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Comment absorber les coûts de sécurité des festivals d’été?

Le festival folk de Winnipeg

Le Festival Folk de Winnipeg a formé en interne 500 bénévoles dédiés à la sécurité.

Photo : Radio-Canada / CBC

Radio-Canada

Alors que le public est chaque année plus nombreux à participer aux grands festivals qui rythment l'été canadien, les organisateurs sont confrontés à une hausse considérable de leurs dépenses de sécurité. Chaque festival s'organise pour que ces mesures nécessaires ne viennent pas saler la facture des participants, mais un appui d'Ottawa serait le bienvenu, explique le regroupement Festivals et événements majeurs Canada.

Un texte de Barbara Gorrand

Depuis le 14 juillet 2016, et l’attaque au camion-bélier qui était venue endeuiller la célébration de la fête nationale française à Nice, la sécurité est devenue un enjeu majeur pour tous les organisateurs d’événements publics à travers le monde.

Le Canada ne fait pas exception.

À Edmonton, le Heritage Festival a accueilli près de 500 000 personnes en trois jours lors de son édition 2017. « Plus notre public grandit, plus les besoins de sécurité augmentent », confirme le directeur général de ce festival multiculturel, Jim Gibbon.

En l’espace de 10 ans, explique-t-il, le budget alloué à la sécurité du festival est passé de 4000 $ à environ 200 000 $.

« Ce qui augmente aussi les coûts de façon colossale, c’est que les besoins en matière de sécurité ont changé. Il ne s’agit plus uniquement d’avoir une équipe prête à intervenir auprès de personnes au comportement rendu agressif par l’alcool », confirme Jim Gibbon.

« Notre festival est gratuit. Ce qui nous sauve, c’est la fidélité de nos commanditaires, ajoute-t-il. Mais cela veut dire aussi qu’il faut parfois couper ailleurs. »

Une hausse de 60 % en cinq ans

Martin Roy, qui dirige le regroupement Festivals et événements majeurs Canada (FAME), parle d’une hausse d’environ 60 % des frais de sécurité de ses adhérents, partout au pays, au cours des cinq dernières années.

« La part la plus importante de ces coûts est liée à l’embauche d’agents de sécurité privés sur les sites des événements, analyse-t-il. Mais il y a aussi les frais indispensables en matière d’infrastructure, comme les détecteurs de métal ou les caméras de sécurité. »

Un homme sourit dans une rue de Montréal.

Martin Roy, le directeur général des organismes regroupant les principaux festivals du Canada, plaide pour une aide financière d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, à chaque fois qu’un nouveau drame survient sur la scène internationale, les organisateurs d’événements réagissent en conséquence.

« Car nous ne pouvons pas lésiner sur la sécurité. Mais le défi est de trouver une façon d’éponger ces coûts grandissants, sans que cela vienne pénaliser d’autres postes de dépenses, et alors que beaucoup d’événements sont gratuits. »

Pour résoudre cette équation, de nombreux festivals font donc preuve d’originalité.

Miser sur les ressources internes

C’est le cas du Festival Folk de Winnipeg, qui débute ce jeudi 5 juillet.

« Quand on a plus de 70 000 personnes sur un site, la sécurité est une priorité », assure Irina Ivanov Bissonnette, gérante du marketing et des communications du festival.

Pour répondre à ce besoin grandissant, le festival de Winnipeg a choisi il y a quatre ans de miser sur ses bénévoles.

« Les compagnies de sécurité privées ne répondaient pas à nos besoins, à notre vision conviviale, explique Irina Ivanov Bissonnette. Nous voyons nos agents de sécurité comme des ambassadeurs, pas comme des figures d’autorité. Alors, nous avons opéré une restructuration en interne. »

Une femme sourit, en extérieur.

Irina Ivanov Bissonnette explique que depuis quatre ans, le Festival Folk de Winnipeg a misé sur la formation de ses bénévoles.

Photo : Radio-Canada

« On est passés de 40 heures de formation en sécurité à 160 heures : premiers soins, santé, sécurité physique, mais aussi mentale, et d’autres thèmes qui s’ajoutent au fur et à mesure, comme la prévention du harcèlement sexuel, qui avait commencé pour les bénévoles installés sur notre site de camping et qui a été étendue à tout le festival. »

Le Festival folk s'appuie sur 2800 bénévoles au total, dont plus de 500 sont dédiés à la sécurité. C'est près de 18 % des effectifs.

« Les heures de formation s’allongent, il faut aussi considérer les coûts d’inflation, et tous ces bénévoles doivent être nourris, indique Irina Ivanov Bissonnette. Chaque année, pour trouver l’équilibre, on augmente un peu les prix d’entrée, mais on essaye de gérer au plus près! »

Un investissement en temps

Plus à l’est, le Festival d’été de Québec, qui commence également ce jeudi, joue les équilibristes sur un fil budgétaire tendu à l’extrême.

Cette année, dans la foulée du mouvement Me Too, le festival déploie une nouvelle brigade de lutte contre le harcèlement sexuel, explique la directrice des communications, Samantha McKinley.

« nous avons été largement inspirés par ce qui se passe ailleurs à travers le monde », explique-t-elle au sujet de cette « initiative bienveillante, intelligente » qui est peu coûteuse puisqu'elle repose sur la formation des employés et des bénévoles.

Les budgets des festivals ne sont pas élastiques et nous ne voulons pas faire baisser la qualité de la programmation.

Samantha McKinley, du Festival d'été du Québec

Le festival d'été de Québec s’est associé aux intervenants sociaux de Viol-Secours CALACS (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) pour dispenser une formation à une soixantaine de personnes, qui pourront reconnaître les signes d’une situation déplacée et intervenir en conséquence.

« C'est une idée toute simple et qui permet de renforcer la sécurité de tous les festivaliers », constate Samantha McKinley.

« Mais chaque année, de nouvelles mesures sont appliquées. On se colle aux tendances internationales, aux recommandations des services de police de la ville. Jusqu’à présent on a réussi à le faire sans affecter le coût des laissez-passer. »

Mais, dit-elle, « il y a des limites à la créativité ».

Un public vulnérable

En lançant la saison des festivals de l’été au Canada, Martin Roy, qui représente 45 grands événements canadiens, a aussi lancé un cri du cœur au gouvernement fédéral.

« Ce que nous demandons, c’est un coup de pouce supplémentaire à Ottawa », dit-il.

Il suggère ainsi de faire appel au programme de financement de la sécurité qui existe déjà pour les groupes désignés à risque.

« Ce permet par exemple d’assurer la sécurité des lieux de culte ou des écoles. Nous avons suggéré de l’élargir aux festivals puisque les festivaliers sont une population à risque », dit-il.

Une suggestion que les organisateurs de festivals d’un bout à l’autre du pays accueillent par un concert d’applaudissements.

Manitoba

Culture