette encore plus grande que Frank Sinatra ou qu’Yves Montand.

    Il aurait pu devenir une super-étoile dans le firmament des artistes. Il a préféré rester sur Terre et animer les nuits de Montréal et les ondes de Radio-Canada. Tant mieux pour nous!

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