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Rendre les opéras moins sexistes, tout un défi pour une metteuse en scène

Quatre hommes en costume regarde un homme portant un débardeur, un short et des talons hauts en train de chanter, pendant qu'une femme est assise sur une chaise..

Une scène de l'opéra Ariane à Naxos mis en scène par Katie Mitchell et présenté au Festival lyrique d'Aix-en-Provence.

Photo : AFP / Bertrand Langlois

Agence France-Presse

Face à une grande majorité de livrets d'opéra jugés misogynes, Katie Mitchell, l'une des metteuses en scène contemporaines les plus connues, a voulu tracer une nouvelle voie. Elle propose une relecture des classiques pour en atténuer la tonalité machiste.

Dans Cosi fan tutte, on parle de l'inconstance féminine; dans Carmen, l'héroïne est brutalement tuée; dans Madame Butterfly, elle se donne la mort. Bref, dans la plupart des opéras, les femmes sont, au mieux, maltraitées, au pire, sacrifiées.

« Le problème est que quand vous montez d'anciens opéras, vous devez composer avec un texte sexiste. C'est toxique », affirme Katie Mitchell à l'Agence France-Presse.

La metteuse en scène britannique présente actuellement une nouvelle production d'Ariane à Naxos, de Richard Strauss, au Festival lyrique d'Aix-en-Provence, en France.

« La principale raison pour montrer ces opéras, c'est leur superbe musique. Si on les jugeait par leur livret, on ne les montrerait pas », assure l'artiste de 53 ans.

Les exemples sur les femmes victimes d'abus de toute sorte abondent, que ce soit ces dames séduites puis abandonnées dans Don Giovanni, de Mozart, ou Gilda qui se sacrifie pour un duc pourtant infidèle dans Rigoletto, de Verdi.

Ne pas s'attaquer à ce sexisme serait comme l'encourager.

Katie Mitchell

Ses productions radicales et parfois controversées – au Royaume-Uni, des critiques l'ont accusée de « casser » les classiques – sont novatrices au niveau de leur relecture féministe.

En 2016, sa version de Pelléas et Mélisande à Aix-en-Provence montrait pour la première fois cet opéra de Debussy du point de vue du personnage féminin. « Nous voyions l'opéra à travers les yeux de Mélisande, ça change de perspective », se souvient Bernard Foccroulle, directeur du festival.

« On reste avec 400 ans d'opéra masculin, mais maintenant, on a besoin du regard des femmes, assure-t-il. [C'est justement] parce que leur point de vue n'est pas dominant qu'il est créatif. C'est enrichissant. »

Au Royal Opera House de Londres, Katie Mitchell a offert une version radicale et sanglante de Lucia di Lammermoor, de Donizetti, en plongeant davantage dans la souffrance psychologique de l'héroïne. À Aix-en-Provence en 2015, elle a transformé la Alcina de Haendel en séductrice maîtresse de son plaisir.

La metteure en scène Katie Mitchell regarde la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La metteuse en scène Katie Mitchell

Photo : AFP/Getty Images / Boris Horvat

Pour son nouvel opéra, elle donne également plus d'étoffe au personnage mythologique d'Ariane, abandonnée par Thésée sur l'île de Naxos, où elle désespère de son sort, une image pas très féministe.

« Je suis une artiste femme "senior", je peux donc prendre des risques [...], cela va ouvrir la porte à la jeune génération, lui permettre d'aller plus loin », estime celle qui, avec Deborah Warner et Fiona Shaw, fait partie de la poignée de metteuses en scène d'opéra de renom.

Pour elle, le mouvement #MoiAussi, et plus largement la bataille pour l'égalité des sexes, vont ouvrir les arts vivants à plus de femmes « qui défieront les canons de l'opéra ».

Encore beaucoup à faire

Le chemin est encore long, car la faible présence des femmes dans ce milieu est également due aux inégalités des salaires et aux problèmes du recrutement.

Pour Katie Mitchell, les institutions, « gérées surtout par des hommes, ont tendance à recruter dans leur genre parce que c'est plus familier ». Elle les appelle à introduire une « formation sur le sexisme inconscient ».

« On ne va pas changer tout ça d'un coup de baguette magique, observe M. Foccroulle, mais on a la responsabilité de faire en sorte que l'opéra d'aujourd'hui ne reflète pas seulement un point de vue patriarcal et machiste. »

Déjà parfois victime d'une image élitiste, l'opéra, ajoute Katie Mitchell, doit « s'ouvrir à la question du genre, mais aussi de la diversité, sinon, il commencera à s'essouffler ».

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