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Améliorer la formation des pompiers pour éviter le pire

Équipement de pompier.
Un règlement devrait uniformiser la formation offerte aux pompiers, selon un expert. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les pompiers du Nouveau-Brunswick ont-ils toute la formation nécessaire pour bien faire leur travail? Des experts croient que la province doit resserrer les exigences de formation et cesser de se fier à la bonne volonté de chaque service d'incendie.

Un texte de Catherine Allard

La formation des pompiers et la structure organisationnelle des brigades d’incendie diffèrent grandement d’une ville à une autre au Nouveau-Brunswick. Chaque service relève de la municipalité et offre ce qu’il peut selon ses ressources et les besoins de la région qu’il dessert, sous la supervision du prévôt des incendies.

L’expert-conseil en gestion et organisation des services de sécurité incendie, Patrick Lalonde, croit que cela est insuffisant. Selon lui, la province doit serrer la vis et adopter un règlement pour uniformiser les services offerts et assurer leur qualité.

« Il faut absolument mettre un seuil minimum de protection à respecter pour l’ensemble des services d’incendie. On expose ces gens-là à des risques, comme l’effondrement du clocher à Bas-Caraquet. Donc, qu’est-ce qu’on est prêt à tolérer comme minimum? », explique-t-il.

Selon lui, le Nouveau-Brunswick doit exiger davantage de formation pour les pompiers qui ont des responsabilités supplémentaires, comme le chef d’une brigade.

Des provinces comme le Québec et l’Ontario ont choisi de réglementer plus sévèrement la profession. Par exemple, au Québec, toutes les brigades comptent des membres qui ont suivi la formation d’officier. Cette formation est aussi obligatoire pour devenir directeur ou chef d’une brigade.

La formation d’officier comprend environ 150 heures de cours supplémentaires, où le pompier apprend notamment à gérer une intervention et à diriger des équipes sur le terrain.

Bon nombre de pompiers au Nouveau-Brunswick ont reçu la formation d’officier, surtout dans les grandes municipalités, comme Moncton où une cinquantaine de pompiers y ont participé. Mais rien ne force une municipalité à avoir cette expertise au sein de son service d’incendie.

Est-ce que ces gens-là savent exactement quels sont les risques qu’ils font subir à leurs pompiers? Permettez-moi d’en douter dans le contexte où on n’a aucune formation obligatoire pour les officiers. Ça se résume à l’expérience ou l’inexpérience.

Patrick Lalonde, expert-conseil en gestion et organisation des services de sécurité incendie

Plus de formation pour éviter le pire

Le Québec a choisi d'adopter un règlement sur les conditions pour devenir pompier, après deux incidents qui ont mené à des morts de pompiers dans les années 1990.

« Ce qu’on a réalisé, c’est que les pompiers n’avaient pas nécessairement les connaissances pour juger l’état de la situation pendant une intervention », explique Patrick Lalonde, qui a travaillé au développement de la formation d’officier au Québec.

« On a vu une diminution notable du nombre de décès [de pompiers] associés aux incendies de bâtiments au Québec et une diminution du nombre d’accidents de travail », dit-il.

« On juge mieux l’état de la situation pendant un incendie et on évite d'amener des pompiers dans des zones à risques. Avant, on se basait sur l’expérience des gens. Maintenant, il y a des connaissances qui sont associées à ça, et c’est ce qui est enseigné dans la formation », explique Patrick Lalonde.

Selon lui, l’implantation de ces formations obligatoires au Nouveau-Brunswick viendrait combler des manques « au niveau de la structure de commandement et de tout le côté sécurité au travail, comme le port de l’appareil respiratoire ».

Une vidéo prise lors de l’incendie à l’église de Bas-Caraquet montre d’ailleurs des pompiers s’aventurer dans le bâtiment sans appareil respiratoire.

La lueur des flammes éclaire l'intérieur de l'église en ruinesL'église de Bas-Caraquet a été détruite par les flammes. Photo : Facebook/Yvon Cormier

Le feu est aussi dangereux dans une grande ville que dans un petit village de 300 personnes. Les pompiers sont exposés aux mêmes risques.

Patrick Lalonde, expert-conseil en gestion et organisation des services de sécurité incendie

Le directeur des opérations à l’École nationale des pompiers du Québec et ancien prévôt des incendies du Nouveau-Brunswick, Benoit Laroche, croit aussi que la formation d’officier est nécessaire dans un service d’incendie.

Il n’est cependant pas convaincu qu’il est essentiel d’imposer un règlement provincial pour y arriver.

« Chaque municipalité doit prendre conscience qu'elle est responsable de son service d'incendie. À la fin de la journée, la municipalité est imputable. Il faut que les gens soient formés, autant les pompiers que les officiers », dit Benoit Laroche.

Une formation suffisante, selon le prévôt des incendies

Le prévôt des incendies du Nouveau-Brunswick, Douglas Browne, reconnaît que la formation d’officier est essentielle, mais dit que la province n’a pas l’intention d’imposer un règlement comme au Québec.

Il explique qu’il revient aux municipalités de décider ce dont ils ont besoin dans leur service d’incendie. « Nous laissons le soin aux municipalités de décider ce dont elles ont besoin dans leur chef ou leurs dirigeants, mais ils vont [s'assurer] qu’ils sont bien formés », dit Douglas Browne.

Rien n’oblige donc les pompiers à suivre une formation d’officier. La province rembourse cependant les cours de ceux qui désirent suivre la formation. « C’est comme ça que nous encourageons les pompiers à être formés adéquatement au Nouveau-Brunswick », précise-t-il.

L’ancien prévôt Benoit Laroche ajoute que la formation s’est largement améliorée au Nouveau-Brunswick ces dernières années.

Il précise également que la plupart des provinces canadiennes, dont celles de l'Atlantique, se retrouvent dans des situations semblables à celle du Nouveau-Brunswick et n'ont pas de réglementation sur la formation des pompiers.

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