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chronique

Fausses nouvelles meurtrières en Inde : WhatsApp et les mauvaises excuses des réseaux sociaux

Le logo de l'application WhatsApp sur l'écran d'un téléphone intelligent.
L'application WhatsApp est utilisée par plus de 200 millions d'Indiens. Photo: Getty Images / Yasuyoshi Chiba
Jeff Yates

CHRONIQUE – L'Inde est aux prises avec une crise de fausses nouvelles sans précédent. Les rumeurs sans fondement qui circulent sur l'application WhatsApp ont jusqu'ici coûté la vie d'une vingtaine de personnes en 2018. La réponse de l'entreprise ressemble beaucoup aux mauvaises excuses que l'on a déjà entendues de la part d'autres réseaux sociaux, dont Facebook.

Le système de messagerie chiffré WhatsApp est parmi les plus populaires en Inde, avec quelque 200 millions d'utilisateurs. Depuis le début de l'année, 23 personnes sont mortes, lynchées par des citoyens, après que de fausses rumeurs sur la présence de kidnappeurs d'enfants dans un village se sont répandues sur l'application.

Lors du dernier incident, dimanche, cinq hommes ont été battus à mort (Nouvelle fenêtre) près de Dhule, dans l'État du Maharashtra. Encore une fois, tout est parti d'une information non fondée. Ces hommes nomades étaient venus en autobus visiter le marché local. On aurait aperçu l'un d'entre eux parler à une fillette. C'était assez de preuves pour que la foule d'une trentaine de personnes décide de se faire justice.

En réaction à ces événements, le gouvernement indien a envoyé mardi une lettre à WhatsApp (Nouvelle fenêtre), propriété de Facebook, l'enjoignant à agir. « Le gouvernement a fait savoir sans équivoque que WhatsApp doit immédiatement agir pour mettre un terme à cette menace et s'assurer que sa plateforme n'est pas utilisée pour de telles activités illégales », a fait savoir un porte-parole du ministère indien des Technologies de l'information.

WhatsApp doit prendre ses responsabilités face à cette situation, selon le gouvernement.

La réponse de WhatsApp laisse à désirer (Nouvelle fenêtre). Dans un communiqué, le réseau social assure être « horrifié » de la violence causée par les rumeurs et dit vouloir y « répondre rapidement ».

En gros, WhatsApp affirme avoir ajouté certaines fonctions en mai dernier pour combattre ce fléau. L'entreprise a notamment permis aux administrateurs d'un forum de discussion de déterminer qui peut envoyer des messages aux autres membres. Remarquez que cela n'a pas empêché ce dernier drame de survenir. WhatsApp a aussi mis au point un avertissement indiquant aux utilisateurs si un message reçu a été écrit par la personne qui le leur a envoyé ou s'il a été transféré.

De plus, le réseau social s'engage à soutenir de la recherche sur la propagation des fausses nouvelles (à hauteur de... 50 000 $ (Nouvelle fenêtre)), ainsi qu'à faire la promotion de la littératie médiatique en Inde. Il s'est aussi associé au média indien Boom Live pour vérifier les rumeurs qui circulent.

Par contre, WhatsApp explique ne pas pouvoir gérer seule cette crise. « Nous croyons que les fausses nouvelles, la désinformation et la propagation de rumeurs sont des questions qui doivent être abordées collectivement : par le gouvernement, la société civile et les entreprises technologiques travaillant de concert », peut-on lire dans le communiqué.

Il est vrai que même l'entreprise elle-même ne peut pas consulter le contenu des messages envoyés sur sa plateforme puisqu'ils sont chiffrés. Pourtant, WhatsApp arrive tout de même à combattre les pourriels et autres messages promotionnels du genre. Le réseau social assure qu'il peaufinera ses approches d'apprentissage machine pour l'aider à détecter les messages frauduleux.

Du déjà vu

Je veux bien que WhatsApp se bute à des problèmes d'ordre technique pour régler cette situation et que l'ampleur monumentale de sa communauté lui cause certains ennuis, mais ce sont des excuses que nous avons déjà entendues de la part d'autres réseaux sociaux.

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s'est excusé en avril devant le Congrès américain pour la fuite de données personnelles de près de 90 millions d'utilisateurs. Il a affirmé que Facebook « n'avait pas vu venir » le problème d'ingérence pendant l'élection présidentielle américaine de 2016. Il a assuré que l'entreprise « ferait mieux » à l'avenir, et a mis en place une ribambelle de programmes pour protéger l'intégrité des élections.

La semaine dernière, Twitter annonçait une série de mesures pour combattre le fléau des faux comptes automatisés (Nouvelle fenêtre) sur sa plateforme. Cela fait bien des années que quiconque passe un minimum de temps sur ce réseau social a constaté ce problème.

Il est louable que ces entreprises prennent au sérieux les scandales qui les secouent. Toutefois, nous devons leur demander pourquoi elles attendent une tempête médiatique avant d'agir. Dans tous ces cas, les réseaux sociaux ont réagi à un scandale, plutôt que d'avoir mis en place des stratégies préventives.

Personne ne force ces entreprises à devenir des Léviathan débridés qui cassent tout sur leur passage. Ces géants du web s'enrichissent en rejoignant des auditoires monstres, faisant fi de certains abus au passage. Ils perdent ensuite le contrôle de leur communauté et peinent à régler des situations un peu partout. Ils demandent ensuite à la société de les aider à réparer les pots cassés puisqu'ils ne peuvent pas le faire seuls.

Pour la Silicon Valley, l'entreprise empoche les profits. Toutefois, c'est la société au complet qui assume les risques de ses activités.

Ça, on appelle ça avoir du front tout le tour de la tête.

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