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Annulation de SLĀV : respect rétabli de l’héritage noir ou liberté d’expression censurée?

Une affiche du spectacle  « SLĀV »

L'affiche du spectacle « ­­­­­­­SLĀV » présenté au Théâtre du Nouveau Monde.

Photo : Facebook

Radio-Canada

Le controversé spectacle SLĀV mis en scène par Robert Lepage, avec des chansons de Betty Bonifassi, continue de diviser, même après son annulation par le Festival international de jazz de Montréal (FIJM). Si certains ont salué cette décision, d'autres y voient un échec pour la liberté d'expression.

« J'ai adoré SLĀV. Cela m'a donné envie de faire quelque chose [...], de diffuser le message qu'il y a des opprimés dans le monde, qu'il y en avait et qu'il y en a toujours », soutient le critique musical du journal Le Devoir Sylvain Cormier, en entrevue à CBC.

M. Cormier, qui a vu le spectacle, estime que SLĀV est une ode à la liberté d’expression et une piqûre de rappel. Il regrette son annulation.

D'après ses dires, la valeur artistique du spectacle est incontestable. Et les attaques portées au processus de création ou sur l’appropriation culturelle ne lui semblent pas justifiées.

Selon lui, le fait de consulter quiconque durant le processus créatif est contre-productif. « Il faut montrer la pièce au monde et après, on voit ce qui arrive. Si on ne fait que consulter [...], on ne peut avancer quand on crée. »

Septs femmes sont assises sur des chaises en train d'éplucher des pommes de terre dans une scène du spectacle <i`>SLĀV </i> présenté au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal.

Une scène du spectacle SLĀV présenté au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal.

Photo : Elias Djemil/exmachina.ca/Facebook

« Je n’ai pas de problème avec le fait que les actrices qui jouent des esclaves noirs africains soient blanches. J’aimerais que les Anglos fassent une histoire sur les Canadiens français. J’adorerais voir des Allemands jouer des Juifs dans des camps. Ça ne me dérange pas », affirme-t-il.

Comment mieux comprendre comment les gens ont vécu leur peine, leur tragédie? C’était pour le mieux.

Sylvain Cormier, critique musical au journal Le Devoir

L’annulation du spectacle est pour lui surtout une preuve de prudence et un échec pour la liberté d’expression. Il espère que la production trouvera d’autres points de chute, « comme au Texas ou en Russie, pour que chacun dise ce qu’il en pense ».

Expression d’un malaise social

Pour la sociologue Myrlande Pierre, ce n’est pas l’œuvre en elle-même qui est critiquée. C’est plutôt le manque de représentation des minorités ethnoculturelles dans les lieux où l’on prend des décisions.

Ici, il s’agit de la sphère culturelle, mais elle soutient que le débat aurait pu être transposé dans un autre domaine.

Ce problème est décrié depuis au moins deux décennies, alors c’est quelque part un malaise social qui s’exprime.

Myrlande Pierre, sociologue

La charge historique et symbolique d’un spectacle basé sur des chants d’esclaves a été occultée, selon elle. « Ce n’est pas une histoire désincarnée », précise-t-elle en entrevue à L'heure du monde, soutenant que les initiateurs de la pièce ont été sensibilisés au départ à cette question, mais que cela ne s’est pas traduit dans le résultat de l'œuvre.

Après une semaine de controverse, le FIJM a décidé mercredi d'annuler toutes les représentations du spectacle SLĀV.

Dans un bref communiqué, l'équipe du festival se dit « ébranlée et fortement touchée par tous les témoignages reçus ».

Pour l’instant, les prochaines représentations de SLĀV à Sherbrooke et à Drummondville n’ont pas connu le même sort.

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